Hébergement d'urgence - Une demande sur deux auprès du 115 ne trouve pas de réponse

A l'occasion de son congrès à Nantes, ces 13 et 14 janvier, la Fnars (Fédération nationale des associations de réinsertion sociale) publie la seconde édition de son "Baromètre hivernal du 115". Celui-ci porte sur les chiffres du 115 - le numéro unique d'appel pour les personnes à la rue - pour le mois de décembre 2011. La précédente édition portait sur le mois de novembre, ce qui permet désormais de disposer d'un - modeste - recul sur l'interprétation des données. Les données de ce baromètre sont issues de 37 départements, qui saisissent régulièrement l'activité du 115 sur le logiciel ProGdis 115/SIAO (services intégrés d'accueil et d'orientation). Paris - qui concentre pourtant un très grand nombre de demandes mais dispose d'un dispositif spécifique (le Samu social) - ne fait pas partie de cet échantillon, ce qui représente un biais méthodologique important. Néanmoins, pour le mois de décembre 2011, les demandes d'hébergement d'urgence reçues dans les 37 départements de l'échantillon ont atteint un total de 53.292 (contre 50.865 en novembre). Plus de 90% de ces appels concernent une demande d'hébergement.
Face à ces demandes, il est difficile de considérer les résultats comme satisfaisants : en décembre, 49% des demandes d'hébergement sont en effet restées sans solution. Ce résultat est toutefois nettement meilleur que celui de novembre, qui avait vu 62% des demandes demeurer sans solution. Le taux moyen de 49% d'absence de solution observé en décembre recouvre d'importants écarts géographiques. Le taux de non-réponse grimpe ainsi à 68% en Loire-Atlantique, 83% en Guadeloupe, 88% dans le Rhône ou 91% dans la Loire. A l'inverse, plusieurs départements affichent des taux de non-réponse inférieurs à 25%. A l'exception notable des Bouches-du-Rhône, il s'agit toutefois presque exclusivement de départements à dominante rurale : Nièvre, Mayenne, Haute-Saône, Jura, Ardennes...
Le baromètre montre également que la nationalité constitue un facteur fortement discriminant, même s'il est souvent corrélé avec d'autres variables explicatives comme la situation familiale. Ainsi, les personnes de nationalité française qui sollicitent le 115 affichent un taux d'attribution de places d'hébergement (63%) supérieur à celui des personnes de nationalité étrangère (35%). Parmi les demandeurs étrangers - et contrairement à une idée reçue -, la proportion de ceux qui n'ont pas obtenu de places est nettement plus importante (71%) chez les ressortissants de l'Union européenne (avec, parmi eux, une forte proportion de Roumains) que chez les personnes étrangères hors UE (56%).

Un dispositif inadapté pour les familles

En termes de situation familiale, 55% des demandes d'ébergement auprès du 115 concernent des personnes isolées (45% d'hommes seuls et 10% de femmes seules) et 35% des familles. Les 10% restant correspondent aux demandes de couples sans enfant et de groupes d'adultes sans enfant. Les chiffres montrent aussi l'inadéquation du dispositif aux besoins d'hébergement des familles : si 60% des personnes isolées obtiennent un hébergement d'urgence auprès du 115, cette proportion tombe à 39% pour les familles (même si le résultat de ces dernières s'améliore de huit points entre novembre et décembre). Autre élément sociodémographique : la part importante des jeunes dans les appelants du 115. Les moins de 18 ans représentent en effet 19% des demandes, les 18-24 ans 16% et les 25-34 ans 23%, soit un total de 58% pour les moins de 35 ans.
Lorsqu'une solution d'hébergement est trouvée, elle passe essentiellement par l'hébergement d'urgence (48% des réponses positives) et les places hivernales de ce même hébergement d'urgence (24%), mais l'étude montre aussi la part importante des hébergements en hôtels (23%).
Enfin, une dernière statistique interroge les pratiques du dispositif. Alors que 81% des appelants sont directement des personnes en difficulté, ils n'obtiennent que 47% de réponses positives. Les intervenants sociaux (15%) des appels obtiennent 70% de réponses positives, et les équipes mobiles et les services (1% des appels chacun) obtiennent respectivement 84% et 60% de réponses positifs.
La Fnars tire notamment de ces résultats la conclusion que "la politique du 'logement d'abord' proposée par le gouvernement reste aujourd'hui un voeu pieux" et que "sans politique ambitieuse de construction de logements et sans investissement massif sur l'accompagnement social, elle le restera". Toutefois, le manque de recul historique, l'absence de Paris dans l'échantillon et l'importance des écarts observés entre les résultats de novembre et ceux de décembre incitent à une certaine prudence. Il faudra en effet attendre la succession des prochains baromètres pour voir se dégager des tendances lourdes et stabilisées.

 

Téléchargements

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis

* champs obligatoires

Choix du format

 

Pour en savoir plus sur le traitement de vos données nous vous invitons à consulter notre Politique de protection des données à caractère personnelle