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Coronavirus : la France confinée, les transports de plus en plus ralentis

Depuis ce 17 mars à midi, la France a mis en place les mesures de confinement "les plus strictes d'Europe", a fait valoir mardi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, en soulignant que "les activités collectives sont interdites" pour tenter d'endiguer la pandémie de coronavirus. Les transports de voyageurs continuent à s'adapter, avec une nouvelle diminution de la fréquence des trains, a annoncé pour sa part le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari. L'offre de transports urbains devrait aussi diminuer et les mesures de sécurité sanitaire seront renforcées à bord des véhicules.

"Restez chez vous, vous pourrez nous aider, c'est ainsi que vous serez des alliés de notre guerre", a déclaré Christophe Castaner ce 17 mars, à l'issue d'un conseil des ministres consacré à la mise en place des mesures de confinement annoncées la veille par Emmanuel Macron pour prévenir la propagation du coronavirus (lire notre article). Des mesures présentées par le ministre de l'Intérieur comme étant "les plus strictes d'Europe". "Le repas de famille, les dîners entre amis, le match de foot avec quelques amis, les retrouvailles pour une partie de cartes. (...) ça n'est pas seulement déconseillé, c'est interdit", a-t-il développé. "Derrière chaque poignée de main, chaque bise, ce sont des morts de plus", a-t-il insisté, alors que le bilan officiel en France a atteint les 148 morts et 6.633 cas, selon le dernier bilan lundi soir.

Cinq motifs de dérogations aux déplacements

Selon le décret paru ce mardi au Journal officiel et signé du Premier ministre et des ministres de la Santé et de l'Intérieur, est donc interdit jusqu'au 31 mars 2020 "le déplacement de toute personne hors de son domicile à l'exception des déplacements pour les motifs suivants, dans le respect des mesures générales de prévention de la propagation du virus et en évitant tout regroupement de personnes" :

  • les "trajets entre le domicile et le ou les lieux d'exercice de l'activité professionnelle et déplacements professionnels insusceptibles d'être différés" ;
  • les "déplacements pour effectuer des achats de fournitures nécessaires à l'activité professionnelle et des achats de première nécessité dans des établissements dont les activités demeurent autorisées" ;
  • les "déplacements pour motif de santé" ;
  • les "déplacements pour motif familial impérieux, pour l'assistance des personnes vulnérables ou pour la garde d'enfants" ;
  • les "déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l'activité physique individuelle des personnes, à l'exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins des animaux de compagnie".

Pour chaque déplacement, la personne doit se munir d'une attestation sur l'honneur pouvant être téléchargée sur le site du ministère de l'Intérieur ou écrite sur papier libre et certifiant que le motif est l'un des cinq prévus par le décret. Pour certains déplacements professionnels, les cartes professionnelles et des attestations d'employeurs devront être présentées.
"Le représentant de l'État dans le département est habilité à adopter des mesures plus restrictives en matière de déplacement des personnes lorsque les circonstances locales l'exigent", indique encore le décret. 

"Pédagogie" et "coercition" 

Quelque 100.000 policiers et gendarmes sont en train d'être déployés sur le territoire national "pour contrôler les déplacements", a indiqué Christophe Castaner à l'issue du conseil des ministres ce 17 mars (lire notre article dans l'édition de ce jour); dans un souci de "pédagogie" mais aussi de "coercition", a précisé la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, dans la foulée du ministre de l'Intérieur. Sibeth Ndiaye a par ailleurs indiqué qu'elle ne pouvait "pas garantir" que le confinement "ne durera que quinze jours", mais que le gouvernement n'envisageait pas "à ce stade" de couvre-feu.
Suivant les recommandations de la Commission européenne et de sa présidente Ursula von der Leyen, les "entrées des ressortissants étrangers à l'Union européenne, à l'espace Schengen et Royaume-Uni, sont interdites au sein de l'espace européen". "Pour les ressortissants des pays tiers, les frontières seront fermées", a expliqué Christophe Castaner, sauf ceux "ayant un permis de séjour en vigueur". Le transport de marchandise n'est pas concerné. "Il n'y a pas de crainte à avoir pour les approvisionnements en denrées alimentaires et en matériel de soin", a déclaré le ministre.

Coup de frein au transport de voyageurs

Mardi matin, le secrétaire d'État aux Transports a annoncé sur la chaîne de télévision LCI que le gouvernement allait encore réduire la fréquence des trains en France pour limiter la propagation du coronavirus, alors que de nombreuses personnes quittent les grandes villes pour aller à la campagne. "Nous  allons réduire la cadence et la fréquence des trains, notamment longue distance, pour éviter par ces phénomènes 'd'exode' que le virus circule davantage sur le territoire. Nous appelons chacun à la responsabilité", a-t-il déclaré. Il a souligné qu'il y avait "évidemment une tolérance donnée aux Français qui veulent se positionner par exemple dans leur résidence secondaire quand ils en ont une".
Le secrétaire d'État a estimé que 50% des trains circulaient cette semaine, par rapport à la normale, après les mesures de réduction déjà prises en fin de semaine dernière. Il a indiqué prévoir "entre 30 et 40% la semaine prochaine" par rapport au service normal de la SNCF. "Nous allons beaucoup réduire l'offre sur les longues distances (...) et donc sur les TGV et Intercités." Pour les TER, "nous garderons une offre pour l'instant évaluée à 35% à 40%. Nous pilotons les besoins au jour le jour. Nous ne voulons surtout pas sous-dimensionner l'offre parce que nous voulons que les trajets qui vont se faire dans les jours prochains se fassent dans de bonnes conditions", a précisé Jean-Baptiste Djebbari.

Vers une obligation de désinfecter les véhicules de transport public 

Il a souligné que l'offre de transports urbains serait également diminuée. "Aujourd'hui, il y a 70% de bus et de métros qui roulent. Et nous allons réduire très progressivement dans les jours qui viennent, en lien avec les opérateurs des transports."
Le secrétaire d'État aux Transports a également annoncé que le gouvernement allait faire inscrire dans la loi l'obligation de désinfecter tous les jours les véhicules de transport public. "Nous allons prendre un texte qui sera officiel jeudi et présenté en conseil des ministres de manière à rassurer les voyageurs" avec un ensemble de mesures de sécurité sanitaire, a-t-il indiqué. "Nous écrirons dans la loi l'obligation de désinfection quotidienne, au moins une fois par jour, des véhicules de transport public" a notamment expliqué Jean-Baptiste Djebbari. Il a donné un autre exemple des mesures adoptées : "Quand les voyageurs qui ont besoin de se déplacer devront prendre le bus, ils entreront par l'arrière (...), il y aura une rangée qui sera laissée libre entre le conducteur et les voyageurs".
"Dans le métro, de la même façon, nous veillerons à ce que les distances de sécurité sanitaire soient respectées. Nous mettons à disposition de l'ensemble des agents des kits avec du gel hydroalcoolique de manière à ce que ceux-ci se sentent tout à fait sereins dans leur travail", a poursuivi le secrétaire d'État, précisant que les opérations de désinfection des rames étaient "déjà en cours".
"Nous l'inscrirons dans la loi pour aussi avoir les outils de sanction. Tous les opérateurs de transport public qui ne respecteront pas ces obligations de désinfection pourront se voir retirer leur agrément d'exploitation", a-t-il ajouté. "Cela a été fait par l'Italie, cela fonctionne très bien et cela permet à la fois de rassurer ceux qui aujourd'hui opèrent les moyens de transport public et de rassurer la partie de la population" qui a encore besoin de prendre les transports en commun, a fait valoir le secrétaire d'État.

 
Référence : décret n° 2020-260 du 16 mars 2020 portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus covid-19, JO du 17 mars 2020, texte n°2


 

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