Localtis

Salon des maires - "Vivre en paix dans nos communes" : le cri d'alarme des maires de banlieue

Publié le
par
Caroline Megglé pour Localtis
dans

Politique de la ville

Sécurité

Touchés par les événements de début novembre à Chanteloup-les-Vignes, une cinquantaine de maires ont adressé un appel solennel au président de la République pour que les habitants de leurs quartiers puissent vivre "en paix".  Avec l'association Ville et Banlieue et le mouvement Bleu blanc zèbre le 20 novembre 2019, ils ont profité du Salon des maires pour relayer cet appel et pour demander, sur la sécurité comme sur d'autres enjeux tels que l'école, les mêmes moyens que les autres communes de France.  

"Nous lançons collectivement une alerte au nom des administré(e)s de nos municipalités qui aspirent simplement à vivre en toute tranquillité." Ce "cri d'alarme" est celui de plus de 50 maires de "villes et de villages de métropole et d’outre-mer, tous issus de territoires urbains, périurbains et ruraux". Initiée par Thierry Falconnet, maire de Chenôve (Côte-d'Or), la démarche est soutenue par l'association Ville & Banlieue, l'Association des petites villes de France et la Fédération nationale des élus socialistes et républicains.

"On a franchi un cap de criminalité dans des territoires jusque-là épargnés"

Cet appel a été diffusé le 17 novembre 2019, veille de l'ouverture du Congrès des maires de France et deux semaines après l'incendie qui a ravagé l'Arche, centre des arts de la scène et du cirque, un équipement culturel flambant neuf de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), suite à des affrontements entre des jeunes et des forces de l'ordre. "Chaque jour dans nos communes, nous constatons la dégradation rapide du 'vivre ensemble' au profit d’une tension sociale qu’alimentent la recrudescence d’incivilités et d’actes délictueux, la multiplication de dégradations d’une rare violence commises par une minorité agissante qui ne recule plus devant rien, la banalisation de l’économie parallèle, l’omniprésence de rodéos de motos et/ou de voitures troublant en permanence l’ordre public et la quiétude des habitant(e)s, leurs premières victimes", peut-on lire dans cet appel solennel au président de la République et à "toute la Nation", qui fait également l'objet d'une pétition.

"Aujourd'hui on a franchi un cap qui est un cap de véritable criminalité, à l'image de ce qu'on connaît à Marseille par exemple, dans des territoires qui jusque-là étaient épargnés par ce niveau de violence", a expliqué à Localtis Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer (Var) et président de Ville et Banlieue, au Salon des maires le 20 novembre 2019. "Il est donc absolument vital que l'État mette le paquet en matière de moyens de prévention, en matière de police de proximité, de police répressive, de police judiciaire et en matière de justice", a-t-il poursuivi. Pour Marc Vuillemot, le sentiment d'impunité est "absolument terrible pour l'équilibre moral de nos territoires".

"Le Conseil présidentiel des villes est aujourd'hui mort-né"

Sous l'impulsion de Ville et Banlieue et du mouvement Bleu blanc zèbre, plusieurs maires de banlieue et responsables associatifs s'étaient réunis au Salon des maires pour faire porter leur voix, deux ans après l'"appel de Grigny" (voir notre article du 17 octobre 2017 "A Grigny, des maires et des responsables associatifs lancent un appel commun") et un an et demi après la très grande déception suscitée par les suites réservées par le président de la République au plan Borloo (voir notre article du 22 mai 2018 "Emmanuel Macron le 22 mai à l'Elysée : pas de plan mais des pactes").  

Les élus locaux de tout bords et les responsables associatifs qui s'étaient impliqués dans cette démarche de co-construction voulue par le chef de l'État ne se sont pas encore tout à fait remis de ce qu'ils appellent "un enterrement de première classe". "Cette dynamique a été cassée, elle a été remplacée par un Conseil présidentiel des villes qui aujourd'hui est mort-né", a déploré Philippe Rio, maire de Grigny (Essonne).

Au-delà, les élus de banlieue ont un réel sentiment d'injustice pour leurs communes. "Le retrait est permanent, quotidien : des services publics, de l'hôpital, de la police, de la justice, de l'Éducation nationale. Le cœur de la République est en recul dans nos territoires", a témoigné Philippe Rio. Même s'ils reconnaissent qu'il y a eu quelques avancées avec par exemple le dispositif des Cités éducatives, ces efforts resteraient largement insuffisants. "À titre d'exemple, pour la métropole de Toulon, les quartiers de reconquête républicaine ont permis d'allouer 20 policiers supplémentaires, ce qui a servi à compenser les non-remplacements de départs à la retraite sur ce site depuis une dizaine d'années", a illustré Marc Vuillemot. 

Les maires de banlieue demandent l'équité territoriale

"Une des propositions que nous avions formulées, la création d'une cour de justice d'équité territoriale, prend plus que jamais son sens aujourd'hui", a-t-il complété. Sans "cet enterrement de première classe" (du rapport Borloo, ndlr), "il n'y aurait peut-être pas eu les gilets jaunes, ou différemment", a estimé Catherine Arenou. Les maires de banlieue font le parallèle entre les difficultés des territoires ruraux et périurbains et celles de leurs communes. "C'est le cri d'alarme des gens qui subissent une inéquité territoriale. Chez nous, ça explose plus vite parce que les gens sont plus nombreux", a poursuivi l'élue des Yvelines.

Et, au-delà d'un quotidien déjà difficile à gérer, les maires doivent savoir repartir rapidement à l'assaut en cas de grave crise. Après la "sidération" suscitée dans sa ville par les événements de début novembre, Catherine Arenou s'est vite demandé "comment reconstruire, comment faire autrement" à Chanteloup-les-Vignes. "Les 13-17 ans évoluent tellement vite qu'il faut très régulièrement se poser des questions et mettre des dispositifs différents, tout en continuant à faire pour l'enfant, pour l'adolescent, pour les seniors parce qu'on a une population vieillissante, très enkystée sur le territoire, très précaire", a-t-elle précisé à Localtis.

Les maires restent donc mobilisés. "On ne veut pas lâcher parce que les enjeux pour nos territoires et plus généralement pour le pays sont énormes", a affirmé le Gilles Leproust, maire d'Allonnes (Sarthe). Au niveau national, les élus de Ville et Banlieue continuer à frapper inlassablement aux portes des ministères et à promouvoir le dynamisme de leurs quartiers au nom des "99% de braves gens" qui y vivent. "Nous allons continuer à pousser ensemble pour cette réconciliation nationale, qui était au cœur du rapport Borloo et qu'on ne perdra pas de vue", a conclu le maire de Grigny.

Haut de page