Seine-Saint-Denis

Saint-Denis (93) : un potager au pied des tours

Non loin du Stade de France, les gens cultivent l'art du ballon rond, mais aussi, de façon plus inattendue? les légumes du potager. Reportage dans un jardin de voisinage, que les habitants du quartier Allende soignent avec bonheur.

image Mairie conseils

Saint-Denis, mercredi 17 septembre, 15 heures 30. Les enfants du quartier Allende ont rendez-vous pour une activité plutôt rare dans la banlieue parisienne. A côté des immeubles d'habitat social, à 500 mètres de l'université, deux petits tirent non sans mal les carottes d'un potager, tandis que d'autres cueillent des tomates cerises. En cette fin d'été, l'heure de la récolte est arrivée au jardin collectif de voisinage, "nouveau concept de jardin", selon les termes de ses responsables. Ce sont en effet les habitants eux-mêmes qui travaillent la terre et récoltent les fruits et légumes du potager. Ce mercredi, une vingtaine d'enfants s'en donnent à cœur joie, remplissant des cagettes entières de courges et de tomates, sous l'œil attentif de parents et d'animateurs. C'est un grand jour ! Les enfants posent l'épouvantail réalisé par l'atelier d'arts plastiques. Un géant de deux mètres cinquante, qu'ils décident d'appeler "d'Artagnan". Le groupe se réunit au pied de l'œuvre pour la photo. Et afin de marquer le coup, tout le monde se retrouve autour d'un goûter.

Gestion participative

Quatorze personnes, toutes habitant le quartier, possèdent la clé de ce jardin pas comme les autres. Elles sèment, plantent et cultivent tomates, poireaux, courgettes, haricots, bettes, carottes, betteraves, salades. Les uns viennent occasionnellement, d'autres plus souvent. C'est le cas d'Angello, retraité, qui est devenu le "jardinier en titre" du potager, confie-t-on. Après son passage, chacun note sur un cahier de correspondance s'il a arrosé les plantes, ou laisse quelques recommandations si besoin. Dans un abri en bois, les habitants trouvent des bêches, des binettes, des sacs de terreau... tout le matériel dont ils ont besoin. Sur les 200 m2 du jardin, un bon tiers est occupé par le potager. Des arbres fruitiers et des massifs de fleurs vivaces entourent la parcelle et bordent les allées. Planter, jardiner... la responsabilité des habitants ne s'arrête pas là. Une dizaine d'entre eux ont pris en main la gestion du jardin, que ce soit pour le choix des semis ou l'organisation d'animations. Ils sont épaulés par une association d'économie sociale, Territoires, qui cultive et commercialise des légumes biologiques à Saint-Denis. Elle emploie des personnes en réinsertion, qui viennent s'occuper du potager avec les habitants. Par ailleurs, les serres municipales fournissent les graines et les plants. C'est en revanche la communauté d'agglomération de Plaine Commune qui subvient aux frais généraux de fonctionnement.

Respect des lieux

Dans le jardin, des panneaux représentant ici un lapin, là un oiseau ont été installés par les bénévoles de l'atelier d'arts plastiques. Les enfants font une partie de pétanque, s'amusent avec un baby-foot ou un mini-bowling, des jeux prêtés par la ludothèque. Le centre de loisirs organise aussi des événements comme la Fête de l'été. Au total, six associations s'impliquent dans la vie du jardin. Celui-ci est clos par un grillage. En deux ans, "il n'y a jamais eu de dégradations. Les gens ont vraiment compris l'intérêt de ce lieu. Ce sont eux-mêmes qui contribuent à l'aménagement de leur cadre de vie" affirme Taïbi Salah, responsable de l'association Territoires. Forte de ce bilan positif, Plaine Commune a ouvert un deuxième jardin à Saint-Denis, dans le quartier de Franc-Moisin. Mais avec moins de succès, puisqu'on y déplore des dégâts sur les cultures.

Thomas Beurey / EVS Conseil pour Localtis

"Le jardin a créé un engouement certain"

Chantal Delahousse est responsable des espaces extérieurs de Saint-Denis à la communauté d'agglomération Plaine Commune.

"A l'endroit où se trouve le jardin, il y avait au départ un terrain réservé au foncier. On en a fait une promenade pour les chiens. Des gens se sont alors manifesté pour dire qu'ils avaient envie de jardiner. Les propriétaires de chiens n'étaient pas contents, parce qu'ils avaient peur de ne plus pouvoir les promener. C'est pourquoi tout le monde s'est réuni en atelier. Nous avons gardé un square qui existait non loin du jardin, pour que les gens puissent continuer à promener leur chien. Les adolescents nous ont dit pour leur part que le jardin ne les concernait pas, mais concernait uniquement les petits, on a donc fait construire un abri où ils peuvent se retrouver. Cet endroit jouxte la cabane de jardin. Il est à la fois accessible et éclairé le soir. Le jardin a créé un engouement certain dans le quartier. Et il y a eu un très grand respect des uns et des autres."

Aller plus loin sur le web :
 
Le jardin au service de la citoyenneté : expériences, réseaux associatifs...
http://www.jardinons.com
 
Communauté d'agglomération Plaine commune
http://www.plainecommune.fr
 
Ville de Saint-Denis
http://www.ville-saint-denis.fr

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