A Wattrelos (59), jouer à l'école se révèle un facteur de réussite

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Expérimentés avec succès depuis 2002, les espaces ludiques en milieu scolaire se multiplient dans les écoles élémentaires. La majorité d'entre eux sont concentrés dans le Nord, où ils devraient même gagner les collèges. Reportage à Wattrelos.

C'est une salle de classe où les enfants rient aux éclats. Le tableau n'est guère utilisé, sinon pour faire des dessins. L'attention des élèves, qui ont entre six et douze ans, est tout entière absorbée par le baby-foot, le château fort ou les poupées. Près de 80 jeux sont ainsi mis à leur disposition. Bienvenue dans l'espace ludique de l'école élémentaire Jean-Zay de Wattrelos, près de Roubaix. Un lieu à part, où les enfants peuvent souffler, entre l'apprentissage de la langue française et la découverte des mathématiques. L'expérience des espaces ludiques en milieu scolaire a été imaginée par le ministère de l'Education nationale, sous Jack Lang, avec le soutien des ministères de l'Emploi, de la Famille, de l'Industrie, avant d'être reprise par un conseiller de Xavier Darcos, Jean David. Il y avait 20 sites en 2002. Il en existe aujourd'hui 135 dans les écoles élémentaires françaises, dont 86 dans le département du Nord. Pas de doute, l'idée rencontre un franc succès dans les écoles où elle est expérimentée. Selon l'inspection académique, elle devrait être exportée à partir de septembre 2005 dans les collèges du Nord, avec l'appui du conseil général. Les jeux, qui restent en permanence dans l'école, sont en principe fournis gracieusement et sans contrepartie publicitaire par les fabricants de jouets, sur la base d'une sélection effectuée par l'Education nationale.

Estime mutuelle

"L'espace ludique est accessible sur la base du volontariat, explique Myriam Bride, directrice de l'école Jean-Zay. Les enfants sont là pour jouer ensemble et être heureux ! L'école n'est pas seulement le lieu du travail, mais aussi celui du plaisir." L'espace ludique est occupé en moyenne par une dizaine d'enfants, sur le temps périscolaire, pendant la garderie, la cantine ou les récréations. Cette activité s'intègre, ici, dans une démarche globale de lutte contre la violence : "Les enfants, en jouant ensemble, apprennent l'estime mutuelle, constate Myriam Bride. Dans mon école, les disputes ne dégénèrent plus en bagarres. Les conflits s'apaisent plus facilement." Amélie, qui anime ce moment de jeu, confirme : "L'espace ludique fait beaucoup de bien aux enfants. C'est un endroit où ils peuvent se poser, se détendre, où ils apprennent la patience, l'attention, où ils acceptent des règles de vie commune." Pour une fois, filles et garçons jouent ensemble, sans préjugés : "Les enfants qui découvrent l'espace ludique voient que les garçons jouent à la poupée et les filles avec les robots sans que cela ne suscite de moqueries. Cela les décomplexe", remarque Myriam Bride. Les chercheurs confirment ces impressions de terrain : "Le jeu symbolique permet à l'enfant de mieux assimiler la réalité, de résoudre des conflits, de réaliser des désirs inassouvis", souligne Béatrice Bourdin, maître de conférence en psychologie du développement à l'université de Picardie.

Droit à l'enfance

"Le jeu aide également à l'émergence du langage. On voit l'intérêt de cette démarche pour un enfant en difficulté à l'école ou avec l'école", ajoute-t-elle. Les enseignants s'intéressent de près à l'expérience. Dans les classes maternelles, le recours au jeu est naturel. Pourquoi en priver les enfants sous prétexte qu'ils sont rentrés "chez les grands", au CP ? Au sein de l'espace ludique, les élèves se montrent sous un jour différent : un enfant timide se révélera combatif dans le feu de l'action, tandis qu'un autre, turbulent, montrera qu'il sait se concentrer. Autant d'indices utiles pour l'adulte... Dès lors, l'espace ludique pourrait aussi être utilisé pendant le temps scolaire, au titre de l'apprentissage du "vivre ensemble". A Wattrelos, des enfants qui n'ont pas de jouets chez eux ont reconquis "un droit à l'enfance". "A la maison, les parents sont mangés par la télé, les enfants sont tout seuls devant l'écran de leurs jeux vidéo, reprend la directrice. Le sens du jeu leur échappe. Ainsi, au départ, certains enfants ne savaient pas jouer avec le château fort de l'espace ludique. Ils ne savaient pas se raconter des histoires. L'animateur leur a donné des pistes pour créer un imaginaire. Et aujourd'hui, ce jeu a un succès fou !" Le pari de Myriam Bride cette année ? Impliquer davantage les parents dans l'expérience pour leur donner le goût de jouer avec leurs petits à la maison.


Sylvain Marcelli pour Localtis
 
 

"Nous regrettons beaucoup la disparition des aides-éducateurs'"


 

Alain Joiffroy est directeur général adjoint des services de la ville de Wattrelos (Nord).

Deux écoles de Wattrelos accueillent des espaces ludiques de manière expérimentale. Comptez-vous pérenniser ce dispositif ?

Cette expérience très intéressante mérite d'être étendue à d'autres écoles de la ville. Se pose cependant la question du financement. Les espaces ludiques ne nous coûtaient jusqu'à présent pas grand-chose. Les jeux étaient offerts par les fabricants. Nous avions choisi des écoles avec des salles libres, donc nous n'avons pas investi en locaux. De plus, nous n'avons pas été obligés d'embaucher : les aides-éducateurs ont animé, dans un premier temps, l'espace ludique.

La fin des emplois-jeunes a-t-elle pénalisé l'expérience ?

Nous regrettons beaucoup la disparition des aides-éducateurs. Lorsqu'ils étaient dans l'école, l'espace ludique était animé par deux personnes fortement investies dans le projet. Aujourd'hui, une seule personne, rémunérée par la commune, prend en charge l'espace ludique. L'encadrement de l'atelier est donc moins important. Mais, pour la commune, les coûts restent constants : cette personne travaillait déjà dans l'école, à la surveillance des cantines.

Quel serait le coût d'une extension du dispositif ?

Le vrai problème, c'est le prix des jouets, que les fabricants ne nous donnent plus. Nous avons estimé l'investissement à 5.000 euros par an pour chaque espace ludique, à quoi il faut ajouter les consommables : de nombreux jeux fonctionnent avec des pile ! Nous avons repéré deux financements possibles. Le contrat temps libre (CTL) entre dans le champ d'action, mais la convention a été signée jusque fin 2005... et il n'est pas autorisé d'y ajouter un avenant. La CAF réfléchit à ce problème technique. La deuxième solution, le contrat éducatif local (CEL), est plus difficile à mettre en oeuvre : tous les ans, le dossier devra repasser à la direction de la jeunesse et des sports, qui dispose d'une enveloppe peau de chagrin. Il sera difficile d'élargir le dispositif, sans garantie de financement.


 

A Jean-Zay, un projet global de lutte contre la violence


Au sein de l'école élémentaire Jean-Zay de Wattrelos, l'espace ludique a intégré un projet global de lutte contre la violence en milieu scolaire. "Quand j'ai pris la direction il y a deux ans, les élèves étaient violents entre eux dans la cour, raconte Myriam Bride, directrice. Et les parents eux-mêmes l'étaient parfois envers le personnel enseignant ! J'ai travaillé avec toute l'équipe pour installer des activités au fil de la journée, afin d'occuper les enfants. L'espace ludique est naturellement venu s'insérer dans cette démarche. Nous insistons également beaucoup sur les règles de vie à l'intérieur de l'établissement : adultes et enfants doivent se respecter. Les bêtises des élèves sont notées sur un cahier, ce qui permet de discuter avec les parents de manière précise de ce qui s'est passé. Grâce à ce travail, la violence a diminué de manière sensible. Des enfants qui étaient très difficiles se sont métamorphosés."
 

Espaces ludiques à l'école, le rôle des collectivités en question


 

En septembre dernier, un colloque organisé à Lille avait pour thème "Jouer, une alternative à la violence ?"...

Pour installer un espace ludique en milieu scolaire, "le soutien des collectivités territoriales est indispensable", estime Jean David, inspecteur général de l'Education nationale. Une idée qui a suscité le débat lors du colloque "Jouer, une alternative à la violence ?" organisé à Lille le 29 septembre dernier. Une enseignante souligne la difficulté d'encadrer des nouvelles activités alors que le dispositif emploi-jeune s'éteint. "Nous n'aurons pas des assistants d'éducation partout", lui répond Jean David. L'adjointe à l'enseignement de la ville d'Armentières (59) élève alors la voix : "La généralisation de l'action ne peut pas reposer sur les collectivités : il n'est pas question d'alourdir des budgets déjà serrés !" Dans les écoles qui n'ont plus d'aides-éducateurs, ce sont les Atsem ou le personnel de service qui encadrent les enfants, dans le cadre du contrat éducatif local (CEL).

Fédération française des industries jouets puériculture

4 rue de Castellane
75008 Paris

Sylvie Linder

Coordinatrice nationale des espaces ludiques

Mairie de Wattrelos

Nombre d'habitants :

42719
Place Jean Delvainquiere
59393 Wattrelos

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