Suresnes valorise la cité-jardins auprès des habitants et du public (92)

Le musée d’histoire urbaine et sociale (MUS) de la ville de Suresnes organise toute l’année des visites dans la cité-jardins. Des actions qui invitent le public à découvrir une utopie sociale exemplaire, et attirent de nombreux touristes et professionnels.

Fondées à partir du concept anglais de garden city développé à la fin du XIXe siècle par le théoricien Ebenezer Howard, les cités-jardins proposent une composition urbaine qui conditionne les relations sociales : elles associent habitat individuel et collectif, équipements (sociaux, culturels, scolaires) et une forte présence de végétation dans les espaces publics, les jardins privatifs et les potagers. Leurs concepteurs s’emparent des nouvelles pensées hygiénistes et sociales de l’époque, ainsi que des techniques de construction innovantes (préfabrication, béton armé) pour créer des ensembles vastes, aérés, sains, sur des terrains dont ils ont la maîtrise publique afin d’éviter la spéculation.

La cité-jardins de Suresnes, édifiée entre 1921 et 1956 par Henri Sellier est particulièrement remarquable : c’est une véritable utopie urbaine avec ses 3.300 logements dont 170 pavillons, harmonieusement répartis le long d’un plan aussi strict qu’agréable à vivre. Henri Sellier (1883-1943) était maire de Suresnes, président de l’Office Public Des Habitations à Bon Marché (OPDHBM) du département de la Seine, président du conseil général de la Seine, puis ministre de la Santé publique dans le gouvernement du Front populaire de 1936 à 1937. C’est lui qui a impulsé la construction des habitations à bon marché, puis des cités-jardins, notamment dans sa propre ville. « Il s’agit de pourvoir de logements les milliers de familles qui contractent, dans les taudis empuantis de nos faubourgs et de la banlieue, les germes de toutes les maladies sociales, physiques et morales », affirmait-il le 1er janvier 1919. Car, après la Première Guerre mondiale, les conditions de logements sont indignes et Paris doit faire face à un afflux massif de population sous l’effet de l’exode rural.

Valoriser la pensée urbaine et la mémoire de la ville

C’est pour valoriser ce patrimoine, qui constitue un tiers des logements de la commune sur une surface de 33 hectares, que la ville de Suresnes a développé son musée d’histoire urbaine et sociale (MUS). Inauguré en juin 2013, il est consacré à l'urbanisme social de l’entre-deux-guerres, dont la cité-jardins et l'École de plein air sont les exemples les plus significatifs. Le MUS organise de nombreuses visites urbaines dans la cité-jardins, qui invitent à relever la tête, à observer son environnement, et à découvrir un appartement patrimonial réaménagé et redécoré à la façon de l’entre-deux-guerres. Des ateliers destinés aux enfants et aux familles complètent le dispositif, comme une prolongation des thèmes abordés lors des visites.

Non seulement ce musée raconte et valorise l’histoire spécifique de cette ville de 50.000 habitants, mais, bien au-delà, il enseigne les grands principes qui ont présidé au développement du logement social, et aujourd’hui des écoquartiers. Loin d’être des « lotissements » comme on les connaît aujourd’hui, ces ensembles rassemblent autour des logements des équipements, écoles, installations sportives, bains douches (à l’époque beaucoup de logis ne comportaient pas de salle de bains…), ainsi que maison commune, lieux culturels et commerces, le tout dans un environnement très végétalisé et particulièrement soigné.

« La pensée mise en œuvre à l’époque, la qualité de la construction, et bien au-delà des bâtiments en briques, les principes d’hygiène, la volonté de lutter contre l’alcoolisme, l’illettrisme et les maux de la société de l’époque, méritent d’être aujourd’hui mis en valeur, explique aujourd’hui Jean-Pierre Respaut, maire adjoint à la culture de la ville de Suresnes, et vice-président de l’Association régionale des cités-jardins d’Île-de-France. Si les cités-jardins sont toujours debout, relativement bien entretenues et qu’elles répondent toujours à des normes contemporaines d’habitat, moyennant quelques réhabilitations, c’est parce que leur construction est exemplaire ».

Une fréquentation composée à 45 % de scolaires

La conservatrice en chef et directrice du MUS, Marie-Pierre Deguillaume, anime une équipe de six personnes, qui assurent la médiation culturelle, la conservation, gèrent le centre de ressources et l’administration du musée. Financé par la ville, le musée est reconnu par le ministère de la Culture, qui délivre des subventions notamment pour la réalisation d’expositions temporaires ou d’actions spécifiques. « Le musée rayonne vers les Suresnois. Il leur permet de mieux appréhender l’endroit où ils vivent et de mieux comprendre ce territoire, explique-t-elle. Le musée s’adresse bien sûr aux habitants mais aussi et plus largement à tous les Franciliens. La fréquentation est composée à 45 % de scolaires, de Suresnois mais aussi d’enfants venus des communes limitrophes. Et de groupes d’étudiants, en architecture et en urbanisme notamment. En 2019, 12.008 visiteurs ont franchi les portes du musée. »

Prolongée jusqu’au 3 octobre 2021, l’exposition temporaire « C'est du propre ! L'hygiène et la ville depuis le XIXe siècle », est particulièrement intéressante pour tous ceux qui s’intéressent à l’évolution urbaine : elle explique notamment comment les villes ont peu à peu organisé la gestion des eaux (potables et usées), et mis au point des règlements sanitaires pour lutter contre maladies et épidémies. Un sujet résolument d’actualité !

Coût du dispositif

Budget du musée d’histoire urbaine et sociale : 60.000 € (hors masse salariale). Ce montant finance les actions auprès du public, les expositions temporaires et les acquisitions.

Six salariés équivalent temps plein : médiation / conservation / administration/accueil et surveillance

Le MUS est doté de l’appellation « Musée de France » ; il a bénéficié pour sa rénovation de subventions importantes de l’État, de la région Île-de-France, du département des Hauts-de-Seine et de la communauté d’agglomération du Mont-Valérien. Il a reçu le soutien technique et scientifique de la sous-direction des musées de France du ministère de la Culture et de la communication ainsi que de l’État/Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France.

Commune de Suresnes

Nombre d'habitants :

48565
2 rue Carnot
92 150 Suresnes

Jean-Pierre Respaut

Adjoint au maire, en charge de la culture

Marie-Pierre Deguillaume

Conservatrice en chef et directrice du musée d’histoire urbaine et sociale