À Strasbourg, une démarche participative invite habitants et services à réinventer les espaces extérieurs des cités de logement social (67)

En partant de l'usage des habitants et des contraintes des gestionnaires, l'eurométropole de Strasbourg revisite l’organisation et le fonctionnement de dix-neuf cités HLM. À la clé, des économies de gestion et des espaces extérieurs durables, en phase avec les enjeux écologiques.

"EspEx23". Sous ce nom de code barbare se cache une méthode innovante pour rénover les espaces extérieurs de dix-neuf cités HLM construites dans les années soixante dans l'eurométropole de Strasbourg. Acté en 2017, ce dispositif vient au départ résoudre une équation financière : la disparition annoncée d'une subvention allouée aux bailleurs sociaux pour entretenir les espaces extérieurs obligeait ces derniers à réduire les coûts d'entretien en optimisant leur conception et d'en rétrocéder une partie à la collectivité (voir encadré). "Une fois le cadre financier global acté avec tous les bailleurs sociaux, nous avons testé la méthode de travail sur le quartier de Guirbaden qui compte 580 logements sur la commune de Bischheim," indique la directrice de projets chargée du dossier EspEx23, Claudine Lecocq.

Rencontrer et écouter les habitants 

Tout a commencé par une analyse très pragmatique des usages et du fonctionnement du territoire à réinventer. Armée d'une tablette, la directrice de projets a arpenté le secteur pour renseigner les usages en termes de déplacements. Sur Guirbaden, quelque 100 foyers mais aussi des enfants et des jeunes ont ainsi expliqué comment ils entraient et sortaient de la cité en voiture, comment ils rejoignaient les équipements et services à pied, quels espaces extérieurs ils utilisaient ou pas... Cette enquête a été complétée par deux ateliers citoyens, sur le thème des déplacements et des espaces verts : "Ces rencontres nous ont aussi permis de placer les curseurs avec les habitants : où les cheminements piétons doivent-ils primer ? Où peut-on supprimer la voiture ? Quelles sont leurs attentes en termes d'usage des espaces verts ?" Passé le lancement où les habitants avaient besoin d'être convaincus que le projet allait effectivement répondre à leurs demandes, leur mobilisation a été très forte et engagée.

Associer les gestionnaires pour optimiser l’administration courante

En parallèle, la directrice de projets a rencontré tous les gestionnaires (eau, assainissement, déchets, nettoiement) pour connaître leurs difficultés quotidiennes : les marches-arrière des camions-poubelle, les problèmes dans l'entretien des espaces verts, les dépôts sauvages réguliers... Elle a aussi renseigné une grille de tranquillité publique qui combinait sécurité routière, appropriation des espaces, dégradations et taux de présence institutionnelle. "A l'issue de tout ce travail qui a duré six à huit mois, nous avions bien en main le fonctionnement très concret du quartier. Nous avons alors élaboré un plan-guide de réaménagement, en partant d'une feuille blanche qui s'affranchissait totalement des domanialités. C'est essentiel pour la réussite du projet," poursuit la directrice. Réorganisation des parkings, simplification de leur accès, relocalisation d'équipements peu utilisés, création d'axes vélo qui traversent le quartier, installation des containers à déchets sur les trajets quotidiens des habitants et redéfinition in fine des domanialités en fonction des usages. "Avec tous les acteurs présents autour de la table, nous avons été capables d'inventer des solutions originales et innovantes". À l'image des cheminements piétons qui vont être réalisés à 5 centimètres au-dessus des espaces verts : "Cela permet aux eaux de pluies de s'infiltrer sur place, supprime le travail de binette et facilite le nettoiement public." 
Une fois ce plan-guide dessiné, l'équipe est retournée voir les habitants : "On avait tellement travaillé la cohérence qu'ils n'ont quasi rien modifié !"

- 28 % d'espaces "gris", + 34 % d'espaces verts

Le plan-guide étant acté, un maître d’œuvre a été choisi pour finaliser le projet : choix des matériaux, profils techniques précis, essences adaptées au changement climatique... "Il ne vient qu'en fin de parcours pour être réellement à notre service, à l'inverse de la logique de nombreux projets urbains," souligne la directrice. Le résultat final est saisissant : 28 % d'espaces dits "gris" (imperméabilisés) ont été supprimés tout en augmentant légèrement les stationnements (de 348 places à 370) ; et 34 % d'espaces verts supplémentaires ! En outre, 16 % d'espaces publics nouveaux ont été créés, là où des usages pour tous sont proposés : autoroute à vélo, city-stade, jardins potagers... 
Entamés en juin 2019, les travaux se terminent en fin d'année 2020, le transfert de domanialité s'opérant à l'issue de l'opération. Au total, le réaménagement complet des 3 hectares d'espaces extérieurs de Guirbaden aura coûté 3,1 M€, dont 1,6 M€ à la charge de l'eurométropole, 1,4M€ du bailleur social et 0,1M€ de la commune. Après la réussite de ce test, la démarche ExpEx23 est enclenchée sur six autres quartiers. "Les habitants se parlent entre conseils citoyens et nous appellent pour savoir quand on va intervenir chez eux ! Au fil des projets, nous progressons en méthode d'animation et en fluidité. Quelque 450 techniciens gravitent désormais autour du sujet et petit à petit, chacun connaît mieux les problématiques des autres". Enfin, au-delà des dix-neuf quartiers programmés, la directrice commence également à former les chefs d'autres projets urbains à cette méthode.

Équation financière à résoudre

EspEx23 est né d'une difficulté financière. En 2022, les collectivités locales ne pourront plus subventionner les bailleurs sociaux pour entretenir les espaces extérieurs des grands ensembles dont ils ont la charge (un dispositif national né dans les années 1990). Dès 2017, pour faire face à cette échéance, l'eurométropole a donc acté un cadre financier contractuel avec les bailleurs de son territoire. D'un côté elle diminue de 25 % par an la subvention jusqu'à son extinction en 2022, de l'autre elle les accompagne en méthodologie et financièrement (prise en charge de 50 % des travaux) pour rénover ces espaces, en optimiser l'usage, répondre aux enjeux écologiques et diminuer le coût global de gestion (-30 % à -40 % attendus). Elle récupère aussi les espaces servant à tous les habitants de la ville dans le domaine public. Un dispositif gagnant-gagnant : les bailleurs amortissent rapidement leurs investissements grâce aux gains réalisés sur l'entretien, la métropole finance des investissements durables avec les sommes autrefois allouées à la subvention. L'eurométropole récupère enfin des espaces publics remis à neuf, sans hausse globale des coûts d'entretien.

Strasbourg Eurométropole

Nombre d'habitants :

489767

Nombre de communes :

33
1 parc de l'Étoile
67076 Strasbourg cedex

Syamak Agha-Babaei

Vice-président en charge des politiques du logement et de l'habitat

Claudine Lecocq

Directrice de projets à la direction urbanisme et territoires
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