Archives

Culture - Un nouveau Frac à Rennes et trente bougies pour ces "Ovnis juridiques"

Aurélie Filippetti a inauguré, le 5 juillet à Rennes, le nouveau bâtiment du fonds régional d'art contemporain (Frac) de Bretagne, en présence de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et président du conseil régional de Bretagne. Pour la ministre de la Culture, il s'agit là du premier exemple "des Frac de deuxième génération".
Ce bâtiment de 5.000 m2 est implanté dans le nouveau quartier de Beauregard. Il symbolise à ce titre la volonté de s'appuyer sur le Frac pour assurer une large diffusion de la culture et "attirer de nouveaux publics". Conçu par l'architecte Odile Decq - à qui l'on doit notamment le musée d'art contemporain de Rome -, le bâtiment sur quatre niveaux dispose notamment d'importants espaces de conservation et d'ateliers techniques, de trois galeries d'exposition, d'un centre de documentation, d'un service éducatif, d'un espace d'accueil et d'une salle de conférence. L'investissement de 18,3 millions d'euros a été financé par la région (60%), l'Etat (30%) et la ville de Rennes (10%). La collection compte aujourd'hui quelque 4.700 œuvres, signées de 543 artistes.
Cette inauguration du Frac de Rennes prend un relief particulier dans la mesure où elle correspond à un double anniversaire. D'une part, la Bretagne a été la première région à disposer d'un Frac dès 1981, avant même que ces structures soient officialisées. D'autre part, l'inauguration coïncide - plus ou moins - avec le 30e anniversaire de la création des Frac, mis en place dans le cadre de la politique de décentralisation. L'année 1982 est en effet une date de naissance incertaine, dans la mesure où - comme le rappelait Jacques Rigaud dans son rapport de 2008 sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des œuvres de leurs collections - les Frac sont des "Ovnis juridiques". "Rare exemple de création purement empirique", ces institutions ne font l'objet d'aucun texte législatif ou réglementaire. Il s'est longtemps agi d'associations relevant de la loi de 1901, et donc d'organismes de droit privé assurant une mission de service public. Le statut d'EPCC (établissement public de coopération culturelle) - comme dans le cas de Rennes - offre aujourd'hui une alternative juridique plus intéressante.
De même, pendant longtemps, les Frac n'ont pas eu de lieu propre et se contentaient d'acheter des œuvres d'art et de les faire circuler. Le premier bâtiment construit spécifiquement pour un Frac, dans les Pays de la Loire, remonte en effet à 2000. Depuis une dizaine d'années, ils deviennent de plus en plus des lieux d'exposition et de diffusion de l'art contemporain et se rapprochent - à ce titre - des musées plus traditionnels. D'ici à 2014, cinq nouveaux Frac devraient d'ailleurs bénéficier de locaux dédiés, réalisés par certains des plus grands architectes contemporains : Besançon, Bordeaux, Dunkerque, Marseille, et Orléans.
Après avoir traversé quelques crises - notamment autour du souhait de certains élus de concentrer les achats sur des artistes régionaux -, les Frac sont aujourd'hui bien installés dans le paysage culturel. Dans son récent rapport d'information sur le marché de l'art contemporain (voir notre article ci-contre du 4 novembre 2011), Jean-Pierre Plancade - sénateur de la Haute-Garonne et alors vice-président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication - leur décernait d'ailleurs un large satisfecit, les qualifiant d'"acteurs essentiels de la politique d'aménagement du territoire menée par l'Etat et les régions".