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Emilie Zapalski pour Localtis

Comment la crise de 2008 a transformé l'industrie francilienne

Développement économique

Emploi

Au-delà d'une baisse des effectifs, la crise économique de 2008 a provoqué une mutation importante de l'industrie en Île-de-France. Dans une étude publiée le 13 décembre 2018, l'Observatoire économique régional (Crocis) de la CCI Paris Île-de-France dresse le nouveau visage de l'industrie francilienne, dont la conjoncture s'est timidement améliorée en 2017. 

En Île-de-France, non seulement la crise économique a fortement impacté l'industrie mais elle a aussi entraîné une profonde mutation du secteur. Dans une étude publiée le 13 décembre 2018, le Centre régional d'observation du commerce, de l'industrie et des services (Crocis) de la CCI Paris Île-de-France analyse cette transformation. Depuis 2008, l'Île-de-France a perdu 60.000 emplois industriels, soit une baisse de 12%, un point de plus qu'au niveau national, alors que l'emploi a augmenté de 1,9% dans les autres secteurs. L'industrie n'a pas cessé de perdre des emplois depuis près de cinquante ans, comme dans l'ensemble de la France, face notamment à la concurrence internationale, aux gains de productivité liés à l'automatisation des lignes de production, et à l'externalisation de certaines activités vers les services. Mais la mutation amorcée avec la crise de 2008 se traduit notamment par un recentrage de l'industrie autour de cinq secteurs. Deux d'entre eux concernent le fonctionnement de la région, à savoir la production et la distribution d'électricité et d'eau. Ils ont vu leur poids dans l'industrie régionale augmenter respectivement de 2,2 points et 1,3 point. "La production d'énergie devient le deuxième secteur industriel francilien (en effectifs) à la place de la fabrication de produits informatiques", signale l'étude. La fabrication de matériel de transport, qui connaît une augmentation de 0,9 point de ses effectifs, la réparation et l'installation d'autres machines (+0,8 point) et les industries agroalimentaires (+0,5 point) ont mieux résisté que la moyenne de l'industrie régionale. "En revanche, l’industrie pharmaceutique, qui constitue une autre activité spécifique à la région, occupe depuis 2008 une place moins importante dans l’emploi industriel régional", souligne le Crocis.

Des effets sur la taille et la localisation des établissements

Mais l'impact de la crise ne s'arrête pas là. Le nombre d'usines a diminué mais leur taille s'est accrue, passant de 27,4 à 31,5 salariés en moyenne. Les établissements de moins de dix salariés représentent toutefois encore 88% du total (67% ne comptent même aucun salarié) et emploient 7% des effectifs, soit 30.000 emplois. "À l’opposé, un peu moins de 300 grands établissements de plus de 250 salariés emploient à eux seuls près de la moitié des effectifs franciliens (200.000 emplois)", précise le document.
Par ailleurs, si la majorité des emplois restent au cœur de l'agglomération, à Paris et dans les départements limitrophes, qui représentent 53,5% du total régional, le poids de Paris dans l'industrie francilienne continue de reculer (-7,3 points depuis 1989 et -2,3 points depuis 2008). Les entreprises cherchent des zones où le foncier est disponible et moins cher. L'emploi industriel se renforce ainsi en petite couronne (+1,2 point), spécialisée dans les activités pharmaceutiques, et en grande couronne (+1,1 point), qui se caractérise par des activités lourdes et consommatrices d'espace, comme les industries extractives, la métallurgie ou les industries agroalimentaires. Enfin, l'industrie francilienne est marquée par l'automatisation accrue des lignes de production qui impacte la structure des emplois, les compétences recherchées et même la structure capitalistique des entreprises industrielles. "Ainsi, au niveau national, la production de l’industrie manufacturière diminue de 6,6 % en volume entre 2008 et 2015 tandis que l’emploi industriel salarié recule deux fois plus vite (- 12,6 %), détaille le Crocis, Sur cette même période, la valeur ajoutée a augmenté de 2,6% (en volume)."
Depuis la crise de 2008, la qualification de main-d'oeuvre s'est accrue. Les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent les plus gros effectifs avec 157.000 emplois salariés, soit 37,5% des emplois salariés industriels, devant les ouvriers (119.000 emplois) et les professions intermédiaires (103.000). "L’industrie automobile illustre ce phénomène avec un renforcement des activités dans les centres de recherche des constructeurs automobiles (Vélizy et Guyancourt) et un repli des activités de production (fermeture d’une unité de production à Aulnay-sous-Bois)", constate l'étude.
Côté conjoncture, la note signale une amélioration en 2017 comme dans l'ensemble de la France, avec une stabilisation de l'emploi, "qui reste à confirmer" : le chiffre d'affaires des PME franciliennes progresse de 4,1% en 2017 après une amélioration très légère en 2016 (+1,4%).

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