Télétravail : un réel potentiel d'économies d'énergie mais à certaines conditions, selon une étude

Le télétravail n'a qu'un impact très faible sur la consommation d'énergie lorsqu'une partie des salariés seulement sont absents mais permet des économies globales d'énergie de 20 à 30% lorsqu'un site est fermé pour la journée, selon une étude réalisée dans des bâtiments publics par l’Ademe et de l’IFPEB (Institut français pour la performance du bâtiment) à la demande de la ministre de la Transition énergétique.

En prélude à la réunion ce 3 avril d'un groupe de travail sur le volet du plan de sobriété énergétique concernant les grandes entreprises, les premiers résultats d’une expérimentation sur le bilan énergétique du télétravail ont été rendus publics. Conduite par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'Institut français pour la performance du bâtiment (IFPEB), à la demande de la ministre de la Transition énergétique, l’étude a consisté à mesurer la consommation d'énergie sur des sites de bureau, au domicile des agents et pour leur transport, dans le but d'évaluer les gains d'énergie quand les bureaux sont fermés ainsi que l'éventuel "effet rebond" de consommation chez les télétravailleurs.

Dix sites tests

L'expérimentation, d’une durée de cinq mois, a été lancée en novembre dernier sur dix sites publics - ministères de la Transition énergétique, de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, secrétariat d’Etat chargé de la Mer), direction générale de l'aviation civile et Ademe -, impliquant une centaine d’agents volontaires pour partager leurs données de consommation, en Île-de-France, Centre-Val de Loire et Provence-Alpes-Côte-d'Azur.   

Selon les premiers résultats portant sur deux mois, le bilan énergétique global du télétravail est jugé "positif, avec des variations selon les sites étudiés". Les économies d’énergie sur le transport jouent en effet un rôle clé dans le bilan global. Elles sont fortement dépendantes de la localisation du site et de la distance domicile-travail. À Paris, ces distances sont plus courtes et plus fréquemment réalisées à pied, en vélo ou en transport en commun alors qu’en région, les trajets sont plus longs et la voiture est plus utilisée. L’économie de carburant réalisée grâce au télétravail est donc plus forte. Les économies d’énergie sont de ce fait 2 à 4 fois plus importantes qu’à Paris.

Fermeture de site sur une journée : 25 à 40% d'économies d'énergie 

Dans les bureaux, les résultats sont sensiblement différents selon que le télétravail est associé à la fermeture du site ou non. Sans fermeture de site, l’impact de l’absence d’une partie des travailleurs sur site est faible sur les consommations de gaz et d’électricité (chauffage, ordinateurs, éclairage…). "En revanche, souligne l’étude, la fermeture de site sur une journée génère des économies d’énergie de 25 à 40% à l’échelle du bâtiment, qui pourraient être optimisées par un travail fin avec les exploitants de chaque site et un protocole de fermeture méthodique."

Les économies d’énergie sont d’autant plus importantes que le site fermé se caractérise par une faible performance énergétique du bâtiment (kWh/m².an) et une faible densité d’occupation (m²/personne). "À ce titre, les bâtiments énergivores et peu occupés sont à prioriser, mais aussi plus généralement les journées avec un faible taux d’occupation", note l’étude qui conclut que "le télétravail organisé et rationalisé par la fermeture de bâtiments représente (…) un potentiel d’économies d’énergie pour les entreprises, d’économies de carburant pour les salariés, mais aussi de gestion des éventuelles tensions sur le réseau électrique".

Impact des mesures de sobriété

L’expérimentation a par ailleurs permis d’évaluer l’impact des mesures de sobriété appliquées sur ces sites durant l’automne-hiver 2022 (retarder le démarrage de la saison de chauffe, optimiser la consigne de chauffage à 19°C, réduire le chauffage en cas d’inoccupation…). Ces dispositions ont permis une économie d’énergie de 20% en moyenne (tous usages confondus) et de 38% sur le chauffage en novembre et décembre 2022 par rapport aux mêmes mois en 2021 (donnée corrigée des variations climatiques). "Les efforts de sobriété sont complémentaires de la fermeture de sites, car ils permettent des économies sur une plus longue période (ensemble de l’hiver)", insistent les auteurs de l’étude.

Très peu d'effet rebond dans les logements des télétravailleurs

Quant à l’effet rebond dans les logements des télétravailleurs, il est jugé "très faible" - 1,4kWh sur une journée passée chez soi -, et "très limité, particulièrement au regard des gains réalisés sur les déplacements et les bureaux".

"Ces premiers résultats seront étudiés plus en détail lors de la poursuite de l’expérimentation, en approfondissant notamment les enseignements en termes de comportements de chauffage des télétravailleurs (si les personnes réduisent le chauffage ou le maintiennent dans leur domicile lorsqu’elles sont au bureau)", indiquent les auteurs de l’étude.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a demandé la poursuite de l’expérimentation au-delà de l’hiver 2022-2023, et à plus grande échelle. Les résultats de la fin de cet hiver doivent permettre notamment d’"élaborer une méthode généralisable pour mesurer l’impact du télétravail sur les consommations énergétiques d’une organisation", d"affiner les résultats sur les logements (volet comportemental, réduction du chauffage en inoccupation, etc.)", de "préciser les recommandations qui pourraient être données sur l’organisation du télétravail, avec des actions pour mettre en sommeil tout ou partie des bâtiments de bureau, à élaborer avec les exploitants en fonction des caractéristiques des sites et des contraintes de fonctionnement" ; de "préciser les effets rebond sur les mobilités induites complémentaires liées au télétravail" ; d’"analyser les impacts par vecteur énergétique".