L'essor des commerces de ronds-points peut être "mortifère" pour les petites villes

L'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) a présenté, mardi 6 juillet, un premier point d'étape du programme Petites Villes de demain. Trois mois après la sélection des 1.600 villes lauréates, plus de la moitié ont signé leur convention d'adhésion. Elles auront dix-huit mois pour peaufiner leur "convention-cadre". Si la méthode se veut "ascendante", il peut aussi être utile de sensibiliser les élus à certains enjeux.

Plus de la moitié (850) des 1.624 communes du programme Petites Villes de demain (PVD) ont signé leur "convention d’adhésion", les autres signatures étant prévues d’ici la fin de l’été, a annoncé Juliette Auricoste, directrice du programme au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), mardi 6 juillet, lors de la présentation à la presse d’un premier point d’étape. Ces conventions sont signées à la fois par le maire et le président de l'intercommunalité. Une centaine de communes comptant parmi les plus avancées dans leur réflexion travaillent déjà à leur "convention-cadre". Les autres disposeront de dix-huit mois pour le faire. "On va entrer dans le vif du sujet", s'est félicitée Juliette Auricoste, neuf mois après le lancement officiel du programme. Calqué sur son grand frère Action cœur de ville réservé aux villes moyennes, le programme Petites Villes de demain est le premier à être piloté depuis le début par l’ANCT. Il est donc hautement symbolique pour la jeune agence. Doté d'un budget prévisionnel de 3 milliards d’euros sur la durée du mandat municipal (six ans), il vise à revitaliser les villes de moins de 20.000 habitants. La moitié des communes ont moins de 3.500 habitants. Ces communes qui exercent une fonction de centralité ont des fragilités : un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale (15,4% contre 13,9%), un taux de vacance de longue durée des logements de 5,4% (contre 3,5% au niveau national)...

Partant des projets des élus, l’ANCT actionnera trois leviers pour épauler les collectivités dans leur objectif de revitalisation : le soutien en ingénierie (pour permettre aux collectivités de mieux définir leur projet), la participation à un réseau - le "club Petites Villes de demain" - favorisant l’échange entre pairs, et le financement d’actions thématiques. Chaque commune pourra ainsi rejoindre un "club thématique" en fonction de ses priorités. Les visioconférences sont l’un des "acquis du Covid", elles permettent "d’organiser des points de contact sur des formats courts et de réunir tout le monde", a souligné Yves Le Breton, le directeur général de l’ANCT. Déjà 11 webinaires ont été organisés, totalisant 2.800 participants.

Vieillissement de la population

Parmi les enjeux thématiques identifiés : le vieillissement de la population qui affecte tout particulièrement les petites villes. "Dans les communes du programme, les personnes âgées de plus de 75 ans représentent 13,5% de la population (contre 9% pour la France entière)", indique l’ANCT. L’objectif est de permettre l’émergence de 500 opérations d’habitat inclusif en cœur de ville d'ici à 2026. Les communes et propriétaires pourront s’inscrire dans une "Fabrique à projet" à partir de septembre : ils pourront alors bénéficier d’une meilleure visibilité pour attirer des investisseurs privés.

L'un des préalables : emporter l'adhésion de la population face à des choix parfois difficiles, notamment en matière d'urbanisme. L’accès à l’ingénierie est un des points cardinaux du programme pour des communes qui, souvent, disposent de peu de moyens dans ce domaine. Une enveloppe de 250 millions d’euros sur les 3 milliards d’euros du programme est mobilisée. Outre le financement d’études pour affiner les diagnostics locaux, la priorité est donc de renforcer les équipes. Des postes de chefs de projets sont pris en charge à hauteur de 75% du coût, jusqu’à 45.000 euros par an d’ici à 2026, par l’ANCT, la Banque des Territoires et l’Anah. 146 demandes de subventions ont déjà été déposées. 213 chefs de projet sont en poste, qui ont suivi un socle de formation au moins de juin. Par ailleurs, 19 postes de "volontaire territorial en administration" sont ouverts (les offres sont mises en ligne sur le site dédié des VTA). La Banque des Territoires finance par ailleurs pendant deux ans des postes de manager de commerce, à hauteur de 20.000 euros par an. 228 demandes de subvention ont été déposées à ce jour. Par ailleurs, 18 communes ont sollicité le marché à bon de commande de la Banque des Territoires afin de recevoir une offre sur-mesure.

"Le modèle du lotissement trouve ses limites"

Si la méthode se veut "ascendante", l’intérêt du programme est aussi de pouvoir sensibiliser les élus à certains enjeux - notamment sur la lutte contre l’étalement urbain et la "sobriété foncière". "Le modèle du lotissement trouve ses limites", a insisté Yves Le Breton. L'objectif est de ramener des habitants en centre-ville, regénérer des flux commerciaux... Dans la boîte à outils du maire figure l’ORT (opération de revitalisation de territoire) héritée de la loi Elan, qui permet d’actionner des dispositifs tels que le "Denormandie dans l’ancien". 104 communes (6,4%) sont engagées dans une ORT. "On va faire un travail de conviction, il n’y a pas d’obligation", a souligné Yves Le Breton. "C’est un outil très important de régulation de l’implantation commerciale, à l’orée d’une révolution en matière d’urbanisme commercial." Le développement du e-commerce a révélé les fragilités du commerce de périphérie. Yves Le Breton alerte sur l’apparition possible de nombreuses friches commerciales. "Certains choix d’urbanisme sont mortifères", a pointé le directeur de l’ANCT, mentionnant l’essor des "commerces de ronds-points" qui fleurissent depuis quelques années aux abords des petites villes. Le nouveau "fonds friche" du plan de relance est mis à contribution. 107 communes PVD sont lauréates de la première vague. Pour redynamiser les petites villes, l'ANCT compte aussi sur le réseau des maisons France services dont elle a la responsabilité : 575 Frances services ont été ouvertes dans les communes PVD. Quant au regain d'attractivité des petites villes du fait du Covid et de l'essor du télétravail, Yves Le Breton ne dispose pour l'heure que "d'éléments assez impressionnistes". "Il n'est pas simple aujourd'hui de le dire, mais il y aura forcément des conséquences."

 

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