Sur l'île de Molène, d'anciennes maisons de goémoniers transformées en gîtes (29)

Depuis 2017, sur le Ledenez de Molène, d'anciennes maisons de goémoniers ont été réhabilitées en gîte et refuges de mer. Un moyen de redonner vie à cet espace naturel préservé et de dynamiser l'activité touristique sur Molène, l'une des plus petites îles bretonnes, avec celle de Sein. L'opération constitue aussi un partenariat public-privé réussi, au service de la réhabilitation du patrimoine local.

À Molène, lorsque l'eau envahit le bras qui sépare le Lédenez de son île principale, on se retrouve coupé de tout, au milieu de la mer d'Iroise. C'est cette expérience unique, que proposent les refuges du Ledenez depuis 2017, après leur réhabilitation par la commune de Molène. « Cette réhabilitation, on en parlait depuis 15 ans » indique Daniel Masson, ancien maire de Molène de 2014 à 2020, qui a piloté ce projet. Après le départ du dernier goémonier en 1980 (les goémoniers séchaient et brûlaient le goémon sur l’îlot pour le transformer en soude), le Ledenez s'était progressivement dégradé, les maisons avaient été détériorées, les ronces avaient envahi les 11 hectares de l'îlot : « C'était en piteux état ! »

Deux premiers refuges en 2016

En 2015, dans le cadre du contrat de Plan État Région, Molène dépose un premier dossier pour financer la réhabilitation de 2 maisons en bois et d'une en béton, dont elle est propriétaire. Les 2 maisons en bois deviendront des refuges de mer, « dans l'esprit des refuges en montagne, avec une offre de confort basique », la maison en béton abritera un local technique avec citerne d'eau, toilettes sèches et production d'électricité photovoltaïque pour les refuges. Accompagnée par les Bâtiments de France (seule la réhabilitation à l'identique des bâtiments est autorisée sur le site) et le Parc naturel régional d'Armorique, le projet permet de retrouver l'enveloppe extérieure originelle des maisons et de rénover les fonctionnalités de l'espace naturel qui les entoure. « Nous avons réalisé la déconstruction de l'existant en régie et fait appel à des entreprises pour la réhabilitation proprement dite », précise l'ancien maire. Des journées portes ouvertes ont aussi été organisées avec les habitants pour nettoyer l'île. Au printemps 2016, les deux refuges, de 8 places chacun, ouvrent leurs portes : la mairie assure leur location en direct.

Un gîte complémentaire en 2018

L'accueil très positif de ces premiers refuges lance une dynamique sur l’îlot. Un ancien goémonier, propriétaire d'une autre maison, la réhabilite. Il convainc également son frère de céder la sienne à la mairie, qui souhaite étendre l'offre en créant un gîte de 6 places, plus confortable, mais toujours autonome en eau et électricité. Une fois réalisé le tour de table des financeurs, la mairie n'est cependant pas en mesure de boucler le budget pour ce nouveau projet. Elle contacte alors un partenaire privé, « La Route des Pingouins », qui depuis quelques années transforme en hébergements touristiques des patrimoines tombés en désuétude sur la pointe finistérienne. « Nous avons bouclé le plan de financement en lui confiant le gîte en bail emphytéotique de 30 ans, avec paiement d'avance de 25 ans de loyer. En parallèle, nous lui avons aussi confié la gestion des 2 refuges de mer », indique l'ancien maire. Le nouveau gîte - « La maison des goémoniers » - ouvre en juin 2018.

Un service de transfert en bateau

L'intégration des refuges et du gîte de Molène au réseau de « La Route des Pingouins » permet de donner une visibilité à l'offre. Pour autant, la location reste limitée sur le Ledenez, qui reste inaccessible les 2/3 du temps, lorsque le coefficient de marée, inférieur à 80, ne permet pas le passage à pied. En 2021, l'opérateur négocie donc avec la mairie une convention permettant de proposer le transfert en bateau à tout locataire. « Nous avons acheté et fait homologuer une vedette portuaire et installé un ponton flottant, indique Didier Delhalle, actuel maire de Molène. Un salarié saisonnier, ou un élu, assure les traversées à la demande… Ce service nous a permis d'augmenter sensiblement les locations sur la saison 2021. »

Un hôtel-restaurant d'ici 2023

Le gestionnaire vient également d'acheter un ancien hôtel désaffecté. Financé via une foncière associant la Caisse des Dépôts (voir encadré), il permettra de proposer 7 chambres d’hôtel, un petit restaurant et un bar qui viendront diversifier l'offre touristique en 2023. L'ouverture de cet hôtel permettra aussi de fluidifier la logistique du gîte et des refuges. Quant à la mairie de Molène, elle vient de réhabiliter sa salle polyvalente qui permet l'accueil tout confort de 100 personnes. « Nous espérons pouvoir attirer des séminaires et augmenter sensiblement la fréquentation touristique, essentielle pour la survie des commerces locaux. Et l'offre d'hébergements hôtelier sera un vrai plus », conclut le maire.

Éléments financiers

La faiblesse des moyens financiers de la commune de Molène - budget annuel de fonctionnement de 350.000 € - s'explique par l'absence d'impôts locaux, particularité héritée de l'époque de Louis XIV. Tout projet d'investissement ne voit donc le jour qu'avec des subventions extérieures.

La réhabilitation des 2 premiers refuges de mer a eu un coût global de 222.000 €. Elle a été prise en charge à 80 % dans le cadre du contrat de Plan État Région, avec financement par l’État, la région Bretagne et le conseil départemental du Finistère. Ce projet a aussi bénéficié de l'aide d'EDF pour le volet production d'énergie. Le solde de 20 % a été payé par la mairie de Molène.

La « Maison des goémoniers » a été réhabilitée pour un coût global de 180.000 €, dont 40.000 € apportés par le gestionnaire, sous forme d'avance de loyers.

Le projet d’hôtel sera financé via la foncière K, créée en 2018, en association entre la Route des Pingouins et la Banque des Territoires. Cette foncière finance 3 à 5 opérations de rénovation par an, dans des bâtiments de patrimoine en désuétude, transformés en restaurants ou hébergements touristiques, à la pointe nord du Finistère, entre Le Conquet et Carantec.

Enfin, l'acquisition d'une navette portuaire et la création d'un ponton ont coûté 23.000 €, subventionnés par le PETR Pays d'Iroise et le Parc naturel marin d'Iroise. Un solde de 30 % est resté à charge de la commune de Molène.

Commune de Molène

Nombre d'habitants :

151
Le Bourg
29259 Île-Molène
contact@mairie-ile-molene.bzh

Didier Delhalle

Maire

La Route des Pingouins

29 810 Brélès
soisic@kergroadez.fr

Franck Jaclin

Directeur