Dijon : une assistante sociale chez les gendarmes

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Curiosité, intérêt et parfois incrédulité : la présence d'une assistante sociale au sein d'une brigade de gendarmerie suscite encore bien des interrogations de la part du public comme des professionnels. Ce poste, financé intégralement par le conseil général, répond pourtant à un besoin réel.

Comme chaque matin à son arrivée à la gendarmerie de Dijon, Armelle Bari consulte la main courante et prend connaissance des interventions effectuées durant la nuit par les gendarmes. Un rituel quotidien pour cette assistante sociale en poste depuis septembre 2004 au sein de la brigade. Elle repère alors les situations nécessitant a priori une intervention sociale. Le temps d'un appel au gendarme chargé de l'affaire afin d'en savoir un peu plus sur la situation, l'assistante sociale est prête à débuter son travail. La présence d'un travailleur social dans cet environnement plutôt inhabituel ne doit rien au hasard. "Nous finançons déjà depuis quatre ans un poste d'assistante sociale au commissariat de Dijon", explique Geneviève Avenard, directrice de la solidarité et de la famille du conseil général de la Côte-d'Or. "L'apport d'un travailleur social au sein d'une unité de police permet une prise en charge rapide des situations relatives à l'enfance en danger et aux violences familiales", ajoute-t-elle. Fort de cette première expérience, le département a choisi de renouveler l'opération avec la gendarmerie. Si l'objectif est le même, les modalités d'application diffèrent : "Si mon bureau se trouve à Dijon, je peux théoriquement être amenée à me déplacer dans tout le département, en raison du découpage administratif de la gendarmerie", explique Armelle Bari. La Côte-d'Or comprend en effet quatre compagnies, regroupant elles-mêmes plusieurs brigades.

Proximité avec le parquet

Autre différence : le financement. Le poste d'assistante sociale est intégralement financé par le conseil général, contrairement à celui du commissariat de Dijon, pris en charge à égalité par le département et le Ccas. Par ailleurs, les interventions changent selon leur localisation. "Les situations ne sont pas les mêmes en milieu urbain et rural. En ville, les personnes que je rencontre font plus fréquemment l'objet d'un suivi social. C'est nettement moins le cas dans les campagnes", précise Armelle Bari. Le travail quotidien de l'assistante sociale est essentiellement centré sur la prise en compte de situations d'urgence qui nécessitent des décisions rapides. Dans les cas de violence conjugale pour lesquels la gendarmerie est sollicitée, il s'agit avant tout de mettre en sécurité la victime et les enfants : "En fonction du contexte, je recherche des solutions d'accueil chez un membre de la famille ou dans un centre d'hébergement." Même souci de protection en cas de maltraitance ou d'enfant en danger. Le signalement des faits au parquet constitue d'ailleurs une obligation. Intégrée depuis le 1er mars à la cellule "mineurs" de la gendarmerie, chargée de centraliser toutes les informations sur les affaires impliquant des enfants ou des adolescents, Armelle Bari dispose d'une solide expérience dans ce domaine : "Avant de prendre mon poste au sein de la gendarmerie, j'ai suivi un stage au parquet de Dijon."

"Ecouter, informer et orienter"

Cette proximité avec le parquet est plutôt enviée par ses collègues assistantes sociales de secteur : "Je suis régulièrement en contact avec le substitut du procureur ou le juge des enfants que je peux contacter directement de ma propre initiative. Ce n'est pas le cas des autres assistantes sociales qui doivent d'abord en référer à leur hiérarchie."
Au-delà de ce travail réalisé dans l'urgence, Armelle Bari assure d'autres missions. A la demande du parquet, elle procède à des évaluations socio-éducatives. Elle reçoit également des personnes confrontées à des difficultés sociales, préalablement identifiées comme telles par les gendarmes lors de leurs interventions. Elle peut aussi orienter et conseiller les membres de la brigade confrontés à une situation à caractère social. Son cadre de travail reste néanmoins bien défini : "Je travaille le plus souvent sur des situations d'urgence. Dans ces conditions, le suivi social ne fait pas partie de mes attributions. En revanche, mon rôle consiste à écouter, informer et orienter les personnes que je rencontre vers une prise en charge adaptée." D'où l'importance de disposer d'une bonne connaissance du terrain. Dans ce domaine Armelle Bari dispose d'un atout majeur : "J'ai été précédemment assistante sociale de la CAF de la Côte-d'Or et j'intervenais alors en polyvalence de secteur pour le compte du conseil général."

Pascal Clouet / PCA pour Localtis

"L'assistante sociale n'est pas là pour faire le gendarme"

L'expérience menée par le département avec la police, puis la gendarmerie, donne entière satisfaction. Pour Geneviève Avenard, directrice de la solidarité et de la famille du conseil général, cette réussite est due en partie au respect scrupuleux des spécificités propres à chaque institution.

Pourquoi le conseil général de la Côte-d'Or finance-t-il des postes d'assistantes sociales au sein de la police et de la gendarmerie ?

Le projet est né à la suite d'une rencontre avec la mairie, le Ccas et le commissariat de police de Dijon. A cette occasion, les policiers nous ont fait part de leurs préoccupations, notamment sur la prise en compte des violences conjugales. Les policiers sont en effet très souvent sollicités pour intervenir dans des situations de ce type, mais les limites de leurs interventions sont très rapidement atteintes dans ce domaine. Ils sont également confrontés à des récidives fréquentes et ont le sentiment qu'une prise en charge sociale permettrait de diminuer les risques. Mais ce travail ne relève pas de leur compétence. L'idée d'une collaboration a peu à peu pris forme et nous avons signé une convention avec le préfet, la ville de Dijon et la direction départementale de la sécurité publique. Celle-ci fixe notamment le cadre de travail de l'assistante sociale au sein du commissariat et les modalités de financement de ce poste, pris en charge à égalité par le département et le Ccas.

Une assistante sociale est-elle à sa place au sein d'une unité de police ou de gendarmerie ?

Les deux assistantes sociales disposent d'une autonomie d'action importante. Elles sont placées sous l'autorité fonctionnelle du commissaire de police ou du commandant de la brigade de gendarmerie, mais elles sont assez libres sur le choix des situations suivies et l'organisation de leur travail. Dans ce cadre, elles peuvent néanmoins être sollicitées, à tout moment, par un officier de permanence pour intervenir sur une situation urgente. Autre point à souligner : il n'existe pas de lien hiérarchique avec le conseil général. Le rôle du département se limite au financement des postes et au pilotage du dispositif. Ce mode de fonctionnement facilite le travail et garantit le respect des spécificités et des prérogatives professionnelles de chacun. L'assistante sociale n'est pas là pour jouer au gendarme et inversement. L'intérêt et le succès de ces deux expériences résident avant tout dans la complémentarité des actions.

Quel bilan tirez-vous de ce partenariat entre forces de l'ordre et service social ?

Je crois que cette expérience a permis de sensibiliser policiers et gendarmes à la question de l'enfance en danger. Il s'agit d'ailleurs d'une priorité qui figure dans le schéma départemental de l'enfance et de la famille. Côté usager, l'intérêt me semble aussi indéniable. Pouvoir trouver, dans un commissariat ou une gendarmerie, une réponse sociale immédiate à une situation de crise ou de détresse apporte incontestablement un plus. Grâce à une présence à la source, l'assistante sociale peut très rapidement prendre la mesure de la situation, procéder à une évaluation immédiate et rechercher des solutions. Afin d'améliorer encore le partenariat entre les différents acteurs, nous avons mis en place, en plus d'un comité de pilotage, un groupe technique chargé de faire le point sur les pratiques professionnelles. Réuni au mois de décembre 2004, il a déjà abordé des questions relatives à la formation, aux liens avec le parquet ou encore au signalement de l'enfance en danger.

Agir dans l'urgence

Depuis quatre ans, Odile Didion occupe un poste d'assistante sociale - financé par la ville et le conseil général - au sein du commissariat de Dijon.

Comme sa collègue en poste à la gendarmerie, Odile Didion est confrontée à une grande diversité de cas. Des conflits intrafamiliaux qui dégénèrent, aux fugues de mineurs, en passant par les agressions, les tentatives de suicide, les homicides, les troubles psychiatriques ou les situations d'errance, l'assistante sociale se trouve régulièrement au coeur de l'action. Son principal souci : évaluer rapidement la situation afin de proposer une solution adaptée. L'information des partenaires constitue également une préoccupation permanente : "Il faut régulièrement expliquer notre rôle et, plus généralement, celui de la police et de son fonctionnement." Les questions portent le plus souvent sur les différentes procédures (main courante, dépôt de plainte) et leurs conséquences. Dans ce domaine, il faut lever certaines réticences et autres a priori : "Les travailleurs sociaux que je rencontre pensent souvent que les renseignements que je peux collecter auprès d'eux dans le cadre de mon travail vont être utilisés pour alimenter une procédure, mais ce n'est pas le cas. Pour éviter ces suspicions, un temps d'explication préalable est nécessaire."
Compte tenu du développement de son activité (plus de 900 situations traitées en 2004, contre 554 en 2001) et de l'intérêt de cette mission sociale au sein du commissariat, Odile Didion n'est plus seule à assurer cette tâche. Elle bénéficie du renfort d'une adjointe de sécurité (ex-emploi jeune de la police) préalablement formée, et d'une stagiaire, élève assistante sociale de l'institut régional de travail social de Dijon. "Nous sommes actuellement une trentaine d'assistantes sociales en poste dans un commissariat ou dans une brigade de gendarmerie. Nous avons créé une association et notre premier travail a été de définir et d'élaborer une charte relative à notre poste afin de préciser, à l'attention de nos partenaires, le cadre et les limites de nos interventions."
Contact : Odile Didion, assistante sociale au commissariat central de Dijon, 03 80 44 55 82.
 

Aller plus loin sur le web

La page consacrée à l'action sociale sur le site du conseil général de la Côte-d'Or.
http://www.cg21.fr/htmlfr/solidari.htm
 
Le site de la mairie de Dijon.
http://www.ville-dijon.fr
 
La rubrique consacrée au groupement de la gendarmerie de la Côte-d'Or sur le site de la préfecture. Une présentation des missions de l'assistante sociale du groupement figure en bas de page.
http://www.cote-dor.pref.gouv.fr/view.jsp?id=380
 
La rubrique consacrée à la direction de la sécurité départementale de la Côte-d'Or sur le site de la préfecture. Une présentation du service social du commissariat de Dijon figure en bas de page.
http://www.cote-dor.pref.gouv.fr/view.jsp?id=397

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