A Tremblay-en-France, la géothermie a le vent en poupe

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Environnement

Energie

Seine-Saint-Denis

Capter la chaleur des profondeurs de la terre n'est pas une idée nouvelle. Dans les années 1980, après le second choc pétrolier, des dizaines de puits ont été creusés en France. Dix ans plus tard, les aléas d'exploitation et la baisse du prix de l'énergie ont bien failli avoir raison de la géothermie. Aujourd'hui, elle fait à nouveau rêver.

La géothermie basse température, consiste à forer un puits jusqu'à une nappe d'eau profonde. En région parisienne, il s'agit d'atteindre la couche géologique du Dogger située entre 1.700 et 1.800 mètres de profondeur. Cette eau "fossile" est chaude, sulfureuse, gazeuse, et aussi salée que de l'eau de mer. Elle doit donc être réinjectée dans le sous-sol par un deuxième puits, c'est ce que l'on appelle les doublets géothermiques. Durant son bref passage sur terre, on ne fait que capter la chaleur de l'eau pour alimenter un réseau.

 

Le réseau de chaleur assure 85% du chauffage de 4.000 logements

Creuser deux puits à une telle profondeur est coûteux et risqué. S'il est mal conçu, le puits peut se boucher très rapidement. De plus, l'eau "fossile", extrêmement corrosive, attaque les parois d'acier des puits. A la fin des années 1980, lorsque l'on évoquait la géothermie, les maires s'enfuyaient en courant, tous avaient entendu parler de cette énergie "gratuite" qui parfois coûtait si cher. Sur la centaine de puits creusés en France, soixante-cinq continuaient à être exploités, essentiellement en Ile-de-France et en Aquitaine. A l'époque, le gaz avait repris sa position de leader du marché et les réseaux de chaleur n'intéressaient plus personne.
Mais les villes qui possédaient un doublet géothermique n'ont pas baissé les bras. Au début des années 1990, une méthode efficace a été trouvée pour lutter contre le colmatage et la corrosion, en injectant en fond de puits un produit anticorrosion. Il devenait possible de prolonger leur durée de vie jusqu'à vingt-cinq ans et même au-delà. Aujourd'hui, les villes qui ont cru en la géothermie et ont su entretenir leurs installations s'en félicitent. Le maire de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), François Asensi, écrit sur son site Internet :"Dans un contexte de raréfaction des énergies fossiles et de flambée des prix, le choix de la géothermie à Tremblay témoigne une nouvelle fois de son bien-fondé."
Paul-Emmanuel Benoist, ingénieur au Seapfa, syndicat qui gère le réseau de chaleur de Tremblay-en-France, confirme la bonne santé des installations : "Nous extrayons 275 m3/heure d'eau à 72°C, de quoi assurer 85% des besoins de chauffage de 4.000 logements et l'eau chaude sanitaire de deux tiers d'entre eux. La géothermie en réseau de chaleur produit vingt fois moins de gaz à effet de serre que le chauffage électrique et cinquante fois moins que le chauffage au gaz !"

 

Le retour de la géothermie : l'idéal pour les ensembles collectifs

Les atouts considérables de la géothermie, dans des régions comme l'Ile-de-France qui bénéficient d'une nappe en grande profondeur, sont aujourd'hui reconnus. La région Ile-de-France annonce que 30.000 nouveaux logements seront chauffés par géothermie basse énergie en 2013. C'est deux fois plus qu'aujourd'hui. Pour effectuer cette relance, le conseil régional et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) investiront 22 millions d'euros dans douze opérations : la création de six doublets et la rénovation de six autres. René Durand, directeur du développement durable et de l'action territoriale à Tremblay-en-France, prône la diversification : "La géothermie est idéale pour les ensembles collectifs et les équipements lourds et consommateurs (tels qu'une piscine), explique-t-il. En ce qui concerne les zones pavillonnaires, c'est autre chose, les coûts d'investissement (pose des canalisations) nous amènent à préférer d'autres dispositifs. A Tremblay-en-France, dans un équipement un peu éloigné (un beursault de tir à l'arc), nous avons préféré de la géothermie de surface. Nous allons aussi développer des panneaux photovoltaïques afin d'utiliser l'énergie solaire. Les énergies renouvelables sont incontestablement les énergies de l'avenir mais il faut savoir jouer de leurs complémentarités."

 

Luc Blanchard, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

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93270 Sevran

René Durand

Paul-Emmanuel Benoist

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