Bilan mitigé pour les expérimentations en faveur de la mixité sociale dans des collèges parisiens

Une expérimentation menée depuis 2017 dans des collèges parisiens pour favoriser la mixité sociale donne des résultats contrastés. Selon les méthodes d'affectation, la mixité s'est améliorée… ou non.

"Le bilan provisoire que l’on peut tirer des trois première années d’existence des secteurs multi-collèges à Paris est encourageant, même si les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de cette expérimentation ambitieuse doivent inciter à une certaine prudence." Telle est la conclusion d'un rapport intitulé "Renforcer la mixité sociale au collège : une évaluation des secteurs multi-collèges à Paris", publié par l'Institut des politiques publiques (IPP) le 17 février.

Ce rapport s'appuie sur une expérimentation mise en place par la mairie et l'académie de Paris à partir de la rentrée 2017-2018 dans les XVIIIe et XIXe arrondissements. Partant du constat que les collèges de la capitale avaient un niveau de ségrégation scolaire parmi les plus élevés de France, l'objectif était d'élargir les secteurs des collèges de façon à rééquilibrer leur recrutement social. La solution retenue a consisté à changer la méthode d'affectation des élèves des collèges publics en créant des secteurs multi-collèges. Concrètement, il a été défini des secteurs communs à plusieurs collèges géographiquement proches mais présentant des compositions sociales contrastées. Deux formes ont finalement émergé des comités de suivi associant l’ensemble des parties prenantes (personnels de l'Éducation nationale, parents d’élèves, représentants de la ville de Paris et chercheurs). D'une part, une "montée alternée" : sur une année donnée, tous les élèves étaient affectés dès la 6e à l'un des collèges, et ils y restaient jusqu'en 3e. L'année suivante, tous les élèves relevaient de l'autre établissement. D'autre part, on a recouru à une procédure de "choix régulé". Il consiste à classer les élèves en quatre groupes en fonction du quotient familial de leurs parents puis à les répartir dans les collèges de manière à correspondre à la répartition observée au niveau du secteur. Chaque établissement devant reproduire fidèlement la photographie socioéconomique de la population.

Retour vers le public

Sans surprise, la "montée alternée" a eu pour effet "une mixité sociale en forte progression". Les proportions des élèves issus de milieux favorisés et défavorisés se sont révélées "comparables à celles observées parmi les élèves de 6e domiciliés dans le double secteur". Car il y avait une crainte derrière cette expérimentation, celle que la réunion des deux secteurs "n’entraîne une fuite massive des catégories sociales favorisées vers l’enseignement privé". Fuite qui ne s’est pas vérifiée. On a même constaté que le taux d’évitement vers le privé était passé de 24% en 2016 à 16% en 2019. Explication : les élèves les plus favorisés dépendant anciennement du collège le moins coté du secteur ont échappé à celui-ci une année sur deux.

Pour le "choix régulé", le bilan est plus mitigé. Sur certains collèges, cette procédure n’est pas parvenue à assurer chaque année une répartition parfaitement homogène des élèves en fonction de la catégorie socioprofessionnelle de leurs parents. Elle a néanmoins permis de rééquilibrer la composition sociale des collèges. Les auteurs de l'étude y voient un autre bénéfice : alors que sur la période 2011-2016, entre 35 et 40% des parents faisaient le choix du privé à l’entrée en 6e, cette proportion est tombée à 25% à la rentrée 2017, avant de remonter légèrement lors des deuxième et troisième années d’expérimentation. Une rétention des élèves dans le public qui a permis d'endiguer l’érosion des effectifs qui menaçait de conduire à la fermeture de l’un des collèges du secteur.

Fuite massive vers le privé

Sur les derniers collèges étudiés, l'expérimentation n’a en revanche pas produit les effets escomptés. Dans l'un des deux collèges, la part des élèves défavorisés est demeurée deux fois plus élevée que dans l'autre. Ce qui s'explique par le fait qu’une proportion d'élèves (entre 30 et 60% selon les années) n’a pas fourni de justificatif de quotient familial. Mais aussi par une fuite massive des parents très favorisés vers l’enseignement privé intervenue entre le moment de l’affectation et celui de la rentrée scolaire. Dernière explication : l'un des deux collèges dispose depuis 2012 d’une classe à horaires aménagés de musique principalement composée d’élèves au profil social favorisé, tandis que l'autre ne propose aucun dispositif équivalent.

Malgré tout, le bilan est jugé "encourageant", et la ville et l’académie de Paris ont décidé de poursuivre cette expérimentation. Les auteurs concluent en affirmant que "les secteurs multi-collèges constituent une piste sérieuse pour favoriser la mixité sociale dans l’enseignement secondaire public lorsque […] la densité de population est suffisamment importante et le tissu urbain suffisamment diversifié pour que l’élargissement des secteurs de recrutement des collèges contribue au brassage social des publics scolaires". On regrettera toutefois qu'aucune donnée ne mette en avant les bénéfices – ou non – de ces expérimentations sur les apprentissages des élèves ou le climat scolaire.

 

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