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Relocalisation des services de Bercy : un moyen "d'irriguer les villes moyennes"

Le gouvernement a présenté, mercredi 30 septembre, devant les maires des 50 villes concernées, la liste des services de la DGFIP qui seront "relocalisés" à compter de 2021. Une quinzaine de villes raccrocheront le train "dans les prochaines semaines". Au total 2.500 agents de Bercy et leurs familles contribueront ainsi à la redynamisation de ces villes moyennes, sur un objectif de 6.000 toutes administrations confondues. Les affectations se feront sur la base du volontariat.

Ne plus parler de "démétropolisation", terme qui risquait d’éveiller des susceptibilités, mais de "relocalisation". Ainsi en a décidé le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, qui recevait, mercredi 30 septembre, au côté d’Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des comptes publics, les 50 premiers maires qui vont accueillir des services de Bercy actuellement situés en région parisienne.

Les relocalisations constituent un "objectif politique majeur" du plan de relance mais "elles doivent aussi se décliner au plan administratif", a-t-il souligné, appelant à une "réforme en profondeur de l’État". Cette décision est aussi un moyen d’"irriguer les villes moyennes", en complément de dispositifs comme Action cœur de ville ou les Territoires d’industrie. Il faut "réparer des départs opérés il y a quelques années", a-t-il concédé, citant la fermeture de garnisons comme celle de Châlons-en-Champagne (Marne) qui figure dans la liste des lauréats. L’ancienne capitale de la Champagne-Ardenne avait connu la double peine avec le départ de ses régiments suivi de la de la perte de son statut avec la réforme territoriale de François Hollande.

2.500 agents concernés

Un appel à candidature avait été lancé au mois d’octobre 2019, comme antidote à la "crise de confiance" des citoyens envers l’État exprimé lors du mouvement des gilets jaunes. La liste de ces cinquante villes sélectionnées parmi plus de 400 candidatures avait été dévoilée au moins de janvier. Une quinzaine d’autres suivront "d’ici quelques semaines", a annoncé le ministre. Les agents vont être déployés à partir du début de l’année 2021 de manière progressive, pendant une période de trois ans, avec de possibles réajustements en cours de route. Au total, 2.500 agents et leurs familles s’installeront un peu partout dans le territoire : Laval, Limoges, Angoulême, Mende, Carpentras, Pau, Perpignan… Soit un peu moins que les 3.000 évoqués en janvier mais cela représente une bonne part des 6.000 fonctionnaires d’État que le gouvernement envisage de relocaliser dans les prochaines années, que ce soit dans les Douanes ou l’Armée…

Ces agents rejoindront leur nouveau lieu d’affectation sur la base du volontariat. Le directeur général des finances publiques Jérôme Fournel se montre d’autant plus confiant que la crise a créé un "appétit" pour ces villes "médianes". Le gouvernement compte aussi sur une modification des choix d’affectation en sortie des Ecoles nationales des finances publiques, comme celles de Noisiel ou de Clermont-Ferrand. La qualité d’accueil des agents et des familles (services scolaires, facilité de se loger, possibilité pour le conjoint de trouver un emploi…) figurait d’ailleurs parmi les premiers critères d’appréciation du comité de sélection.

Chaque candidat bénéficiera d’un  "accompagnement renforcé" sur les plans professionnel, personnel et financier, précise Bercy.

Sept catégories de services

Les autres critères de sélection pris en compte avaient trait à la disponibilité de locaux, au maillage territorial, au fonctionnement des services publics… "Nous avons veillé à ce que ce processus soit le plus objectif possible", a souligné Olivier Dussopt. "Ni Bruno Le Maire, ni Gérald Darmanin (ancien ministre des Comptes publics, ndlr), ni moi-même, n’avons participé au comité de sélection qui était composé d'agents et de cadres de la DGFIP, de représentants des organisations syndicales, de la DGFIP, de préfets et de personnes qualifiées en matière d'aménagement du territoire", a-t-il précisé.

Sept catégories de services seront ainsi déplacés : les services d’appui à la publicité foncière (intervenant dans les transactions immobilières), la gestion des retraites des fonctionnaires, les services de fiscalité des entreprises, les opérations bancaires de la Caisse des Dépôts, des plateformes d'accueil à distance pour les particuliers, des services de contrôle fiscal à distance, un service des activités d’enregistrement des demandes des contribuables qui sera installé à Roanne (Loire). Ces services seront "stables, durables et pérennes", a insisté Jérôme Fournel.

Les villes moyennes "ont été les grandes oubliées de l’aménagement du territoire pendant des décennies", a témoigné Christine Guillemy, maire de Chaumont (Haute-Marne), indiquant que sa ville perdait "100 habitants par an depuis 15 ans" et subissait un "vieillissement accéléré de la population". Elle recevra une vingtaine d’agents au sein d’un service de fiscalité des entreprises installé "au cœur de la ville et non à l’extérieur", comme cela a été trop souvent le cas dans les années passées. Une décision qui, espère-t-elle, contribuera à redonner à Chaumont un rôle de "locomotive de son agglomération". "Je souhaite que ce mouvement de relocalisation s’accentue et s’accélère dans d’autres domaines, par exemple la forêt et l’ONF", a-t-elle plaidé.

La DGFIP poursuivra parallèlement son chantier de réorganisation du maillage des points de proximité. Elle sera présente directement "dans 3.000 communes en France plutôt que 2.000 aujourd'hui" d’ici à 2023, a précisé Olivier Dussopt, sachant toutefois que nombre de trésoreries seront remplacées par de simples permanences au sein des maisons de service au public. Mais le ministre assure vouloir inverser la gestion des effectifs de la direction, en renforçant l’échelon départemental, plutôt que l’échelon régional ou l’administration centrale.

"Notre capacité à faire réussir ce projet déterminera la volonté des autres services de l’Etat à prendre le chemin de ce qui fait la sève de la République : les villes moyennes", a souligné l’ancien maire de Dieppe, Sébastien Jumel, désormais député de Seine-Maritime.

 

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