Commerces : beaucoup de nuages annoncés pour 2022

Inflation, problèmes d'approvisionnement, hausse des loyers… l'année 2022 s'annonce compliquée pour les commerces. Dans son bilan présenté mardi 26 octobre, Procos, la fédération pour la promotion du commerce spécialisé, fait le point sur les neufs premiers mois de 2021, en baisse de 12% par rapport à la même période en 2019, et alerte sur les impacts durables de la crise Covid sur les entreprises du commerce spécialisé.

Beaucoup de nuages qui s'accumulent pour les commerces en 2022. C'est ce que prévoit Procos, la fédération pour la promotion du commerce spécialisé, dans son bilan présenté le 26 octobre 2021. Car si la situation sanitaire s'améliore, et qu'une partie des consommateurs a envie de consommer, avec une bonne épargne disponible et des entreprises qui ont été aidées par l'État pendant l'épidémie, des difficultés se font déjà sentir. Au premier rang desquelles : les problèmes d'approvisionnement qui risquent de générer des ruptures dans de nombreux secteurs, dus à des retards de production en Chine, au Vietnam ou en Inde à la suite de fermetures d'usines ou de problèmes énergétiques, et l'augmentation des coûts d'approvisionnement compte tenu de l'inflation des matières premières et de l'énergie. Autres difficultés : l'inflation, en particulier des dépenses contraintes (énergie, immobilier, alimentation) et ses conséquences sur le pouvoir d'achat des ménages, la hausse des loyers et l'augmentation tendancielle des salaires pour répondre aux problèmes de recrutement. "Tout concourt à une forte dégradation de la rentabilité des entreprises du commerce spécialisé", alerte ainsi Procos dans son bilan.

Une bipolarisation des consommateurs

Des difficultés auxquelles les entreprises font face tant bien que mal alors qu'elles doivent financer les deux transformations majeures que sont l'omnicanal et le développement durable. Sur ce dernier point, Procos relève d'ailleurs une "bipolarisation" des consommateurs de plus en plus importante. "D'un côté, des consommateurs veulent consommer autrement, moins et mieux, de l'autre, d'autres restent attachés au prix", a détaillé Laurence Paganini, présidente de Procos et directrice générale de Kaporal. "Pour nous c'est une équation complexe, il faut choisir son modèle, soit le prix, soit un modèle de transformation plus durable, soit encore se transformer sans augmenter les prix, mais là cela devient difficile."
L'année et demie d'épidémie et ses conséquences sur l'activité du commerce n'aident pas. "Si l'activité des enseignes depuis le début de l'année 2021 a été plus dynamique qu'en 2020, le rattrapage de 2019 est encore éloigné pour la plupart des secteurs sauf pour l'alimentaire spécialisé (+13,1% par rapport à 2019) et l'équipement de la maison (+9,4%). Globalement, la baisse atteint 12% en moyenne sur l'ensemble des secteurs du commerce spécialisé par rapport aux neufs premiers mois de 2019, jusqu'à une baisse de 20% pour l'habillement et de 25,3% pour la beauté-santé.

L'un des principaux impacts de la crise : le développement du télétravail

Durant la pandémie, la fréquentation des commerces a aussi évolué : les centres commerciaux, et en particulier les plus gros, ont vu leur fréquentation évoluer à la baisse notamment avec la mise en place du passe sanitaire, alors que dans les centres-villes la fréquentation était en hausse, sauf au mois d'août. "Les zones de périphérie, les retails parks restent les lieux dont la dynamique de fréquentation est revenue à celle de 2019", signale toutefois Procos. L'un des principaux impacts de la crise Covid sur la géographie du commerce est le développement du télétravail. "De manière certaine, la fréquentation des grandes zones de bureaux sera impactée à la fois dans le cœur des métropoles et dans certaines zones d'affaires de celles-ci", explique Procos, qui estime qu'il faudra analyser les impacts dans les vingt-quatre prochains mois. À l'inverse, une partie des actes de consommation sont transférés vers des zones d'habitat, à la périphérie des métropoles ou dans certaines villes moyennes qui seront maintenant habitées à mi-temps par des salariés qui se rendront au bureau deux à trois jours par semaine seulement.

Des assises du commerce organisées à partir du 1er décembre 2021

Parmi les propositions avancées par Procos pour aider les commerces dans ces prochains mois : annuler l'indexation des loyers de commerce en 2022 pour ne pas mettre les entreprises en danger, les aider à dégager des capacités d'investissement en révisant notamment les mécanismes de remboursement des prêts garantis par l'État (PGE) et en concevant un dispositif autre que les prêts participatifs, que Procos juge inopérants. Autre levier : obtenir le versement rapide des aides "loyers et charges" pour les fermetures de 2021, pour lesquelles Bercy a obtenu l'accord de Bruxelles et dont le décret devrait arriver prochainement. Procos demande aussi à ce qu'une véritable réflexion soit menée sur la situation du commerce des grands pôles de commerces parisiens pour mieux mesurer les conséquences durables de l'épidémie. Les assises du commerce annoncées à partir du 1er décembre par le gouvernement devraient entre autres permettre d'aborder ces points.