Économie sociale et solidaire : quels bouleversements dans l’emploi en 2020 ?

Une baisse de près d’1% de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire entre fin 2019 et fin 2020, encore une incertitude importante sur le nombre de structures ayant cessé définitivement leurs activités, des évolutions très contrastées selon les secteurs : l'Observatoire de l’ESS vient de présenter son bilan de l’emploi dans l’ESS en 2020. Cette année si particulière marque le début de reconfigurations, en particulier pour les secteurs de l’action sociale et médico-sociale les plus mobilisés depuis le début de la crise, mais aussi pour les secteurs fragilisés contraints de solliciter des aides et de revisiter leur modèle économique.    

Au quatrième trimestre 2020, l’économie sociale et solidaire (ESS) enregistrait une perte de 0,9% d’emplois par rapport à la même période en 2019, soit près de 19.000 emplois en moins. Dans une note de conjoncture publiée ce 5 juillet 2021, l’Observatoire national de l’ESS porté par ESS France analyse l’impact de la crise sanitaire sur l’emploi dans l’ESS en 2020. 

Si le "choc Covid" est bien réel, un effet de rattrapage, plus accentué dans l’ESS que dans le reste de l’économie privée, est mis en avant à partir du troisième trimestre, par rapport au bilan particulièrement lourd qui avait été observé en juin 2020. Une diminution plus marquée du nombre d’établissements de l’ESS est en revanche observée : près de 3.800 établissements de moins au quatrième trimestre 2020 par rapport à l’année précédente, soit une baisse de 2,2% contre une hausse de 1,2% dans le reste de l’économie privée. Cette évolution s’expliquerait notamment par un recours plus important aux aides publiques de la part des entreprises "classiques", alimentant ainsi un " ‘effet de retard’ sur la disparition d’établissements structurellement mis en difficulté" (- 39% de défaillances d’entreprises en 2020 par rapport à 2019, selon la Banque de France). Par ailleurs, de petites associations – dans la culture et le sport en particulier - ont pu disparaître des statistiques du fait de l’absence de recours à l’emploi pendant les périodes de confinement, alors même que les bénévoles continuaient à assurer la gestion courante dans l’attente de la reprise d’activité. "On a encore du mal à distinguer quelles sont les associations qui ont été juste temporairement à l’arrêt et qui ont redémarré ensuite et celles qui ont réellement disparu définitivement", explique à Localtis Julien Ramirez, chargé d’études à l’Observatoire national de l’ESS. 

20.000 emplois en moins fin 2020 dans le sport et les arts et spectacles 

Un indice cependant : 39% des établissements "disparus" au deuxième trimestre 2020 par rapport à l’année précédente se situent dans le champ des arts et spectacles. L’Observatoire de l’ESS rappelle que, dans ce secteur, près des deux tiers de l’emploi se concentrent dans le spectacle vivant, caractérisé par des contrats courts – intermittents en particulier – et souvent précaires. Le secteur des arts et spectacles enregistrait une baisse de 15% de ses emplois (soit environ 6.000) au quatrième trimestre 2020. Dans les activités de sports et de loisirs, une baisse de près de 14.000 emplois (soit -13%) était constatée au même moment. 

A l’inverse, très sollicité du fait de la pandémie, l’hébergement social et médico-social avait gagné 6.800 postes fin 2020 (soit 1,7% par rapport à l’année précédente). ESS France souligne que la hausse des effectifs est en réalité supérieure, du fait du recours au travail intérimaire, et que 83 établissements supplémentaires ont vu le jour en un an. En forte baisse lors des deux premiers trimestres, l’emploi d’aide à domicile s’est rétabli au troisième trimestre 2020 et enregistrait une stagnation au quatrième trimestre par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, "le secteur privé lucratif de l’aide à domicile connaît une hausse de 5,1% de l’emploi au quatrième trimestre par rapport à 2019, soit 5.273 postes en plus", peut-on lire dans la note.

Les associations et les mutuelles ont perdu des emplois, les fondations en ont gagné 

"En Normandie et en Centre Val-de-Loire, il y a eu une baisse de l’emploi plus prononcée, notamment du fait de l’importance des activités culturelles et sportives et de l’aide à domicile", décrypte Julien Ramirez. Ces deux régions enregistraient une baisse de 2,4% et 2,3% de l’emploi fin 2020, alors que cette diminution n’était par exemple que de 0,3% dans les Hauts-de-France, 0,4% en Provence-Alpes-Côte d’Azur et 0,6% en Bretagne. 

L’analyse de ces évolutions contrastées porte également sur les différentes branches de l’ESS, le mouvement le plus favorable concernant les fondations avec une hausse de 3,6% de l’emploi (soit près de 3.800 postes en plus) au quatrième trimestre 2020 par rapport à l’année précédente. Cette évolution tiendrait à la sur-représentation des secteurs de la santé et de l’action sociale au sein des fondations, mais également au changement de statut d’associations qui deviennent des fondations. Concentrant la majeure partie des effectifs de l’ESS, les associations avaient perdu près de 22.000 postes (soit -1,3%) fin 2020. Les coopératives enregistraient quant à elles une légère augmentation (350 postes en plus, soit +0,2%), tandis que les mutuelles perdaient des emplois dans les activités d’assurance et de santé (-1.130 postes en tout, soit -0,9%) du fait notamment de la fermeture administrative d’agences.      

Fonds de solidarité : 1% des crédits ont été alloués à des associations début 2021 

L’explosion de la pauvreté et des inégalités – la "pauvreté démultipliée", selon les termes du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale – depuis le début de la crise sanitaire entraîne "une augmentation des besoins très importante dans des secteurs où l’ESS est très présente, comme l’action sociale et médico-sociale", poursuit Julien Ramirez. Ce dernier anticipe donc des adaptations en termes de ressources financières et de bénévolat, nécessaires pour faire face à ces besoins. Évoquant les inégalités de genre, ESS France rappelle dans sa note que les femmes sont particulièrement exposées dans des métiers à la fois physiquement éprouvants et à risque – 96% des aides à domicile dans l’ESS et 90% des aides-soignantes et soignants sont des femmes, par exemple. La revalorisation de ces métiers apparaît donc comme un autre défi de l’ESS dans les prochaines années.  

Autre enjeu prégnant pour l’ESS en cette période de crise : la consolidation de ses modèles économiques. La note propose une analyse du recours aux aides publiques mises en place depuis le début de la pandémie. Fin janvier 2021, près de 20.600 associations avaient en particulier bénéficié du fonds de solidarité pour un montant de 185 millions d’euros (et une moyenne de 8.900 euros par association), dont 43% au profit d’associations culturelles et 21% au profit d’associations sportives. Ces aides attribuées à des associations ne représentaient alors que 1,3% de l’ensemble des crédits alloués dans le cadre du fonds de solidarité. ESS France a observé "une grande difficulté pour les associations à s’approprier certains dispositifs d’aide", en particulier pour des associations qui n’ont pas la culture de l’endettement et ne sont pas "outillées pour constituer un dossier de demande d’aides et formuler un plan de trésorerie à moyen terme". Selon Julien Ramirez, "les fonds existent mais il faut passer cette barrière de l’accès qui est liée à la façon dont beaucoup d’associations sont gérées aujourd’hui".  

 

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