Emmanuel Macron : un "Conseil national de la refondation"... et des "discussions sur le terrain"

Emmanuel Macron a annoncé vouloir réunir après les législatives un "Conseil national de la refondation" avec les "forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort", sur les réformes touchant notamment au pouvoir d'achat, à l'écologie, aux institutions et aux retraites.

"J'ai porté cinq objectifs pendant la campagne : l'indépendance (industrielle, militaire, alimentaire...), le plein-emploi, la neutralité carbone, les services publics pour l'égalité des chances et la renaissance démocratique avec la réforme institutionnelle. Pour les atteindre je veux réunir un Conseil national de la refondation, avec les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et des citoyens tirés au sort", a indiqué le président de la République dans un entretien à plusieurs quotidiens régionaux diffusé vendredi 3 juin au soir. "Ce conseil, que je lancerai moi-même, sera enclenché dès après les législatives" des 12 et 19 juin, précise le chef de l'État.

Il souhaite que la Première ministre, Élisabeth Borne, et son gouvernement "puissent faire vivre" ce Conseil national de la refondation, dénomination faisant clairement allusion au Conseil national de la résistance (CNR) qui coordonnait les différents mouvements de la Résistance intérieure française pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il justifie ce "clin d'œil" par le fait que "nous vivons un temps comparable" : "Nous sommes dans une ère historique qui impose de changer profondément de modèle et puis la guerre est là."

Le président précise qu'il y aura "une première séquence de plusieurs jours, puis des rendez-vous réguliers" et que la première portera sur le pouvoir d'achat. "Nous allons apporter des réponses aux fonctionnaires avec le point d'indice, aux retraités... Dès cet été sera votée la loi pouvoir d'achat et un texte de simplification et d'urgence pour les projets d'énergie", précise-t-il. Ensuite, "nous entamerons les grands chantiers : production, écologie, services publics".

Emmanuel Macron rappelle qu'une autre forme de concertation est également prévue sur certains sujets, en tout cas sur deux : "Dès septembre, je souhaite que des discussions aient lieu sur le terrain, dans les 1.200 bassins de vie, auxquelles seront associées toutes les parties prenantes, pour la santé, par exemple, les médecins, les paramédicaux, les élus et nos associations de patients. On va se donner plusieurs mois pour identifier les besoins et bâtir des projets. En sortira une feuille de route et des moyens chiffrés". Une idée qu'il avait lancée le 31 mai lors de son déplacement sur la santé en même temps que la "mission flash" sur les urgences hospitalières (voir notre article du 1er juin). Et "idem pour l’école", "on mettra ensemble personnels éducatifs, parents d’élèves, personnel périscolaire, élus et lycéens". Il voit dans ces "discussions" une "révolution culturelle" qui "part du terrain et associe tous les acteurs", ajoutant : "Nous mettrons les moyens correspondants. Les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut. Ils ont plus de bon sens que les circulaires. Paris doit être au service du terrain."

Le projet de "CNR" ne pouvait que faire réagir. Cela a été le cas dès ce weekend pour les oppositions de droite et de gauche. D'aucuns pour rappeler qu'il y avait eu lors du précédent quinquennat le Grand Débat national et les cahiers de doléances, la convention citoyenne... et estimer que ce qui en était ressorti n'avait guère eu d'influence sur les décisions de l'exécutif. Difficile en outre de ne pas s'interroger : ne serait-on pas ici à deux doigts de réinventer le Conseil économique, social et environnemental ? Dès samedi matin, le président du Cese, Thierry Beaudet, n'a pas manqué de rebondir, rappelant que son institution a elle-même "à plusieurs reprises alerté sur la nécessité d’une pratique démocratique renouvelée pour associer les citoyens aux sujets qui les concernent". "Parce qu’il regroupe 175 femmes et hommes de terrain, désignés par plus de 80 organisations, parce qu’il est l’institution qui arrime la participation citoyenne à la République, le Cese, chambre de la société agissante, est le lieu adéquat pour faire vivre cette nouvelle pratique", poursuit Thierry Beaudet dans un communiqué, assurant que "le Cese est prêt à prendre toute sa part" dans cette "refondation".
 

  • Chèque alimentaire : "deux dispositifs"

Interrogé par ailleurs, dans cette même interview à la PQR, sur le chèque alimentaire, le chef de l'État estime que le dispositif "doit être simple" pour que ce chèque soit "versé en une fois" et qu'"ensuite, il faudra aller vers des dispositifs plus ciblés comme sur l'essence avec un dispositif pour les gros rouleurs dès cet automne". À cet égard, la ristourne de 18 centimes sur les carburants sera prolongée en août, a-t-il confirmé.
Elisabeth Borne est revenue sur ce sujet ce lundi 7 juin sur France Bleu. "Dans l'urgence, avec l'inflation, ce sera une aide versée directement sur le compte en banque, en une fois, tenant compte naturellement du nombre d'enfants dans la famille", a détaillé la Première ministre. Cette première aide pourrait s'élever "à 150 euros", a pour sa part précisé Dominique Chargé, président de la Coopération agricole lors d'une conférence de presse conjointe avec la FNSEA sur ce chèque alimentaire.
Elisabeth Borne a indiqué que dans un second temps, "une réflexion" serait lancée sur "un dispositif ciblé pour permettre à tous les Français d'accéder à des produits de qualité, des produits bio". Cette aide, destinée également aux plus modestes, permettant d'acheter des produits alimentaires locaux, durables voire bio faisait partie des promesses de campagne d'Emmanuel Macron. Déjà inscrite dans la loi Climat et Résilience, l'idée circule depuis deux ans, sans jamais avoir été mise en oeuvre.
Le gouvernement a donc opté pour "deux dispositifs" : une aide à l'inflation et une "réflexion" sur ce chèque alimentaire.
S'agissant du dispositif destiné aux "gros rouleurs" qui font face à la flambée des prix des carburants, Elisabeth Borne a elle aussi confirmé la prolongation d'un mois de la ristourne qui devait se terminer le 31 juillet. Et "pour ceux qui font beaucoup de kilomètres par jour soit pour se rendre à leur travail, soit dans le cadre de leur travail", un dispositif "se mettra en place (...) à la rentrée pour [les] accompagner", a ajouté la cheffe du gouvernement.
   Avec AFP

 

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