Un Fablab en Haute-Saône pour construire une communauté agile et connectée (70)

Marqué au cours des dernières décennies par la désindustrialisation qui a frappé une partie de l’Est de la France, le Pays de Luxeuil, rural et à faible densité de population, a saisi la révolution numérique pour sortir de l’isolement et créer une nouvelle communauté, inclusive et économiquement probante.

À l’origine du Fablab des 3 Lapins, une première journée d’acculturation numérique en 2015 attire 500 personnes venues de tout le pays de Luxeuil. L’année suivante, les membres de l’association des 3 Lapins conduisent un diagnostic sur l’ensemble du territoire rencontrant habitants, associations, industriels, enseignants, élus. Sur cette base, ils dessinent le futur Fablab, ses missions et sa gouvernance. Loïc Laborie, 3ème vice-président de la Communauté de communes du Pays de Luxeuil (CCPLx) et adjoint au maire de Luxeuil-les-Bains, explique le travail de pédagogie mené auprès des élus par le sénateur Raison, maire de Luxeuil-les-Bains et ancien président de la CCPLx : « Ce travail d’acculturation est essentiel car le sujet est complexe : gouvernance et philosophie de la démarche, modèle économique, applications technologiques... Plus d’une année d’échanges a été nécessaire aux élus de la communauté de communes pour comprendre les enjeux concrets et le potentiel du Fablab ». Résultat : une expérimentation est lancée en 2017 pour trois années, avec une subvention annuelle de 50.000 € de la communauté de communes et le soutien de la ville de Luxeuil-les-Bains, qui met à disposition les locaux.

Des élus audacieux et entreprenants

La phase d’expérimentation est concluante, plus rapidement que prévue. Après 4 années, le Fablab est devenu un acteur référent des politiques publiques. Il est aujourd’hui labellisé « Fabrique numérique de territoire », ce qui le distingue sur la scène nationale. La commande des élus de fait, évolue : « outre le soutien à la dynamique économique, le Fablab joue un rôle dans l’acculturation numérique de tous les acteurs du territoire, chefs d’entreprise et professionnels, mais aussi les habitants, les jeunes décrocheurs notamment ». La mue est déjà en cours pour créer un tiers-lieu, Le Terrier, qui a une double vocation : économique dans une approche public/privé : couveuse d’entreprises, espace de coworking, centre de formations, coopérative... Et citoyenne, avec la lutte contre l’isolement informatique des personnes en fragilité, l’accès à l’emploi, l’économie circulaire et le développement durable : répar’cafés, médiation culturelle et facilitation de l’accès à la création artistique…

L’agilité, marque de fabrique du Fablab

Mais qu’est-ce qu’un Fablab ? Norbert Romand, ingénieur numérique est co-fondateur des 3 Lapins : « Un Fablab est d’abord un laboratoire de fabrication où l’on passe de l’idée à l’objet, grâce aux machines disponibles et à l’aide reçue sur place dans un esprit collaboratif, et ce, dans tous les domaines possibles. »

 « Au Fablab, on est capable de répondre en quelques jours à un besoin ressenti sur le territoire. Nous apportons des solutions nouvelles à faible coût, sans passer par des procédures de niveau national. » Ainsi, pour la fabrication de visières pendant le confinement, la chaîne complète de production a été mise en place très rapidement ainsi que celle de leur distribution, avec le concours des pharmacies et de l’armée de l’air. La mise au point d’un prototype de cartes électroniques est en cours qui permettra la réparation de matériel électroménager : « le modèle sera open source et partageable, pas de brevet pour le Lab ! » Le Fablab a aussi aidé un menuisier à s’installer : sans budget pour acheter les machines indispensables à son activité, ce dernier a pu réaliser ses produits -boîtes destinées aux grands hôtels et pâtissiers- au Fablab. Trois ans plus tard, son activité est en plein développement et il aide un luthier professionnel à progresser dans l’efficacité de sa fabrication. Récemment, le dirigeant d’un Groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) a eu recours au Fab pour réparer et moderniser une ancienne machine agricole plutôt que de la mettre au rebut.

Des résultats tangibles pour le territoire

23 entreprises (de 1 à 122 employés) ont signé une convention de partenariat avec le Fablab. Plusieurs conventions ont été signées avec d’autres acteurs structurants du territoire : mission locale, lycées, collège du quartier prioritaire de la ville, Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), délégation académique au numérique éducatif, Unité de Formation et de recherche sciences et techniques de l’université de Franche-Comté, APF France Handicap, Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Saône. 36 jeunes décrocheurs ont été formés aux nouvelles technologies au sein du Fablab et une action de formation « longue » à destination des jeunes sans qualification a été mise en place avec le soutien financier de la Fondation Orange.

Enfin, trois projets proposés par le Fablab pour répondre de manière innovante aux enjeux écologiques et sociaux du territoire ont été retenus par le syndicat de traitement des déchets (Sytevom 70) et l’Ademe.

Le déploiement du Fablab et la transmission

Au-delà des réalisations concrètes, une communauté solide de 52 membres s’est constituée autour du Fab, avec un engagement de partage et de bénévolat. Pour Loïc Laborie et Norbert Romand, tous deux passionnés de leur territoire, le succès repose à la fois sur les compétences des ingénieurs numériques et sur l’engagement des élus qui ont accordé leur confiance à ceux qu’ils nommaient au début de l’aventure, « les doux dingues ». Loïc Laborie voit grand : « On est encore loin de la communauté que nous pouvons créer. Nous la construisons à pas lents mais pour une implantation solide. »

Concrètement, l’avenir est déjà là, avec le projet de déménagement dans des locaux plus grands, l’implication dans la mise en place de nouveaux Fablabs imaginés pour travailler en réseau sur le territoire, l’appui à d’autres territoires avec la visite récente d’acteurs de Bourgogne ou des Vosges, mais aussi la diffusion vers d’autres publics, encore plus ruraux ou isolés. En projet encore : un fourgon Fablab mobile et une plateforme numérique ouverte à tous pour apporter une assistance à distance, en complément des formations dispensées. « Au niveau du département, nous sommes une tête de réseau chargée de créer et d’animer cette communauté avec les associations, les élus, les industriels, les bénévoles », précise l’ingénieur numérique. À sa manière, Luxeuil-les-Bains s’inscrit bel et bien dans l’ADN des Fablabs et des tiers-lieux : l’ingénierie acquise sera capitalisée et documentée pour favoriser l’essaimage des solutions mises en place.

Fabrique numérique de territoire 

Un appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Fabrique numérique de territoire » a été lancé en juillet 2019 par le gouvernement pour encourager la dynamique des tiers lieux dans les territoires. La fabrique numérique de territoire est ainsi définie : un tiers lieu « tête de réseau » qui joue un rôle de lieu ressources pour les porteurs de projets environnants ; lieu de formation et d’apprentissage par le « faire ensemble » ; lieu d’inclusion numérique pour les populations éloignées d’Internet et de ses nouvelles opportunités. Le Fablab de Luxeuil-les-Bains fait partie des 32 fabriques numériques de territoire labellisées.

Communauté de communes du Pays de Luxeuil (CCPLx)

Nombre d'habitants :

15500

Nombre de communes :

15
22 Rue Jules Jeanneney
70300 Luxeuil-les-Bains

Loïc Laborie

Vice-président

Fablab des 3 Lapins

2 Rue Lacépède
70300 Luxeuil-les-Bains
bureau@fablab3lapins.org

Norbert Romand

Chargé des relations entre Le Terrier et le territoire