Après le rebond, le tourisme en quête d'un nouveau modèle

L'embellie du tourisme est bien là, comme le confirment les chiffres communiqués par le gouvernement mercredi 14 septembre. Mais pour certains experts invités par l'Observatoire des impacts territoriaux de la crise (OITC), on reste pour l'heure dans une situation de "rattrapage". Et les effets de masse renforcés par la reprise doivent conduire une réflexion sur le changement de modèle touristique.

"L’heure est à l’embellie s’agissant du tourisme en France", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, à l’issue du conseil des ministres, mercredi 14 septembre, content de pouvoir annoncer enfin une bonne nouvelle dans un climat rempli d’incertitudes. "D’abord les touristes étrangers reviennent en force en France. Ensuite, nos concitoyens ont fait largement le choix de leur pays pour la pause estivale", a-t-il commenté, sur la base d’un bilan présenté en conseil des ministres par Olivia Grégoire,  la ministre déléguée chargée du tourisme.

La fréquentation soutenue (+6% pour l’hôtellerie de plein air par rapport à 2021 et +18 points en juillet pour l’hôtellerie classique) est "couplée à des dépenses par carte bancaire qui ont dépassé leur niveau de 2019 dans la plupart des secteurs liés aux loisirs au cours de l’année 2022", selon ce bilan. Dans l’hébergement et la restauration, les dépenses ont été supérieures de plus de 10% par rapport à la même période en 2019.

Cette embellie, qualifiée de "remarquable" par Olivia Grégoire il y a quelques jours, intervient après une parenthèse désastreuse en 2020 et 2021 sur fond de confinement, de fermetures administratives et de restrictions diverses et fermetures, comme l’a analysé l’Observatoire des impacts territoriaux de la crise (OITC), dans un webinaire organisé le 13 septembre. Même si la reprise était déjà perceptible en 2021 après l’effondrement de 2020. Un département comme la Seine-et-Marne, qui a vu ses réservations chuter en 2020 (effet de la fermeture de Disney ?), a connu un net rebond en 2021 mais cela reste insuffisant pour compenser les pertes. C’est aussi le cas des Hautes-Pyrénées ou de la Savoie. "Certes on est au niveau d’avant crise mais pas là où on aurait dû être", souligne Olivier Portier, animateur de l’observatoire, rappelant que le rythme de croissance d’avant 2019 a été stoppé net par la crise sanitaire.

"Nous aurions pu embaucher beaucoup plus"

Pour le gouvernement, les 38 milliards d’euros d’aides publiques injectés dans le secteur et le recours massif au chômage partiel ont permis de sauver les meubles et facilité la reprise. L’OITC s’est penché plus précisément sur l’évolution de l’emploi dans les intercommunalités touristiques. Les plus touristiques d’entre elles (celles dont les revenus touristiques représentent ente 60 et 95% du total) ont connu une chute de l’emploi dans l’hôtellerie-restauration de plus de 50% en 2020 suivie d’un rebond de 113%. Ce qui représente sur la période un solde positif de 5,6%. "Nous aurions pu embaucher beaucoup plus si nous avions trouvé (…) L’emploi touristique est encore en berne", a ainsi commenté Christian Delom, secrétaire général de A World for Travel.  Si le tourisme représente 2 millions d’emplois directs et indirects en France (8% du PIB), ces métiers souffrent souvent d’un manque d’attractivité. Le problème est pris en considération par le gouvernement qui, ce 13 septembre, a justement lancé une grande campagne de communication, notamment auprès des jeunes.

Christian Delom préfère rester prudent. On assiste selon lui "à un effet de rattrapage, un effet bas de laine". "Les rebonds sont peut-être éphémères, et pas forcément reconductibles dans le temps." Il est vrai que les perspectives économiques pour 2023 n’incitent pas à l’enthousiasme. Et contrairement à la communication du gouvernement, il estime que "les recettes ne sont pas revenues à un niveau supportable pour les professionnels", du fait de la modération des clients. "Les prestataires signalent une baisse des demandes de prestations", en particulier du fait de la chaleur, a abondé Dominique Kreziak, maître de conférences à l’IAE Savoie Mont Blanc et chercheur en Marketing Environnement Tourisme.

"Il y urgence à changer nos modèles touristiques"

Pour ces experts, le tourisme n’échappera pas à une réflexion sur un changement de modèle, plus durable. Car la reprise a créé un peu partout des phénomènes de masse, de sur-fréquentation de certains sites naturels, comme la forêt de Fontainebleau à la sortie du premier confinement ou les gorges du Verdon prises d’assaut cet été au moment de la canicule. "Il y urgence à changer nos modèles touristiques", insiste l’OITC. Ce qui n’est pas une mince affaire. "Les changements de comportement sont quelque chose de très complexe, a prévenu Dominique Kreziak. Entre l’envie de changement et le changement réel, il faut réunir tout un tas de conditions." Pour Christian Delom, il ne peut y avoir de "grand soir", il faut y aller "par petits pas". Et c’est aux acteurs du tourisme de lancer le mouvement car "le tourisme n’est pas une économie de la demande, c’est une économie de l’offre". Mais ces mêmes acteurs doivent être capables de repérer les "signaux faibles" dans les changements d’attitude, comme l’engouement soudain pour certains sites (accentué par "l’effet Instagram" ou Tik Tok, voire Netflix) et de s’adapter. "On doit faire très attention à ne pas amplifier les phénomènes", alerte-t-il. Dominique Kreziak a pointé "l’explosion" de la pratique du bivouac cet été, avec des lacs de montagne "envahis" par les randonneurs. "Ce ne sont pas toujours des choses qu’on a envie de voir." "Il ne faut pas que la montagne soit consommée. Il faut qu’elle soit respectée", a abondé Christian Delom, mais "il faut que les habitants soient partie prenante".

 

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