Dans l'Orne, la Scic Bois Bocage Energie valorise le bois des haies

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La commune de Chanu et la communauté de communes du Bocage athisien dans l'Orne ont créé une société coopérative d'intérêt collectif (Scic) pour préserver le bocage en valorisant le bois des haies.

Depuis qu'un remembrement a été mis en oeuvre sur le territoire de Chanu (Orne, 1.300 habitants), la commune réfléchit à la façon de préserver le bocage en conservant les haies et les chemins de randonnées. Dans un premier temps, elle a instauré un programme de replantation de haies avec la chambre d'agriculture du département. Celle-ci a proposé à la commune une réflexion conjointe avec la communauté de communes d'Athis, qui se trouve de l'autre côté de la ville de Flers et s'était engagée dans une démarche comparable de conservation et de valorisation des haies. Des rencontres ont été organisées entre des élus de Chanu et de la communauté d'Athis, des représentants de la chambre d'agriculture et des agriculteurs. "Ces agriculteurs étaient des pionniers, raconte Thierry Aubin, maire de Chanu. Ils avaient conscience de l'importance des haies et s'étaient lancés dans le déchiquetage de bois destiné à alimenter des chaudières fonctionnant aux copeaux de bois. L'objectif de ces rencontres était de structurer une filière bois, de trouver des débouchés de commercialisation afin de valoriser le bois des haies." Ces rencontres ont été animées par Réjane Grossiord de la FDCUMA61 et par Laurent Nevoux de la chambre d'agriculture. Les premiers débouchés existent : sur le territoire des deux collectivités, quelques particuliers sont équipés en chaudières à bois, ainsi que la maison de retraite de Chanu, le site touristique "La Roche d'Oëtre" et un réseau de chaleur sur la communauté de communes d'Athis. Les collectivités encouragent la multiplication de ces débouchés. Ainsi, à Chanu, la construction d'une chaufferie centrale au bois destinée à alimenter un lotissement et l'équipement de plusieurs particuliers est en projet. Parallèlement à cette réflexion, les agriculteurs ont modernisé leur outil de travail en troquant une déchiqueteuse manuelle (en Cuma) pour une déchiqueteuse automatique.

La Scic comprend cinq collèges : salariés, clients, producteurs, collectivités et partenaires

Les différents partenaires ont réfléchi à une structure collective permettant de commercialiser le bois et ont décidé de créer une société coopérative d'intérêt collectif (Scic), seule forme qui permette de regrouper les agriculteurs, les collectivités et des particuliers. La Scic Bois Bocage Energie, première Scic du département de l'Orne, a été créée en février 2006, avec l'aide juridique de la Datar. L'agrément du préfet, nécessaire du fait de la présence des collectivités, a été obtenu en août 2006. La Scic est doté d'un capital initial de 4.750 euros. Ce capital est variable et atteint  5.200 euros à la fin 2006 (valeur de la part : 50 euros). Elle comprend cinq collèges : salariés, clients, producteurs, collectivités et partenaires (entreprises ou associations qui souhaitent soutenir son activité). La société est gérée par deux gérants, un producteur et un client. Pour assister la gestion de la Scic, un comité de pilotage et d'orientation qui réunit des membres des différents collèges et est présidé par le maire de Chanu a été mis en place. Le premier investissement de la société sera l'achat d'un cribleur destiné au calibrage des plaquettes. A la fin de l'année 2006, la Scic compte quinze agriculteurs producteurs et six clients.

Création de deux plates-formes de séchage

L'activité de la société consiste à acheter des plaquettes de bois vert aux agriculteurs et à les revendre sèches aux clients. Pour cela, les deux collectivités investissent dans la construction de deux plates-formes de séchage qui seront ensuite louées à la Scic. La plate-forme de séchage construite sur la commune de Chanu, d'un coût de 130.000 euros, est financée à 33% par des subventions du FNADT (Fonds national d'aménagement du territoire) dans le cadre d'un pôle d'excellence rural basé sur le développement de la filière bois, à 15% par le conseil régional et à 10% par des subventions du conseil général de l'Orne. Les annuités de l'emprunt réalisé par la commune pour financer le solde devraient être couvertes par le prix de la location de la plate-forme à la Scic.

Il existe maintenant un débouché pour le bois des haies

"Nous étions à la base de la demande de développer la filière bois pour valoriser les haies, explique Thierry Aubin. C'est pourquoi nous avons voulu nous impliquer complètement dans cette activité. Nous ne voulions pas laisser les agriculteurs prendre seuls tous les risques. Cela nous permet aussi de participer aux décisions qui sont prises, pour ce qui concerne par exemple les tarifs de vente et d'achat.  L'objectif est que la Scic vole de ses propres ailes et que les élus n'aient plus besoin de faire un travail commercial sur le territoire. C'est ce que nous faisons pour l'instant. Un salon régional bois-énergie a été organisé sur la commune, et a permis de communiquer auprès des particuliers, des agriculteurs mais aussi des chauffagistes et des architectes. Notre première satisfaction est de voir que trois agriculteurs qui n'étaient pas du tout concernés par cette dynamique ont commencé à faire du bois déchiqueté et l'un d'eux va s'équiper cet hiver d'une chaudière à bois déchiqueté. Aujourd'hui, les agriculteurs ne peuvent plus supprimer des haies comme ils le veulent car la moitié d'entre elles ont été répertoriées dans le plan local d'urbanisme. Et désormais, avec la Scic, il existe un débouché pour valoriser le bois de ces haies."

 

Maryline Trassard, pour la rubrique "Expériences" des sites Mairie-conseils et Localtis

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Thierry Aubin

Maire
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