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Aide aux jeunes : un "premier pas" jugé insuffisant pour toucher les plus précaires

L'aide de 200 euros annoncée le 4 mai 2020 par le Premier ministre bénéficiera à 800.000 jeunes étudiants ou bénéficiaires des APL. Un geste salué par des organisations de jeunesse, lesquelles soulignent toutefois qu'il ne permettra pas de soutenir les jeunes les plus précaires ne disposant pas d'un logement autonome. Antoine Dulin suggère de compléter cette aide par un fonds mis à la disposition des collectivités et des acteurs sociaux.

Après l'annonce du président de la République du 13 avril d'un soutien aux étudiants fragilisés par la crise, il aura fallu plusieurs semaines au gouvernement pour calibrer une aide finalement élargie à d'autres jeunes en difficulté. Présentée le 4 mai par le Premier ministre au Sénat (voir ci-dessous notre article du 4 mai 2020), cette aide unique de 200 euros sera versée à 800.000 jeunes, environ pour moitié à des étudiants ayant subi des pertes de revenu de stage ou d'emploi et à des étudiants ultramarins n'ayant pu rentrer chez eux, et pour moitié à des jeunes non-étudiants de moins de 25 ans touchant les APL. Pour ces derniers, le versement sera effectué mi-juin par les CAF, tandis que les étudiants pourront déclarer leur perte de revenu sur une plateforme gérée par le réseau des Crous qui leur versera l'aide début juin, précise à Localtis Antoine Dulin, président de la commission "insertion des jeunes" du Conseil d'orientation des politiques jeunesse (COJ) et membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese).        

"C'est un premier pas", salue-t-il, après la mobilisation du COJ et d'organisations de jeunesse (voir ci-dessous notre article du 21 avril 2020). "Le problème c'est que, en choisissant le tuyau des APL, on a certes un tuyau facile d'utilisation, mais on ne touche pas les personnes les plus précaires et les plus pauvres qui sont à la rue, en centre d'hébergement d'urgence, en squat, hébergées chez des tiers voire dans leur propre famille elle-même en difficulté", relève Antoine Dulin. Même inquiétude du côté de l'Union nationale pour l'habitat des jeunes (Unhaj) qui, dans un communiqué de ce jour, s'interroge sur le sort des jeunes "qui n'ont pas recours aux droits". Autre appréciation en demi-teinte exprimée ce 5 mai par le Forum français de la jeunesse (FFJ) : "Si cette aide va enfin permettre à des centaines de milliers de jeunes de respirer financièrement, elle n’est que ponctuelle et son montant largement inférieur au niveau du RSA".

"Il y a quand même une dimension très centralisée de cette décision", estime Antoine Dulin, qui suggère de compléter cette aide par un fonds mis à la disposition des collectivités et des acteurs sociaux – départements, centres communaux d'action sociale, missions locales… - pour soutenir les jeunes les plus fragiles qui sont aujourd'hui "en dehors de ces radars là". Parmi eux : des jeunes sortants de l'aide sociale à l'enfance et d'autres en Pacea (parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi ou l'autonomie) ou en Garantie jeunes sans logement autonome. Le président de l'Unhaj appelle également à "abonder fortement le Pacea, tout en élargissant le spectre des bénéficiaires et en l’assortissant d’une allocation financière proche des 500 euros par mois, de manière à poser un filet de sécurité". Pour l'Unhaj, il est plus globalement urgent "d’ouvrir l’accès aux revenus de solidarités aux jeunes de moins de 25 ans". "Ces barrières d'âge et de statut sont déjà très compliquées en période normale, elles sont dangereuses en période de crise", abonde Antoine Dulin. Pour ce dernier, "l'ouverture du RSA aux jeunes à partir de 18 ans doit faire partie du plan de relance du gouvernement parce que les jeunes vont être les plus touchés par la crise économique". Le FFJ demande également au gouvernement "d'aller plus loin" pour accompagner les jeunes et d'investir après le confinement "en priorité sur les dispositifs d’insertion des jeunes les plus fragiles et les plus précaires".