Energie : comment récupérer la chaleur perdue dans les villes

Une étude co-réalisée par l'Institut national de l'économie circulaire et France Energie a tenté pour la première fois d'évaluer le potentiel de récupération de la chaleur perdue en milieu urbain. Elle préconise notamment d'encourager la récupération de chaleur décentralisée dans la commande publique pour la rénovation énergétique des bâtiments publics. 

Quelle est la quantité de chaleur perdue en milieu urbain ? Une étude publiée début novembre par l'Institut de l'économie circulaire et France Energie, une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de pompes à chaleur réversibles sur boucle d’eau, a tenté pour la première fois d'évaluer cette chaleur produite par les activités humaines et son potentiel d'exploitation, alors que la France doit doubler sa part d’énergies renouvelables et de récupération d’ici 2030 pour atteindre 32% de la consommation d’énergie.
Sachant qu'un foyer français consomme en moyenne 14,7 MWh/an, pour un ménage de trois personnes, 1,3 MWh/an de chaleur serait perdue par l’électroménager (sèche-linge…) et 1,2 MWh/an dans les eaux usées. La chaleur perdue par les installations informatiques d’une PME représenterait de 25 à 75 MWh/an. Celle d'une salle de réunion occupée 200 heures par an serait de 0,5 MWh/an. Pour chaque individu fréquentant les salles de sport, la chaleur perdue atteindrait 0,1 MWh/an.

Un potentiel de diminution de 20% de la consommation de chaleur/froid des bâtiments collectifs

"En l’état actuel des technologies et du marché, la récupération de chaleur en ville permettrait de diminuer de 20% la consommation de chaleur/froid des bâtiments collectifs, pour contribuer aux objectifs de la transition énergétique et notamment à la Renovation Wave Strategy publiée par la Commission européenne le 14 octobre 2020", estiment les auteurs de l'étude. Sur le territoire du Grand Paris, le potentiel de récupération dans les immeubles tertiaires serait selon eux de 3,4 TWh/an, soit la consommation de la métropole de Nîmes (250.000 habitants), et de 1 TWh/an dans les logements collectifs, soit la consommation de la ville de Colmar (70.000 habitants).
"Pour répondre au défi de la transition énergétique, il ne suffit pas de produire toujours plus d'énergie renouvelable mais il faut d'abord exploiter les nombreuses sources de chaleur en ville qui sont autant d’opportunités à récupérer et à réinjecter, soutient François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône et président de l’Institut national de l’économie circulaire. La chaleur fatale des villes est un gisement déjà disponible, compétitif et inépuisable. Nous devons définir une stratégie ad’hoc pour l’exploiter pleinement."

Lutte contre les îlots de chaleur urbains

L'étude avance plusieurs recommandations à l'attention des pouvoirs publics, à commencer par la poursuite de la réalisation d'analyses quantitatives permettant une meilleure connaissance du potentiel de la récupération de chaleur décentralisée en ville et de ses technologies. Elle préconise aussi d'encourager la récupération de chaleur décentralisée dans la commande publique pour la rénovation énergétique des bâtiments publics. Ces technologies permettent selon elle de répondre "à des enjeux de plus en plus prégnants d’îlots de chaleur urbains et de manque d’espace dans les zones denses". "La production d’énergie in situ, ainsi que l’autoconsommation doivent devenir des objectifs guidant la mise en place de nouveaux plans de construction, rénovation et autres projets urbains, souligne-t-elle. Dans ce cadre, les technologies de production décentralisée de chaleur/froid, qui viennent apporter la solution au plus près du besoin, doivent être valorisées.

Nouvelles prérogatives issues de la loi économie circulaire

De plus, les nouvelles prérogatives des acteurs publics en termes de construction et d’entretien de bâtiments, instaurées par la loi économie circulaire, pourront aussi permettre aux filières (…) de se développer." L’article 59 de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire oblige la commande publique à prendre en compte les exigences de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et de stockage du carbone, pour des travaux de construction mais aussi de rénovation. Un devoir d’exemplarité vu comme un "levier". "Les équipements comme la boucle d’eau tempérée, qui permet de valoriser des ressources locales et/ou de la chaleur fatale, peuvent équiper les bâtiments publics, ajoute l'étude. Pour cela, il est nécessaire d’ouvrir les cahiers des charges des projets d’aménagement et de bâtiments publics à ce type de solution technique, plus chères au prix d’achat, mais génératrices de gains économiques et environnementaux à moyen terme." 
Enfin, l'étude préconise de faire bénéficier la récupération de chaleur décentralisée du soutien du Fonds Chaleur de l’Ademe. 
 

 

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