Une zone économique qui préserve la biodiversité en presqu'île de Guérande

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Environnement

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Loire-Atlantique

Dans le cadre d'un projet de création d'une zone d'activités économiques, la communauté d'agglomération de la presqu'île de Guérande-Atlantique a retenu, à la suite d'études pointues, des aménagements permettant de préserver, sur le site, des mares de grande valeur biologique et les batraciens qui y vivent.

La communauté d'agglomération de la presqu'île de Guérande-Atlantique (CAP Atlantique) a pour projet la création d'une zone d'activités économiques appelée "Métairie de la Lande" sur la commune de Guérande, en extension du parc d'activités existant de Villejames. La procédure de ZAC (zone d'aménagement concerté) a été retenue pour mener la réalisation de cette opération. Les études préalables ont débuté courant 2004. Les acquisitions foncières ont été engagées fin 2006 pour des travaux d'aménagement qui débuteront au cours du second semestre 2008. Les premières entreprises sont attendues sur site en 2009. Or, le périmètre de cette opération, aujourd'hui agricole, englobe deux mares de grande valeur biologique. Plusieurs espèces de batraciens sont présentes, dont une strictement protégée au niveau européen, le triton crêté. La communauté d'agglomération, maître d'ouvrage, a choisi de maintenir et de pérenniser à l'intérieur de la zone d'activités un écosystème fonctionnel favorable aux populations de batraciens. L'objectif n'était pas simplement de conserver les mares mais bien de s'assurer de la pérennisation de l'ensemble des fonctionnalités biologiques du site et de ses relations avec le bocage périphérique.

 

Le projet mobilise des connaissances pointues des besoins des batraciens

CAP Atlantique a confié l'opération à la Société d'équipement de Loire-Atlantique (Sela), une société d'économie mixte spécialisée dans ce type d'aménagements. En parallèle, elle a missionné le cabinet Ouest Aménagement pour une expertise batrachologique approfondie, avec propositions de mesures de protection des peuplements amphibiens. Les investigations ont été élargies aux espaces proches des mares (espaces et linéaires nécessaires aux phases terrestres du triton crêté), ainsi qu'aux mares et pièces d'eau du bocage voisin, afin d'en évaluer le rôle fonctionnel dans la dynamique des populations. Cette mission a démontré que les deux mares inscrites dans le périmètre de l'opération appartiennent à un archipel de mares bien connectées entre elles du point de vue de la continuité de la biodiversité. Par ailleurs, des mesures simples de gestion doivent aussi permettre, a priori, de donner aux tritons les conditions nécessaires à leur vie terrestre.
CAP Atlantique a demandé à la Sela d'organiser la zone d'activités autour de la préservation d'un espace écologique indispensable aux tritons. Il s'agit de conserver, de curer et restaurer les mares, de maintenir une zone verte naturelle en périphérie, de conserver le chemin creux (levés de terre et haies rafraîchies), d'aménager des fossés humides latéraux avec installation de batracoducs et de conserver les connexions avec les mares du bocage alentour. Les eaux pluviales provenant des aires bitumées seront également orientées en dehors de cet espace.
Cette action s'accompagne de la création d'une piste cyclable dans la partie centrale du chemin creux, d'une valorisation pédagogique et d'une évaluation scientifique. L'association Gouttedeau (créée par le navigateur Loïc Peyron) a souhaité accompagner financièrement cette opération qui s'inscrit dans une démarche de développement durable.
Il ne s'agit pas d'une démarche expérimentale mais d'un projet pragmatique, s'appuyant sur l'expérience acquise pour ces aménagements et appliquée à un cas précis et concret. Il mobilise les connaissances les plus pointues des besoins des batraciens et du triton crêté en particulier. Un suivi scientifique, après aménagement de la zone, est également prévu.

 

Rendre compatible urbanisation et préservation de la biodiversité

L'aménagement du parc d'activités permettra de restaurer des habitats pour des espèces remarquables, de faire cohabiter développement économique et préservation de la biodiversité et de créer un support pour des animations pédagogiques. La sensibilisation doit par ailleurs s'étendre aux professionnels installés sur la zone.
Les élus ont accueilli très favorablement le projet. Il crée le point de départ d'un changement culturel en matière d'aménagement et de prise en compte de la diversité biologique en dehors des zones protégées. Le surcoût est tout à fait acceptable et sera supporté par les futures entreprises via l'achat des parcelles. Celles-ci agissent donc indirectement  en faveur de la préservation de la biodiversité locale, au-delà des mesures compensatoires réglementaires.
L'approche pédagogique s'avère nécessaire, tant vis-à-vis des techniciens en charge des travaux qui peuvent exprimer une certaine résistance à cette nouvelle approche, que des futurs chefs d'entreprise qui devront intégrer les fonctionnalités d'une telle zone, de la population locale par l'invitation à la découverte et la compréhension des milieux, et des agriculteurs situés à la périphérie de la ZAC mais disposant de mares sur leurs terres.
L'effet démultiplicateur généré par la réussite de ce projet permet d'entrevoir la généralisation de l'approche de la communauté dans ses projets d'aménagement.
L'objectif était de démontrer qu'il est possible de rendre compatible urbanisation - pour le développement économique et l'accueil des entreprises - et préservation de la biodiversité. Il est d'autant plus ambitieux que les mares conservent fréquemment l'image de zones insalubres à éliminer.

 

Samuel Dufresne, CPIE Loire Océane, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

 

Expérience recueillie dans le cadre du partenariat Union nationale des CPIE / Mairie-conseils

CAP Atlantique - Communauté d'agglomération de la presqu'île de Guérande

3, avenue des Noëlles
44503 La Baule Cedex

Fabrice Durieux

Directeur de l'environnement
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