Contrat d’engagement jeune : les missions locales craignent la concurrence avec Pôle emploi

Lancé ce 1er mars, le nouveau contrat dédié aux jeunes décrocheurs sera mis en œuvre à la fois par les missions locales et par Pôle emploi. Une nouvelle donne qui met les missions locales sous pression : certaines redoutant une concurrence de l’opérateur qui complique l’atteinte de leurs objectifs.

Top départ pour le contrat d’engagement jeune : à partir de ce mardi 1er mars, ce nouveau dispositif (lire notre article du 21 février) visant à réinsérer les jeunes âgés de 16 à 25 ans (et les moins de 30 ans en situation de handicap) sans emploi ni formation entre officiellement en vigueur. Le gouvernement a fixé l’objectif de 400.000 jeunes accompagnés 15 à 20 heures par semaine en 2022, dont 100.000 par Pôle emploi. Souhaitant en accompagner 50.000 d’ici ces six premiers mois, l’opérateur national se montre très proactif pour faire signer les premiers contrats, jusqu’à susciter la nervosité de certaines missions locales qui craignent une concurrence sur la captation des publics.

En Nouvelle-Aquitaine, et contrairement à ce qui était prévu, des jeunes déjà suivis en Pacea (parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie) ont été convoqués par Pôle emploi par mail afin d’assister à une information collective sur le contrat engagement jeune. Sollicité par Localtis, le président de l’ARML Nouvelle-Aquitaine, Thierry Marty confirme l’information mais temporise : "les missions locales font aussi de la communication", répond-il. En Ile-de-France aussi, des tensions apparaissent. "Pôle emploi veut remplir ses quotas, il nous demande de sortir des jeunes de la co-traitance*. Si on s’y oppose, on se met à dos un client et si on leur envoie des jeunes, ils ne rentrent plus dans nos objectifs", témoigne Cédric Flavien, président de la mission locale Rives de Seine qui regroupe 8 villes des Hauts-de-Seine, en Ile-de-France.

Une répartition confuse des rôles

Fin novembre 2021, selon la Dares, les missions locales enregistraient 152.000 entrées en garantie jeunes alors que l’objectif était de 200.000. D’où la nervosité de certaines missions locales, qui doutent de l’attractivité du contrat engagement jeune. Par rapport à la précédente formule de la garantie jeunes, ce nouveau cadre "est beaucoup plus exigeant pour les jeunes en termes d'assiduité", selon Marc Zimmermann, directeur adjoint de la mission locale intercommunale des bords de Marne. "Ce dispositif qui se veut sur-mesure est rempli d’hypocrisie : sous couvert de cocooning, il augmente en réalité le flicage des jeunes", critique Cédric Flavien. Le décret de mise en œuvre du CEJ pose en effet des règles strictes et graduées en cas de non-respect, par le jeune, des actions prévues dans son contrat. De quoi "marginaliser" les jeunes qui font des écarts qui peuvent entraîner des ruptures définitives.

Plusieurs missions locales déplorent une répartition confuse des rôles. "Pôle emploi a pour consigne de cibler les jeunes de 16 à 18 ans ne rencontrant pas de freins périphériques importants à l'emploi, mais qui ont besoin d'un accompagnement professionnel. Si cet accompagnement consiste à faire de la remobilisation, à travailler sur le savoir être ou sur le projet professionnel, on va se marcher dessus", estime Marc Zimmermann

Pour certains, c’est la position des missions locales qui est remise en question. "Jusqu’à présent les conventions entre Pôle emploi et les missions locales exigeaient la disparition des doublons, et là, on fait l’inverse", déplore Frank Cannarozzo, président de la mission locale d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). De quoi, selon lui, nuire à la crédibilité des missions locales auprès des jeunes. "Le gouvernement et un certain nombre d’acteurs n’ont pas changé d’état d’esprit sur le fait de fusionner Pôle emploi et les missions locales", estime-t-il. Sollicitée, la direction régionale de Pôle emploi Ile-de-France n’a pas répondu à nos demandes de précisions, à l’heure où nous bouclions cet article.

Une coordination à construire

Pour éviter une concurrence, Marc Zimmermann espère se concerter avec Pôle emploi. "Pour nous, le mieux serait que Pôle emploi accompagne les jeunes qui n'ont aucune difficulté d'accès à l'emploi, mais qui ont besoin d'être appuyés plus fortement dans leur recherche d'un travail", estime-t-il. Il suggère que Pôle emploi crée "un club de chercheurs d'emploi (…) visant à faire de la prospection téléphonique d'offres, de la promotion de profils de candidats, de la promotion des mesures pour l'emploi des jeunes auprès des entreprises de notre bassin d'emploi", au bénéfice de l’ensemble des jeunes en CEJ.

Comprenant cette crainte, Thierry Marty estime cependant que les jeunes les plus en difficulté continueront à se tourner vers les missions locales, de par leur capacité à tisser des liens avec les jeunes et à leur maillage territorial. "La moitié des jeunes ne sont pas inscrits à Pôle emploi", souligne-t-il. En Nouvelle-Aquitaine, 1.773 jeunes déjà entrés en garantie jeunes depuis le 1er janvier 2022 pourraient basculer vers le CEJ. Un chiffre élevé pour ce début d’année qui rend Thierry Marty optimiste sur l’atteinte des objectifs. D’après l'AFP, l’Union nationale des missions locales anticipe déjà "40.000 à 60.000" contrats signés dès mars.

 

* au titre de la cotraitance, les moins de 26 ans s’adressant à Pôle emploi sont réorientés vers les missions locales qui obtiennent des financements en conséquence

 

 

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