Haute-Vienne

Vassivière : tourisme novateur et développement durable

Créé en 1965, entre Creuse et Haute-Vienne, pour développer une économie touristique dans une zone très rurale, le lac de Vassivière souffre aujourd'hui d'un positionnement touristique dépassé. Une relance du site s'imposait conciliant authenticité et développement économique.
D. Joubert / REA

"Un site exceptionnel : un lac de 1.000 hectares dans un superbe écrin de verdure (...) Le nom de Vassivière est aujourd'hui connu dans le monde entier." Si le Guide bleu ne tarit pas d'éloges sur Vassivière, force est de reconnaître que le principal site touristique limousin a considérablement vieilli. Mis en eau par EDF en 1949, le lac a connu ses premiers développements touristiques dès 1965, lorsque les communes le bordant se sont réunies au sein d'un syndicat mixte interdépartemental, le Symiva (Syndicat mixte de Vassivière). L'époque était alors au tourisme social. Depuis, les équipements de Vassivière sont devenus obsolètes et les attentes des vacanciers ont beaucoup évolué.
"Nous avons depuis une économie touristique de cueillette : nous attendons le client qui voudra bien s'adapter à ce que nous proposons alors que ce devrait être l'inverse. C'est à nous de répondre aux attentes de clients qu'il faut aller chercher!", explique Philippe Legué, président de la Maison de Vassivière. Celle-ci, une régie autonome à capacité morale, vient d'être créée par le Symiva qui lui a confié la promotion et l'animation du site. Il s'agissait là du premier acte fort de l'équipe mise en place au Symiva en 2001 pour redynamiser Vassivière. Depuis, toute une stratégie a été élaborée.

Une page neuve du tourisme de campagne

Le syndicat s'est recentré sur ses véritables missions et laisse désormais aux communautés de communes des tâches telles que l'assainissement, le transport... Laurence Dubois, directrice du Symiva, poursuit : "Nous avons commandé une étude de préfiguration, financée par la Datar, au cabinet Détente Consultants." Le diagnostic est inquiétant : fréquentation en baisse, taux de remplissage des hébergements marchands faible, faible taux également du renouvellement de la clientèle, grand nombre de structures d'accueil gérées par le milieu associatif ou des organismes publics, opérateurs privés trop rares, absence d'activité ou d'hébergement permettant de compenser les aléas climatiques... En revanche, certains points positifs ouvrent de belles perspectives. Ainsi, Vassivière jouit d'une excellente notoriété - malgré une quasi-absence d'image - et, surtout, "est un territoire quasiment vierge où rien d'irrémédiable n'a été commis, comme un lieu où une page neuve du développement touristique peut s'écrire".

Préserver et développer le site

La nouvelle équipe du Symiva ambitionne donc d'inventer un "tourisme de campagne novateur" en s'appuyant sur certaines préconisations de l'étude. Des aménagements, dont le coût estimé s'élève à 15,25 millions d'euros sur 10 ans, qui devront préserver et mettre en valeur l'aspect naturel du lieu en s'y fondant. Les principaux investissements seront concentrés sur deux sites distants d'une douzaine de kilomètres : Auphelle destiné plutôt aux familles, et Vauveix-Broussas pour les sportifs et amateurs d'activités de plein-air. Construction d'un centre aqua-récréatif, d'hébergements en dur, aménagement d'un nouveau port, de pistes cyclables et piétonnes..., les projets ne manquent pas. Certaines réalisations sont déjà effectives : liaisons lacustres entre les plages et l'île, parc acrobatique dans les arbres (15.000 visiteurs pour sa première saison), campagne de communication... L'île de Vassivière, sur laquelle se trouve déjà un centre d'art contemporain réputé, sera plus particulièrement dédiée à la culture avec la création de salles de spectacle, d'exposition, d'animation dans des bâtiments anciens et de caractère dont, pour l'heure, seuls 40% sont utilisés.

Mettre en avant l'authenticité

Deux études sont également en cours, soutenues par la Diren (direction régionales de l'environnement), l'une paysagère menée par le creusois Gilles Clément, un des deux créateurs du parc André-Citroën à Paris, l'autre architecturale et paysagère sur les sites destinés à être "urbanisés" avec l'emploi d'énergies et de matériaux propres, proches des normes HQE (haute qualité environnementale). "Le tourisme à Vassivière, c'est 250 emplois directs sur une population d'environ 6.000 personnes, estime Philippe Legué. Un chiffre qui doublera si nous réussissons à relancer le site. Pour ce faire, il nous faut réhabiliter l'existant, créer des hébergements en dur ? le gens ne veulent plus dormir sous la tente ! ? attirer des opérateurs privés ? plusieurs grands professionnels sont intéressés ? et donner sa véritable image à Vassivière. Ne plus faire figurer des palmiers et des plages ensoleillées mais mettre en avant les atouts qui nous sont propres, ceux d'un pays authentique et préservé." Philippe Legué souhaite également que le Symiva élargisse son territoire en accueillant l'ensemble des quatre communautés de communes du secteur. "La mutualisation des moyens permettra d'accroître le nombre d'hébergements et d'activités, tout en vitalisant le tissu associatif et économique !"

Olivier Jacquinot / Innovapresse Limoges pour Localtis

"Un devoir de respect qui n'exclue pas le développement économique"

Jean Paul Denanot est maire de Feytiat (Haute-Vienne), conseiller régional et président du Symiva.

Pourquoi ce choix du développement durable pour la relance du site ?

Connu de 12% des français, Vassivière est représentatif de l'image de la région - l'arbre et l'eau - et d'une manière plus générale d'une nature préservée et généreuse. Il est nécessaire de conforter cette image car elle est un atout de développement. La préservation des espaces réussie par les équipes précédentes du Symiva, aidées en cela par la loi littoral et la loi montagne, nous donne un devoir de respect, mais celui-ci n'exclut pas le développement économique, notamment touristique, pour que la vie rurale s'organise autour de services indispensables aux résidents permanents et aux touristes.

Le Symiva souhaite voir adhérer les quatre communautés de communes riveraines. L'élargissement du territoire du Symiva répond-t-il à une nécessité ?

Le développement du site ne peut se faire uniquement autour du lac. Il est nécessaire d'utiliser les grands espaces qui l'entourent pour offrir un projet touristique cohérent sur les thèmes du repos, de la nature, mais aussi du sport et de la culture. De plus, le périmètre du Symiva est inclus dans le futur parc naturel régional de Millevaches et, en élargissant son assise territoriale, le Symiva deviendrait un instrument d'aménagement pour l'ensemble de ses composants.

Quels sont les atouts et les handicaps d'un syndicat mixte pour le développement et la gestion d'un site comme Vassivière ?

Le syndicat mixte répond assez bien à la problématique posée, même si des structures associatives complémentaires sont nécessaires, car il associe plusieurs niveaux de collectivités territoriales dans une même volonté politique. Il n'y a pas, bien entendu, que des avantages. L'inconvénient principal est la difficulté à faire circuler l'information entre les représentants des collectivités au syndicat mixte et leur assemblée délibérante d'origine. Cela nécessite d'introduire dans le processus de décision des étapes de concertations complémentaires qui ne sont pas inutiles même si elles engendrent des retards dans la réalisation des projets.

1.000 hectares dans un écrin de verdure

Situé à 650 mètres d'altitude, le lac de Vassivière contient 120 millions de m3 d'eau et couvre une superficie de 1.000 hectares, un des plus grands lacs de France.

Sur son périmètre de 45 km en forme de papillon, quatre ports et de nombreuses plages ont été aménagés par le Symiva - permettant la pratique de tous les sports nautiques à l'exception du jet ski - et 300 km de sentiers sont balisés.
Créé en 1966, le Symiva est composé de la région Limousin (50%), des départements de la Haute-Vienne (25%) et de la Creuse (13%), ainsi que des huit communes riveraines (12%)- Royère-de-Vassivière, Faux-la-Montagne, Saint-Martin-Château, Peyrat-le-Château, Beaumont-du-Lac, Nedde, Gentioux-Pigerolles, Féniers.
La capacité d'hébergement est estimée à 5.577 lits marchands répartis dans un millier de structures d'accueil, 8.200 lits en résidences secondaires, et le nombre de nuitées à 200.000 par an. Actuellement, la durée moyenne des séjours est comprise entre une semaine (32,3%) et deux semaines (31,7%), et la clientèle essentiellement française (86%).

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