Politique de la ville - A Grigny, des maires et des responsables associatifs lancent un appel commun

Quelque 250 élus locaux se sont mobilisés le 16 octobre à Grigny, aux côtés d'agents publics et de responsables associatifs, pour lancer un appel à intensifier les efforts en faveur des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le président de la République a dit vouloir recevoir les associations - Bleu Blanc Zèbre, Villes et Banlieues, Villes de France - à l'initiative de la démarche. 

"La situation est extrêmement critique et il y a de quoi être en colère. La République a décidé de tourner le dos à nos quartiers populaires", fulmine Azzédine Taïbi, maire de Stains. "Devant des gens en pleurs qui n'ont pas de travail, pas de logement, j'ai rarement la solution. J'en appelle à notre gouvernement", exige Nelly Dutu, maire de La Verrière. "Je veux des services publics dans nos quartiers populaires", revendique Jean-Philippe Gautrais, maire de Fontenay-sous-Bois. Ces maires de banlieue, et d'autres venus de Béthune, Roubaix, Evreux, Grande-Synthe, Sevran ou encore Nanterre, se sont succédé à la tribune, le 16 octobre à Grigny (Essonne), pour dire au gouvernement l'urgence de la situation des quartiers prioritaires.
Initiés par les associations Bleu Blanc Zèbre, Villes et Banlieues et Villes de France, ces Etats généraux de la politique de la ville étaient annoncés comme la réponse d'élus locaux et de responsables associatifs déterminés à se battre pour leurs quartiers, suite aux annonces gouvernementales de cet été sur l'annulation de crédits et la baisse des contrats aidés (voir notre article du 12 septembre 2017).
Aux côtés des maires, des représentants associatifs ont aussi eu l'occasion d'attirer l'attention sur certaines situations alarmantes : les maisons de la jeunesse et de la culture d'Ile-de-France qui risquent de mettre la clé sous la porte, tout comme 200 structures d'une fédération sportive.

"La situation ne cesse de se détériorer"

"Inédit" sous sa forme et couronné de "succès" - 750 personnes, dont 250 élus locaux, 200 agents de collectivité et 200 représentants associatifs, se seraient mobilisées -, ce rassemblement montre, pour Gilles Leproust, maire d'Allonnes (Sarthe) et secrétaire général de Villes et Banlieues, le "niveau de colère et d'exigence d'être respecté", face à ce qui a été perçu comme du "mépris" de la part du gouvernement.
En ouverture de la rencontre, Gilles Leproust avait lu une lettre de Marc Vuillemot, président de Villes et Banlieues, resté dans sa commune de La Seyne-sur-Mer où "un jeune homme a été tué par balles dans un grand ensemble d’HLM, comme il y a quelques semaines à la Grande Borne".
"Déjà infernale, parfois depuis longtemps dans certains quartiers, la situation ne cesse de se détériorer, tant dans les grandes banlieues des métropoles où les sites d’habitat social couvrent presque tout le territoire communal, que dans les petites cités HLM ou les centres anciens dégradés et paupérisés de sous-préfectures de départements ruraux", a écrit Marc Vuillemot.

Le conseil de Jean-Louis Borloo : remettre le sujet de la radicalisation "en haut de la pile"

Pour le maire de La Seyne-sur-Mer, "c'est l’insécurité, et pas seulement son sentiment, la délinquance, petite et grande, la radicalisation" qui "enferment sur eux-mêmes et stigmatisent ceux qui y résident."
Un peu plus tard dans la matinée, Jean-Louis Borloo est revenu, sans le nommer, sur l'enjeu de la radicalisation, finalement peu abordé par des acteurs toujours soucieux de montrer la complexité et la richesse des quartiers. La jeunesse de ces quartiers est "une chance formidable de la République mais elle peut aussi la quitter. A vous de remettre ce sujet en haut de la pile", a conseillé l'ancien ministre de la Ville et de la Rénovation urbaine. Avant d'appeler les acteurs à se mobiliser avec davantage de "méthode", dans le cadre d'un "plan robuste, clair, fiable, transparent, financé, évaluable".

Trois mois pour construire un plan national de solidarité

Construire un "plan national de solidarité", c'est justement ce que Bleu Blanc Zèbre, Villes de France et Villes et Banlieues ont prévu pour les trois prochains mois. Il devra notamment préciser le programme de chaque ministère, des régions, des départements et des intercommunalités. Il sera élaboré à l'occasion de prochains rassemblements des Etats généraux, à Paris - le 24 novembre, lors du Congrès des maires -, à Roubaix et à Mulhouse.
D'ici là, les organisateurs de la rencontre de Grigny devraient rencontrer le président de la République. Interviewé sur TF1 le 15 octobre, Emmanuel Macron a glissé qu'il était "sensible à leur message" et qu'il les recevrait prochainement. Le 6 octobre à Aubervilliers, lors du lancement des "Quarante ans de la politique de la ville" (voir notre article du 9 octobre 2017), Jacques Mézard et Julien Denormandie, le ministre de la Cohésion des territoires et son secrétaire d'Etat, avaient assuré que la politique de la ville était une priorité du gouvernement et que son budget serait sanctuarisé pendant cinq ans. En ce qui concerne l'année à venir, cette promesse devrait être honorée avec un programme 147 doté de 430 millions d'euros dans le projet de loi de finances pour 2018.

Un fonds d'urgence de 100 millions pour les quartiers les plus en difficulté, un "accélérateur" des solutions et initiatives

Dans leur "appel solennel de Grigny" au "président de la République et, à travers lui, à toute la nation", les maires de banlieues et responsables associatifs demandent toutefois des gages supplémentaires et en particulier le doublement du budget de la politique de la ville. Parmi les autres "mesures préalables d'urgence" indiquées comme nécessaires, outre le maintien des contrats aidés et le rétablissement des crédits annulés : un fonds d'urgence de 100 millions d'euros pour les 100 quartiers les plus en difficulté, le fléchage des moyens de la formation professionnelle vers les QPV, le renforcement des effectifs de police et de justice ou encore la désignation d'un ministre d'Etat à la Ville.
Bleu Blanc Zèbre et ses partenaires souhaitent enfin recenser les "solutions et initiatives issues des quartiers" et mettre en place un "réseau accélérateur de ces solutions avec les régions". Ce travail a été bien entamé le 16 octobre, avec la présentation de nombreuses initiatives centrées sur l'éducation et la formation, la culture, l'emploi, le sport, l'entrepreneuriat ou encore la laïcité.
Parmi ces initiatives, citons "Enquête", qui propose aux villes une méthodologie d'éducation à la laïcité, ou encore "Sport dans la ville" qui installe des petits centres sportifs en pied d'immeuble et accompagne des jeunes vers l'insertion. A noter également la "Digital Academy", mise en place par la ville de Montereau-Fault-Yonne, qui proposent des parcours universitaires via des outils numériques afin d'éviter que de jeunes bacheliers ne décrochent des études à cause de l'éloignement des établissements d'enseignement supérieur.   
 

Hélène Geoffroy : "Nous avons besoin d'un gouvernement qui croit que la politique de la ville change la vie des gens"

Trois questions à Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin et ancienne secrétaire d'Etat à la Ville (2016-2017).

Localtis : N'y a-t-il pas toujours eu un sentiment de révolte des élus et des responsables associatifs des quartiers populaires depuis le début de la politique de la ville ? Qu'est-ce qui a changé ?  

Hélène Geoffroy : On a l'impression que la politique de la ville fonctionne par secousses successives. Il y a des moments de prise de conscience, avec de grandes réunions où l'on se demande ce que l'on peut faire, alors que la politique de la ville a besoin de s'inscrire dans la continuité. On a toujours considéré que la politique de la ville, c'était beaucoup d'argent déversé pour obtenir peu de résultats. Or, les acteurs de terrain se rendent bien compte que les villes se transforment parfois physiquement et que la vie des habitants se transforme aussi. Des gens qui vont mieux grâce à la politique de la ville s'en vont et sont remplacés par des personnes qui ont des difficultés. D'où cette impression de sur-place.
La rupture, c'est au moment où on s'est dit qu'on allait travailler aussi sur les questions de mixité sociale. Tout cela prend du temps, notamment la mobilisation de l'ensemble des ministères pour que toutes les politiques publiques s'appliquent. Très souvent, en politique de la ville, on a mis des financements complémentaires mais le reste s'est retiré. 
Nous avons besoin d'un gouvernement qui croit que la politique de la ville change la vie des gens. Nous n'avons pas encore eu la réponse à cette question, d'où la perplexité des maires aujourd'hui, ce n'est pas simplement une question de moyens. Est-ce qu'on croit que la politique de la ville est un instrument public utile et comment on veut l'orienter ? Nous, en 2014, notre ligne était de travailler à la fois sur l'urbain et l'humain.

Comme le suggère Jean-Louis Borloo, un changement de méthode est-il nécessaire, en définissant une priorité qui prenne le pas sur les autres ?

Il y a trois sujets majeurs : le renouvellement urbain qui doit impérativement se poursuivre, l'éducation – nous avons encore trop de décrochage scolaire - et l'emploi. Lorsque le chômage diminue au niveau national, il ne diminue pas dans les quartiers politique de la ville s'il n'y a pas une action très ciblée - je pense notamment aux jeunes diplômés. Là se construisent les sentiments de frustration les plus forts et l'atteinte à la cohésion du territoire et à la promesse républicaine. Il faut redonner des perspectives à des quartiers qui sont jeunes.

A Vaulx-en-Velin, est-ce que la mixité progresse ?

C'est long, ça prend du temps. Aujourd'hui nous regagnons des habitants alors que nous en perdions. Nous avons des Vaudais qui restent quand ils vont mieux, là où ils essayaient de s'en aller à toute vitesse, et des classes moyennes venues d'autres villes qui s'installent. Mais c'est un moment charnière, les choses peuvent basculer, donc je souhaite qu'il y ait la continuité de l'effort. 

Propos recueillis par Caroline Megglé 

 

 

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