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Dispositif 2S2C : pour les députés, oui, mais pas sur le temps scolaire

Un rapport parlementaire dresse le bilan du dispositif 2S2C à l'école. Un bilan modeste quant aux chiffres. Et sévère quant à la mise en œuvre durant le temps scolaire.

"Le 2S2C ne peut pas, en période normale, empiéter sur le temps scolaire." Tel est le verdict de la mission "flash" sur la mise en place du dispositif 2S2C à l'école mené par les députés François Cormier-Bouligeon et Béatrice Descamps, dont les conclusions ont été communiquées mercredi 15 juillet 2020.
Le 2S2C a démarré après le confinement. Son but : organiser l'accueil, sur le temps scolaire, des élèves par le biais d'activités relevant du sport, de la santé, de la culture ou de civisme alors qu'environ la moitié des effectifs pouvaient aller en classe. Le dispositif était mis en place par les communes, en lien avec les établissements scolaires et des associations intervenantes.
Les rapporteurs tirent d'abord un bilan comptable. Au 4 juillet, 2.940 communes proposaient ce dispositif dans 5.846 écoles à 167.051 élèves du premier degré. Dans le second degré, 66 conventions ont concerné 7.685 élèves. Au total, environ 8% des communes l'ont mis en place et 2,5% des élèves du premier degré y ont effectivement participé.

Opposition des enseignants

Pourquoi ces résultats modestes ? Certaines communes "ont fait face à des obstacles nombreux et difficilement surmontables dans un temps aussi court". La question des locaux communaux disponibles et de la présence de personnel pour effectuer le ménage régulier s'est posée. Notamment dans les petites communes. La question financière a aussi émergé : "Si l'État contribue au financement du dispositif à hauteur de 110 euros maximum par jour et par groupe de quinze élèves, beaucoup d'activités se révèlent plus coûteuses et exigent que les collectivités en financent une partie."
Parmi les autres obstacles : les "vives craintes" exprimées par les professeurs d'EPS quant à la capacité des intervenants à conduire certaines activités sportives. Cette mise en cause de la qualité des éducateurs associatifs s'est faite "au grand étonnement des rapporteurs, puisque ces mêmes éducateurs encadrent chaque semaine les enfants en club". Plus globalement, "la communauté enseignante a […] mal réagi". Explication avancée : le manque de "concertation poussée". 

Plus jamais (comme) ça

Les facteurs de réussite, eux, tiennent en dix lettres, PEDT, TAP et EAC. "Les communes dotées d'un centre de loisirs et d'animateurs municipaux ont pu, sans grande difficulté, proposer leurs services sur le temps scolaire", soulignent les rapporteurs. Ils étendent cette facilité aux communes qui travaillaient avec le monde associatif via un projet éducatif territorial (PEDT). À celles qui avaient conçu un réseau à l'occasion de la mise en place des temps d'activités périscolaires (TAP). Ou à celles bénéficiant  d'un réseau d'intervenants en éducation artistique et culturelle (EAC). Autrement dit : ceux qui savaient déjà faire ont fait. Et bien. 
Notion-clé du rapport : l'exigence pédagogique. Les auteurs soulignent qu'elle était "d'autant plus forte que le dispositif 2S2C se déployait sur le temps scolaire, et non pas sur le temps périscolaire, temps habituel d'intervention des communes". C'est là qu'ils avancent leurs conclusions. Pour eux, le 2S2C, n'a pas été pensé comme un "dispositif pérenne" mais comme un "moyen de répondre rapidement et de façon pragmatique aux contraintes posées par un protocole sanitaire". Il avait "pour vocation de contribuer à l'épanouissement physique et psychologique des enfants à l'issue du confinement difficile". Ou encore était un moyen "de redonner de l'activité – et des ressources – à un tissu associatif, éducatif, sportif et culturel en difficulté du fait de la crise sanitaire". Une façon de dire : il fallait le faire, mais hors de question de le refaire de la même manière. 

Le 2S2C est là pour durer

Les rapporteurs l'assurent : une pérennisation du 2S2C passe par "un déploiement en dehors du temps scolaire" et par "l'association, au plus près du terrain". En outre, ils réclament "une coordination à l'échelle du territoire pour assurer l'égalité dans l'accès aux ressources disponibles sur le territoire". Ce qui suppose "un subventionnement adapté aux projets, aux moyens des collectivités et aux ressources des territoires". Si ces conditions sont posées, c'est bien que la pérennisation du 2S2C est en cours.
La volonté coordonnée des ministères de l'Éducation nationale et des Sports de construire un système de type 2S2C existait dès 2019 (lire notre article du 10 juillet 2020). Le décret relatif aux attributions du ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports publié au JO du 17 juillet en remet une couche. L'article Ier précise : le ministre "veille […] au développement de l'éducation artistique, culturelle et sportive des enfants et des jeunes adultes tout au long de leurs cycles de formation". Le dispositif sera donc maintenu. Reste à savoir s'il prendra "une forme de temps périscolaire qui ferait collaborer autour d'un projet local le corps enseignant, les collectivités et le monde culturel, associatif et sportif".

 

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