Alpes-Maritimes

Un syndicat mixte pour coordonner le développement économique des Alpes-Maritimes

Fédérer et associer collectivités et institutions d'un même département et coordonner leurs initiatives de développement économique. Telle est la mission dévolue au tout nouveau syndicat mixte SAM (Sophia Alpes Maritimes) que vient de créer le département des Alpes-Maritimes.
B. Decout / REA

C'est une première : la compétence en matière de développement économique est, de par la loi, habituellement dévolue aux communautés d'agglomération et à la région. Là, c'est quatorze collectivités des Alpes-Maritimes, dont les quatre grandes communautés d'agglomération (Nice, Sophia-Antipolis, Grasse, Menton), l'université Nice-Sophia-Antipolis, la CCI Nice-Côte-d'Azur, la fondation Sophia-Antipolis qui ont mis "entre parenthèses" leurs divergences économique et politique en adoptant en mars et à l'unanimité les statuts du syndicat mixte à vocation économique Sophia Alpes Maritimes (SAM). Sans se substituer aux agglomérations, le syndicat mixte souhaite coordonner les actions de ces dernières afin d'aménager de façon plus cohérente l'espace territorial constitué d'une bande littorale de 40 km de long sur 10 km de profondeur très urbanisée et au foncier rare abritant une population oscillant selon les périodes de l'année d'un million à 1,2 million d'habitants (quatrième entité urbaine nationale selon le dernier comptage de l'Insee). En matière économique, SAM se fixe comme objectif de faire du département un territoire d'accueil pour l'entreprise et la recherche à partir de l'expertise acquise depuis des décennies par l'aménagement de Sophia-Antipolis (2.300 hectares, 1.000 sociétés, 26.000 salariés et étudiants).

Mises en réseau et réorganisations

Le technopôle servira ainsi de pilote à d'autres sites d'activités plus traditionnels tels la zone industrielle départementale de Carros (7.000 salariés) au nord de Nice ou le pôle aromatique de Grasse (4.000 salariés) ou ceux en gestation à Cannes (technopôle de l'image), à Nice (technopôle urbain Méridia) ou le plateau Tercier (60 ha) qui associera la principauté de Monaco. La mission de SAM : les mettre en réseau et éviter toute concurrence stérile dans le type d'activités ou les produits d'immobilier d'entreprise ou leur promotion.
Concrètement, le syndicat mixte envisage de labelliser certains sites en échange de l'intervention technique, pour leur réaménagement, leur conception et leur gestion, de la Saem, la société d'économie mixte qui gère depuis 30 ans l'aménagement de Sophia-Antipolis. Dans cette hypothèse le capital de cette dernière, actuellement partagé entre le conseil général des Alpes-Maritimes et la CCI de Nice, devrait s'ouvrir à d'autres partenaires dont un financier des collectivités locales qui lui fourniraient aussi des compétences techniques. SAM devra harmoniser la promotion économique, touristique et la prospection d'investisseurs. Cela conduira à la réorganisation et la redéfinition des missions des outils départementaux existants comme Côte d'Azur Développement (CAD), l'association chargée depuis 15 ans de la promotion économique, et le comité régional au tourisme (CRT) Riviera Côte d'Azur qui ne couvre historiquement qu'un département.

Le troisième outil de gestion départementale

Sur 2004, le syndicat mixte disposera d'un budget de 500.000 euros pour son fonctionnement, financé à 55% par le département, à 32% par les collectivités, à 5% la CCI de Nice et à 5% par la région (confirmation de l'accord après les élections). Pour financer ses actions, SAM utilisera les moyens financiers affectés par le département à CAD (3,4 millions d'euros) ou au CRT (6 millions d'euros). Chaque partenaire de SAM prend en charge le secteur pour lequel il est le mieux placé. Ainsi le renseignement économique sera assumé par la CCI de Nice qui dispose des services et personnes compétentes et aussi d'un centre de ressources. Les actions à l'extérieur seront menées via un regroupement du CRT et de CAD et sous la coordination de SAM. Enfin, et c'est une autre originalité, le syndicat mixte s'appuiera pour sa politique sur un conseil scientifique constitué de personnalités du monde économique et scientifique.
Les statuts ayant été signés en mars par l'ensemble des partenaires, le syndicat mixte sera officialisé par le Préfet en mai avec dès juin la nomination d'un directeur, d'un président chargé de la définition d'un plan d'actions. Le syndicat mixte constitue le troisième outil de gestion départemental mis en place depuis le début de l'année par le conseil général. Une agence d'urbanisme départementale, à laquelle adhère la principauté de Monaco, a été fondée en janvier. Suivra dans quelques semaines, la mise en place d'un syndicat mixte départemental des transports.

Michel Bovas / Innovapresse Nice pour Localtis

"Un outil de cohésion départementale"

Christian Estrosi est président du conseil général des Alpes-Maritimes.

Pourquoi avoir créé un syndicat mixte départemental à vocation économique ?

Trop longtemps, nous avons souffert de la dispersion des initiatives, de l'addition de structures concurrentes dont l'opposition annihilait l'action. Le conseil général était très méfiant vis-à-vis des communautés d'agglomération. Il ignorait la fondation Sophia-Antipolis et le sénateur Pierre Laffitte son président, l'un des grands artisans du développement de Sophia-Antipolis. Enfin, c'était également une compétition ridicule avec la CCI de Nice. Ce temps semble aujourd'hui révolu. Il faut rassembler nos moyens et nos compétences. Il faut regarder dans la même direction car la concurrence entre les territoires dans le développement économique s'accentue en Europe et le reste du monde.

Comment définiriez-vous SAM ?

Sophia Alpes Maritimes concrétise une triple alliance entre les collectivités locales, l'université et le monde économique. C'est une mise en synergie des forces vives du territoire pour relever les défis économiques. On vient d'abord soutenir les politiques économiques des agglomérations, maîtres dans leurs choix, tout en les mettant en cohérence afin d'offrir à l'extérieur une image plus lisible. On s'appuiera sur les deux points forts du département dans les hautes technologies à travers Sophia-Antipolis et le tourisme via le savoir-faire et les infrastructures d'une région connue au plan international. Il s'agit d'utiliser nos ressources pour mieux promouvoir le territoire.

Comment peut-il intervenir ?

Le syndicat mixte va s'appuyer dans son action sur l'ensemble des acteurs publics et privés comme la CCI de Nice, l'université ou les nombreux clubs d'entreprises. Pour mieux cerner son rôle, SAM contractualisera avec les communautés d'agglomérations des partenariats où seront fixées les règles. Ces dernières conservent toute indépendance dans leurs projets. Mais SAM s'inscrit plus largement dans la réorganisation des instruments du département. Outre rationaliser les actions de CAD et du CRT, SAM vient compléter l'agence d'urbanisme pour l'aménagement du territoire, le syndicat mixte des transports pour les déplacements et un futur outil, dont les statuts ne sont pas encore définis, chargé d'apporter une réponse au grave problème du logement tant social que pour actifs. Ces quatre outils devraient faire du département un territoire de référence malgré ses contraintes.

Un conseil scientifique pour guider l'action de SAM

Le conseil scientifique, dont la présidence est assurée par l'université de Nice-Sophia-Antipolis et la fondation Sophia-Antipolis, veillera à la réflexion prospective, aux avantages concurrentiels du département aux plans européen et international, suggérera des actions pour le rayonnement des pôles d'excellence. Il regroupera des personnalités du monde universitaire ou économique local ou national. Pour sa composition sont pressentis, entre autres, le professeur Michel Lazdunski, directeur de l'Institut de biologie moléculaire à Sophia-Antipolis, le docteur Adolf Birkhofer, président de la Commission de sécurité nucléaire allemande ou encore Jean-François Heitz, ex-numéro trois de Microsoft, et professeur à l'université de Stamford.

Composition du conseil d'administration de SAM

Sont membres de SAM : le département des Alpes-Maritimes, la communauté d'agglomération Nice-Côte-d'Azur, la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis, la communauté d'agglomération Pôle-Azur-Provence, la communauté d'agglomération de la Riviera française, la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (sous réserve de son accord après les élections), la communauté de communes des coteaux d'Azur, la communauté de communes des Paillons, Cannes, Mougins, Le Cannet, Mandelieu et la chambre de commerce et d'industrie Nice-Côte-d'Azur.

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