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Dans son baromètre logement 2019, Qualitel met en évidence la "fracture territoriale à l'envers"

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par
Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis
dans

Logement

Cohésion des territoires

Aménagement et foncier

France

Où fait-il bon se loger pour les Français ? La réponse n'est pas nécessairement celle que l'on attendait. Les espaces ruraux et les petites villes pourraient bien faire de la qualité du logement un facteur d’attractivité de leur territoire...

L'association Qualitel - créée en 1974 par le secrétariat d'État au Logement pour promouvoir la qualité de l'habitat par la certification et l'information du grand public - publie la troisième édition de son "Baromètre Qualitel" (voir nos articles ci-dessous du 19 octobre 2017 et du 8 février 2019). Réalisée avec Ipsos, l'étude repose sur un échantillon de 4.850 répondants, interrogés sur 80 questions. Les résultats sont particulièrement riches, même si les évolutions sont nécessairement limitées d'une année sur l'autre, compte tenu de l'inertie des changements en la matière.

Les territoires ruraux et les villes moyennes devancent les métropoles

Après avoir mis en avant dans ses éditions précédentes – et les focus qui les suivent généralement – les questions du chauffage, du bruit et de l'impact des travaux de rénovation, cette livraison 2019 s'attarde sur "la fracture territoriale à l'envers". Pour Bertrand Delcambre, président de l'association Qualitel, "sur la quasi-totalité des critères étudiés, les territoires ruraux et les villes moyennes devancent les métropoles. Et on observe ce paradoxe (apparent) : si les habitants des communes rurales et moyennes sont, de loin, les plus insatisfaits de l'offre et des services mis à̀ leur disposition (transports, commerces, accès internet...), ils déclarent aussi en masse qu'ils ne bougeraient 'pour rien au monde' de chez eux".

Ainsi, le qualiscore moyen (satisfaction globale sur son logement) est de 6,2 sur 10 dans Paris intramuros, de 6,4 dans l'agglomération parisienne *, de 6,7 dans les métropoles, de 6,9 dans les villes moyennes et de 7,0 dans les communes rurales. Cette pente globale vaut tout autant pour chacun des critères pris en compte : confort thermique du logement (67% de satisfaits en agglomération parisienne, 75% dans les communes rurales), isolation acoustique (57% et 82%) ou qualité des matériaux de construction (67% et 78%).

Plusieurs facteurs explicatifs

Au-delà du constat brut, le baromètre identifie cinq facteurs explicatifs de ces écarts entre ces deux types de territoires. C'est le cas de la taille du logement : 82,5 m2 de taille réelle pour 104,9 m2 de taille jugée idéale en agglomération parisienne, contre respectivement 134,2 et 135,9 m2 dans les communes rurales. C'est le cas aussi de l'environnement immédiat, du statut d'occupation (52% de propriétaires en agglomération parisienne contre 75% en communes rurales), du type d'habitat (qualiscore moyen de 6,3 pour les appartements et de 7,1 pour les maisons, alors qu'il y a 26% de maisons en agglomération parisienne et 88% dans les communes rurales), ou encore de l'investissement personnel dans le logement (respectivement 33% et 42% de travaux réalisés dans le logement au cours de des dix dernières années). Conséquence : 83% des habitants des communes rurales se disent attachés à leur logement, contre 70% de ceux de l'agglomération parisienne. Un écart qui vaut aussi chez les moins de 35 ans (85% et 72%), mais qui est quasiment absent chez les 60 ans et plus.

En revanche – et sans grande surprise – les habitants des communes rurales sont beaucoup plus insatisfaits de l'accessibilité aux transports (55% contre 11%), de l'offre de commerces et de services (37% contre 10%) et de leur connexion internet (42% contre 24%).

Pour Qualitel, "la qualité perçue du logement, et la qualité de vie associée, sont des facteurs déterminants dans la vie des Français : elles conditionnent leur choix de vie et en conséquence une partie de nos grands équilibres territoriaux". Elles constituent donc "un élément d'attractivité fort pour les territoires".

Onze métropoles à la situation très contrastée

L'édition 2019 du baromètre consacre également un focus sur la façon dont "la qualité du logement nourrit (ou dessert) l'attractivité des onze plus grandes métropoles". Celles-ci se répartissent en deux catégories : les cinq qui ont un parc de logements "ancien", construit majoritairement avant 1980 (Paris, Lyon, Marseille, Lille et Nice), et les six qui ont une majorité de logements construits après 1980 (Rennes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Strasbourg). La part du parc récent va ainsi de 28% à Paris à 72% à Toulouse. Cette situation influe sur la qualité perçue du logement : plus le parc est récent, plus le qualiscore moyen est élevé (6,9 à Rennes et 6,2 à Paris), avec toutefois les exceptions de Nice (6,9 malgré un parc ancien) et, à l'inverse, de Nantes (6,5).

Il reste néanmoins que "toutes métropoles confondues, plus on habite un logement récent, plus on est satisfait de la qualité de son habitat". Le qualiscore grimpe ainsi de 6,3 pour les logements construits avant 1900 et 6,2 pour ceux construits entre 1900 et 1944 à 7,2 pour ceux postérieurs à 2009. Dans ces conditions, Qualitel estime que "pour les métropoles les plus anciennes, l'enjeu de la rénovation est décisif pour rester attractives".

* Unité urbaine de Paris (incluant les départements de la petite couronne et une partie des départements de grande couronne).

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