Normandie

Emilie Zapalski

Une monnaie régionale pour la Normandie : le compte à rebours est lancé

Développement économique

La région Normandie lancera en mars 2018 la première monnaie régionale. Celle-ci sera 100% numérique. Une expérience inédite en France, qui ne suscite pas l'adhésion de tous, notamment du côté des autres monnaies locales existant déjà sur le territoire normand.

"Le Rollon", du nom du premier duc de Normandie à avoir créé une monnaie à son effigie, "Normande", "Drakkar" ou "Viking" : les Normands sont amenés à choisir cette semaine le nom de leur future monnaie.  Une monnaie régionale qui sera lancée officiellement en mars 2018. Il s'agira d'une première en France : s'il existe déjà de nombreuses monnaies locales, aucune n'a été créée à une échelle régionale. "Nous sommes dans l'expérimental et l'innovation", signale ainsi à Localtis Lynda Lahalle, conseillère régionale déléguée à l'économie sociale et solidaire.

Le projet avait été annoncé par Hervé Morin, président de la région Normandie, en juin 2016. Des groupes de travail ont été créés regroupant des acteurs de l'économie sociale et solidaire, dont la chambre régionale de l'économie sociale et solidaire (Cress), des collectivités, des citoyens mais aussi les associations gérant les monnaies locales existant sur le territoire. Un processus qui a donné lieu à la création en novembre 2017 de l'association de la Monnaie normande citoyenne, présidée par Gérard Heit, par ailleurs président de Normandie Active, qui porte le projet pour le compte de la région et sera chargé de la mise en circulation. La région finance le projet : au total, elle investit 400.000 euros, y compris pour la communication qui sera nécessaire pour lancer la monnaie. Mais l'association espère pouvoir se passer des subventions publiques, à travers des cotisations, une commission sur les transactions ou un autre système de ce type. "Si nous n'arrivons pas à être indépendants, il vaudra mieux arrêter, explique Gérard Heit, nous avons des pistes différentes, très simples à mettre en place, mais la première année il n'y aura pas de cotisation ni de pourcentage sur les transactions." La monnaie sera garantie par un fonds doté de 100.000 euros.

L'objectif de cette monnaie, qui va s'échanger à parité avec l'euro (une unité de monnaie régionale pour un euro) est de développer l'économie locale, de favoriser le développement des circuits courts et de proximité, et de créer de l'emploi. "Une monnaie locale génère trois fois plus de richesse qu'une monnaie classique", assure Lynda Lahalle. L'idée est aussi de renforcer l'idendité régionale après la fusion des deux Normandie. La monnaie sera 100% numérique et sera utilisée via une carte de paiement et/ou une application sur smartphone.

Quelle place pour les autres monnaies locales ?

Si les acteurs locaux sont satisfaits de voir une telle monnaie émerger à une échelle régionale, certains sont un peu sceptiques sur la méthode engagée pour la développer. Ainsi, Serge Delamare, qui est co-président de l'association du Grain (une "monnaie citoyenne" du bassin havrais), explique pourquoi son organisation a quitté la table de la concertation. "La région prenait une direction que nous ne voulions pas prendre, explique-t-il ainsi à Localtis, elle fait du copier/coller de ce qui se fait ailleurs et qui fonctionne en imaginant que l'augmentation de la taille d'expérimentation permettra de lever tous les freins. Nous sommes sceptiques sur cette approche, nous pensons qu'il faut d'abord tester sur une petite échelle avant de développer la monnaie plus largement, car il faut une forte demande des utilisateurs."

L'arrivée de la monnaie normande pose aussi la question de la place laissée aux monnaies locales préexistantes. Si la région propose de mettre en place une interopérabilité entre toutes les monnaies, régionale et locales, elle leur impose le support à utiliser : aux monnaies locales le papier, à la monnaie régionale le numérique… "Si nous étions restés dans la concertation, nous n'aurions pas eu le choix de la solution numérique, or elle permet de tester de nouvelles manières de faire, c'est là que porte l'innovation", souligne Serge Delamare, qui estime toutefois qu'il ne devrait pas y avoir de concurrence entre leur monnaie et la nouvelle monnaie régionale. "Nous sommes localisés au Havre ; la région n'a pas de relais sur ce territoire, et nous avons 800 personnes inscrites pour Le Grain, avec 74 prestataires, des chiffres stables mais microscopiques", détaille-t-il.

Pour Marie Fare, maître de conférence en sciences économiques, université Lumière-Lyon 2, le "saut d'échelle" est une opportunité intéressante pour développer les débouchés d'une monnaie locale. En revanche, la spécialiste des monnaies locales questionne aussi le partenariat construit avec les autres acteurs locaux. "Il y a eu une concertation mais beaucoup d'acteurs ont quitté le groupe pour une question de méthode. Autre point de vigilance selon Marie Fare : les difficultés d'appropriation pour une monnaie créée par une administration publique, et exclusivement numérique.

Reste à voir à quel rythme va se développer cette nouvelle monnaie. L'association table sur 1.000 adhérents et 100.000 unités au bout de neuf mois, et espère atteindre l'équilibre d'ici trois à quatre ans…

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