Comment garantir la pérennité et la résilience des réseaux télécoms ?

Les moyens de renforcer la capacité des réseaux télécoms à résister aux crises sera sans aucun doute un sujet majeur de la rentrée. Aux désordres dans les déploiements de la fibre s’ajoutent désormais des risques climatiques tangibles. Si la proposition de loi sénatoriale entend mettre de l’ordre dans le déploiement de la fibre, des redondances apparaissent plus que jamais nécessaires.

La canicule est venue montrer la fragilité des infrastructures numériques. En Gironde, plusieurs dizaines de kilomètres de réseaux, portés par des poteaux en bois, sont passés par les flammes et les usagers privés d’internet ont été contraints de se tourner vers les réseaux mobiles. Mais les datacenters auraient également souffert, certains frôlant la catastrophe au dire des professionnels du secteur. La multiplication des pics de chaleurs intenses et des incendies, qui menacent désormais l’ensemble du territoire, s’invitent dans les contraintes à prendre en compte pour assurer la pérennité de ces infrastructures "essentielles".

Financer la résilience des réseaux terrestres

Ces incidents viennent conforter l’urgence d’organiser un "Grenelle de la résilience et de la souveraineté des infrastructures numériques". L’idée a été évoquée par la fédération Infranum à l’occasion de la publication d’une étude réalisée avec l’appui de la Banque des Territoires (notre article du 24 juin 2022) sur les menaces pesant sur les infrastructures numériques et proposant quelques pistes pour y remédier. Les risques climatiques y figurent en bonne place, derrière les dégradations volontaires et devant les problèmes de malfaçon. Et si la nécessité d’enterrer les 500.000 kilomètres de réseaux aériens pour résister aux tempêtes et incendies est mise en évidence, les auteurs insistent surtout sur les coûts que cela pourrait engendrer. Or le plan national très haut débit qui s’achève n’a pas prévu de financements pour le durcissement des réseaux. A peine 500 millions supplémentaires (notre article du 4 janvier 2022) ont été débloqués pour financer les raccordements longs. Des raccordements où, pour des raisons de coût, la fibre en aérien est privilégiée… Autre problème soulevé par l’étude : celui de la gouvernance des réseaux en cas de crise. Jusqu’à peu on se tournait vers Orange en charge du service universel des télécommunications. A l’heure de la fibre et de la multiplication des acteurs – réseaux d’initiative publique, opérateurs d’infrastructure, fournisseurs d’accès… une nouvelle gouvernance est à inventer. C’est un sujet que devrait régler le nouveau service universel des télécommunications qui fait de l’accès à internet un service essentiel. Mais si le cadre général est fixé (notre article du 8 octobre 2021), son organisation et son financement restent à clarifier.

Priorité à la qualité des raccordements

La pérennité des réseaux est aussi au cœur de la proposition de loi déposée fin juillet 2022 par le sénateur Patrick Chaize. Son objectif est restreint : il s’agit de trouver des réponses définitives aux problèmes de raccordements à la fibre avant d’entamer la dépose du réseau cuivre (notre article du 11 juillet 2022). "Pour la première fois, une loi va contraindre les opérateurs télécoms et leurs sous-traitants à garantir la qualité des raccordements réalisés jusqu’à l’abonné tout en évitant les dégradations quotidiennes constatées sur les équipements de réseaux optiques", se félicite l’Avicca   qui a largement contribué à la rédaction de la proposition de loi. Concrètement, le texte entend limiter les possibilités de sous-traitance et responsabiliser les opérateurs pour limiter drastiquement les risques de panne et de coupure. Un "certificat de conformité" sur le même mode que le gaz, garantira la bonne réalisation des travaux, tout manquement de l’opérateur donnant lieu à réparation, l’abonné pouvant même être indemnisé en cas de coupure prolongée. Le versement même des subventions publiques aux opérateurs construisant les réseaux FTTH serait conditionné par le respect de ces normes de qualité. La proposition de loi doit désormais être inscrite à l’ordre du jour du Sénat pour être examinée. Elle devrait servir de baptême du feu pour le nouveau secrétaire d’Etat au numérique Jean-Noël Barrot qui n’est pas connu pour sa maitrise des dossiers télécoms.

Le satellite comme plan B

Fixes ou mobiles, les réseaux terrestres restent néanmoins vulnérables et toute panne peut engendrer de graves dysfonctionnements dans une société hyper dépendante au numérique. Pour l’Europe – et Emmanuel Macron qui avait placé la sécurité et la souveraineté numérique au cœur de la PFUE – le vieux continent a besoin d’un réseau de secours qui passe par le satellite. Par la voix de Thierry Breton, la Commission européenne a annoncé le 9 mars 2022 son intention de doter l’Europe d’une constellation satellitaire souveraine en orbite basse (notre article du 10 mars 2022). Il s’agit de petits satellites placés à quelques centaines de kilomètres de la terre contrairement aux satellites géostationnaires (36.000 km) aujourd’hui privilégiés par les acteurs européens pour la desserte internet. Outre leur capacité à couvrir les zones les moins peuplées, ces satellites en orbite basse sont les seuls capables de rivaliser avec la 5G pour offrir les débits et temps de latence nécessaires au déploiement de services d’avenir comme les véhicules autonomes ou les territoires connectés. Or l’Europe a pris du retard dans un secteur préempté par les Américains, les deux principales constellations étant Starlink (SpaceX) et le projet Kuiper d’Amazon. La Commission pourrait cependant se tourner vers Eutelsat pour porter son projet. Le fleuron tricolore du satellite a en effet annoncé le 26 juillet 2022 un rapprochement avec le britannique OneWeb dont la constellation compte d’ores et déjà plus de 450 micro satellites. Si le nouveau consortium respecte tous les critères de souveraineté de la Commission – son projet doit encore être validé par le Parlement européen – cette constellation pourrait faire figure de réseau de secours.

 

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