Sécurité civile - Secours à personne : "L'équilibre risque d'être rompu"

Un rapport sénatorial propose de généraliser les plateformes communes d'appels 15/18 qui, pour l'heure, reposent exclusivement sur l'initiative locale. Il préconise également de sectoriser le secours à personne : aux pompiers les territoires ruraux et les situations de faible gravité, aux Smur les agglomérations et les urgences graves.

"Les pompiers sont devenus les dromadaires de ces déserts médicaux, il va falloir s'adresser au Qatar." Par cette formule imagée, le président du Sdis de l'Hérault entendait alerter, en 2012, sur la situation du secours à personne dans les territoires ruraux. Elle n'a jamais été aussi actuelle : les déserts médicaux ont progressé du fait des restructurations de la carte sanitaire, obligeant de plus en plus souvent les pompiers à prendre le relai du Samu. Mais cet équilibre de façade peut-il tenir encore longtemps ? Un rapport adopté par la commission des lois du Sénat la semaine dernière permet d'en douter. "Nous avons une médecine dont la qualité est sans cesse meilleure mais dont la proximité est sans cesse en décroissance. Vous ne pouvez accepter cette situation que si les urgences sont assurées", a prévenu le président de la commission de lois, Philippe Bas, lors de la présentation de ce rapport ("Secours à personne : propositions pour une réforme en souffrance"), le 19 octobre, rappelant que la santé est la première des priorités des Français, devant l'emploi. Or, selon lui, cet équilibre "risque d'être rompu si on ne prend pas des mesures très importantes de réorganisation du secours".
Les relations difficiles entre les "rouges" et les "blancs" ont déjà fait coulé beaucoup d'encre. Un rapport d'inspection sur le référentiel d'organisation du secours à personne et de l'aide médicale d'urgence publié en 2014 avait déjà  abouti à peu près aux mêmes conclusions que les sénateurs. Le référentiel de juin 2015 qui en a découlé n'a apparemment pas eu les effets escomptés.
Les auteurs de ce nouveau travail, Catherine Troendlé (Haut-Rhin, LR) et Pierre-Yves Collombat (Var, RDSE), vont cette fois-ci jusqu'à proposer de "sectoriser" le secours à personne, sur le modèle de la gendarmerie et de la police : les sapeurs-pompiers seraient compétents dans les territoires ruraux précisément délimités selon leur éloignement d'une antenne Smur, les Smur le seraient dans les agglomérations et partout en cas d'urgences graves.

Les carences ont triplé en quatre ans

En droit, l'organisation du secours est simple, a rappelé Pierre-Yves Collombat : le secours à personne dépend du ministère de la Santé : le Samu, appuyé par les Smur et les ambulanciers privés, intervient lorsque la dimension médicale domine. Les pompiers n'interviennent qu'en cas de "carence" comme supplétifs, ou en situation de "prompt secours". Mais l'évolution de la carte médicale et la disparition des hôpitaux de proximité a changé la donne au fil des ans : le secours à personne représente 76,6% des interventions des Sdis, quand la lutte contre les incendies qui était leur mission première ne compte plus que pour 7%. Entre 2010 et 2014, le nombre de carences a presque triplé. "En réalité, progressivement, ce sont les pompiers qui assument cette tâche", a constaté Pierre-Yves Collombat. Or, si le coût moyen d'une intervention de Sdis se monte jusqu'à 500 euros dans certains départements, ils ne sont remboursés qu'à hauteur de 118 euros… et "les hôpitaux ne peuvent pas toujours payer rubis sur ongle" a fait valoir Catherine Troendlé, certains Sdis mettent plus d'un an à se faire payer. Le plus incongru est que, parfois, on aboutit à la situation inverse, avec des situations de "sur-présence" : Smur, sapeurs-pompiers, ambulanciers arrivent sur un même lieu. "C'est un gaspillage de moyens humains et financiers", s'est insurgée Catherine Troendlé.
Les rapporteurs rappellent au passage que les pompiers itnerviennent de plus en plus pour de la "bobologie" ou des faits d'ivresse sur la voie publique, ce qui devrait relever de la police…

Généraliser les plateformes communes 15/18

Pour mettre fin à ces "conflits de territoires", au "règne du chacun chez soi", et sans attendre une très hypothétique sectorisation, les sénateurs proposent de généraliser les plateformes communes d'appel 15/18, en y associant les ambulanciers privés. Vingt Sdis possèdent déjà d'un centre d'appels commun. Et quatorze d'entre eux disposent de locaux communs. Les sénateurs se sont particulièrement intéressés à l'exemple de la Haute-Savoie qui s'est engagée dans la mutualisation dès 1996 et qui dispose depuis 2011 d'un nouveau plateau situé à Meythet, près d'Annecy, dans les locaux du Sdis. La plateforme accueille une permanence des ambulanciers privés, une garde des médecins libéraux, les urgences sociales et le service téléalarme du conseil départemental. L'organisation "conduit chacun, 'rouges' et 'blancs', à répondre à ses propres appels et à décrocher les appels de l'autre en cas de surcharge", notent les sénateurs. Mais, comme l'a souligné Catherine Troendlé, le succès d'Annecy tient essentiellement "à la volonté de deux personnes". "On veut que l'Etat programme ces plateformes !", a-t-elle martelé. "Nous sommes conscients que nous n'allons pas susciter un enthousiasme extraordinaire", a ajouté Pierre-Yves Collombat. Pour donner plus de poids à leurs propositions, les sénateurs préconisent d'instituer auprès du Premier ministre une autorité responsable de l'organisation du secours et de l'aide médicale d'urgence.

 

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