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Désengorger les urgences avec l'appui des autres acteurs sanitaires du territoire

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par
C.M., avec AFP / Localtis
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Santé, médico-social, vieillissement

Cohésion des territoires

Une bonne part des mesures du "pacte de refondation" présenté le 9 septembre par Agnès Buzyn misent sur des acteurs connexes : maisons médicales de garde, Ehpad, médecine de ville... Pour l'Association des petites villes de France, cela va dans le bon sens. A condition de juguler la crise de la médecine de proximité, qu'il s'agisse des hôpitaux ou des médecins libéraux.

"Des mesures intéressantes mais insuffisantes sur le fond". Tel est le verdict d'ensemble porté par l’Association des petites villes de France suite aux annonces d'Agnès Buzyn concernant les urgences dans les hôpitaux. L'association d'élus, traditionnellement très impliquée dans les sujets santé, dit notamment approuver "la création d’un service d’accès aux soins" mais considère que le gouvernement n'a "pas totalement pris conscience des raisons de cette crise". Selon l'APVF en effet, le problème dépasse celui des seules urgences : "c’est l’affaiblissement de la médecine libérale, l’avancée de la désertification médicale", ainsi que "les restructurations hospitalières et les fermetures de services" qui ont "contribué à la saturation des urgences". Les solutions à apporter doivent donc inclure "l’arrêt de la logique des fermetures de lits ainsi que l’instauration de mesures de régulation pour la médecine de ville", la "médecine de proximité".

Pendant ce temps, quelques centaines de personnes avaient commencé à manifester ce mercredi 11 septembre à Paris à l'appel de la CGT pour protester contre la situation dans le secteur de la santé, après six mois de grève aux urgences. Le collectif Inter-Urgences a apporté son soutien à "l'ensemble des dates syndicales qui sont annoncées", après avoir voté mardi la poursuite d'une grève inédite par sa durée et son ampleur (250 services d'urgence à ce jour). Malgré le plan annoncé deux jours plus tôt par la ministre de la Santé, les grévistes continuent de réclamer des "réouvertures de lits", des "recrutements à la hauteur des besoins" et une "augmentation de 300 euros net mensuel".

Le gouvernement ne prévoit pas de "mesures supplémentaires à ce stade", a indiqué mercredi sa porte-parole à l'issue du conseil des ministres : ce plan "est une réponse qui est largement à la hauteur des besoins" et "qui s'inscrit dans le temps court et long". "Ce plan d'une grande ampleur, de 750 millions d'euros" d'ici 2022 est "un effort considérable" pour "remettre à niveau les services d'urgences", a insisté Sibeth Ndiaye, en appelant à la concertation. "De nombreux acteurs des urgences ont salué les mesures et l'effort important qui est réalisé", selon elle.

Un nouveau "service d'accès aux soins"

Création d'un "service d'accès aux soins", 50 nouvelles maisons médicales de garde, réforme du financement des urgences... Plusieurs nouveautés figurent parmi la douzaine de mesures du  "pacte de refondation" présenté lundi par Agnès Buzyn.

Une première salve avait été annoncée dès la semaine dernière : "l'admission directe" des personnes âgées en service hospitalier sans passer par les urgences, la "vidéo-assistance" entre les Ehpad et les régulateurs du Samu, ou encore l'envoi d'une ambulance vers un médecin libéral pour les cas les moins graves.

Au total, entre 2019 et 2022, "plus de 750 millions d'euros" seront consacrés à ce plan visant à désengorger les urgences en s'appuyant davantage sur la médecine de ville et en accélérant les prises en charge. "En incluant les 70 millions délégués dès juillet 2019 pour financer la prime urgences" et les renforts estivaux annoncés en juin par la ministre, ainsi que certains mesures du Plan "Ma Santé 2022", l'effort se chiffre à plus d'un milliard d'euros, a-t-elle résumé.

"Avant d'ouvrir des lits je souhaite qu'on optimise (leur) gestion" au sein des groupements hospitaliers de territoire, a expliqué la ministre, qui n'exclut pas d'y revenir dans un deuxième temps si les solutions proposées s'avèrent "insuffisantes".

Dans l'immédiat, elle préfère miser sur la mise en place, d'ici "à l'été 2020", d'un service d'accès aux soins" (SAS).  En ligne ou par téléphone, 24 heures sur 24, ce service orientera les patients vers une consultation en ville ou une téléconsultation ou vers les urgences, éventuellement via l'envoi d'une ambulance. Une concertation de "deux mois" va s'ouvrir entre médecins libéraux, professionnels hospitaliers et pompiers, a indiqué la ministre, sans se prononcer sur la mise en place d'un numéro unique pour les urgences pour remplacer les numéros existants (15, 18, 112, 116-117). Un débat qui dure depuis des années.

Parmi les mesures détaillées lundi figure également la réforme du financement des urgences en 2021 afin notamment de diminuer la décriée tarification à l'activité au profit d'une enveloppe forfaitaire dépendant notamment de la population prise en charge.

A noter parmi les autres mesures annoncées

 - Une maison médicale de garde sera installée à proximité des plus importants services d'urgence.

- Possibilité de réaliser certains examens de biologie dans les cabinets libéraux.

- Chaque groupement hospitalier de territoire devra mettre en place un dispositif de gestion des lits dès 2020 pour faciliter l'hospitalisation des patients.

 - L'hébergement temporaire en Ehpad sera encouragé par une baisse du reste à charge, de 70 euros en moyenne à 20 euros par jour.

- Dans le cadre de protocoles de coopération, les infirmiers auront le droit de prescrire de la radiologie, faire des sutures, moyennant une "prime de coopération" de 80 euros net par mois. A plus long terme, le nouveau métier d'infirmier de pratique avancée, avec des compétences élargies, sera étendu à la spécialité "urgences", avec de premières formations à partir de l'automne 2020.

 - Un forfait rémunérant la réorientation des patients non urgents vers les médecins libéraux sera expérimenté dans une vingtaine d'établissements pendant un an, en application du budget de la Sécurité sociale pour 2019.

 - Les médecins seront incités à intervenir dans plusieurs établissements d'un même territoire.

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