Sécurité civile - Eric Faure : "Le modèle unique touche à sa fin"

Bousculé par l'émergence de nouvelles menaces, l'accroissement des inégalités territoriales ou le "big bang territorial", le modèle unique de sécurité civile hérité de la "départementalisation" de 1996 arrive à son terme, estime la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Cette dernière émet 32 propositions pour réformer ce modèle en vue de la présidentielle. Elle demande notamment un moratoire sur les fermetures de casernes...

Le quinquennat se termine sur constat amer pour les pompiers. Depuis le dernier congrès en septembre à Tours, "nous n'avons rien reçu, aucune réponse de la part du chef de l'Etat, aucune perspective et intérêt pour ces problématiques", a commenté avec dépit le colonel Eric Faure, président de la FNSPF (Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France), le 22 février. Alors que les difficultés s'accumulent, la fédération a rédigé un catalogue de 32 propositions pour sensibiliser les candidats à l'élection présidentielle. "Le monde a changé (…) notre pays doit s'adapter", a déclaré le colonel devant la presse, évoquant les nouveaux défis ou menaces tels que le terrorisme, les violences urbaines ou les "ruptures d'équilibres dans les territoires".

"Un service public sous tension"

Depuis des années, la fédération tente d'alerter les pouvoirs publics sur "l'effet ciseaux" créé par deux dynamiques qui entrent en conflit : l'augmentation du nombre d'interventions et les restrictions budgétaires de l'Etat et des collectivités. "En cinq ans, entre 2010 et 2015, les interventions ont ainsi augmenté de 6%, tandis que le budget global n'a progressé que de 3,5%, les ressources humaines stagnant et le nombre de casernes baissant de 5,5%", développe la fédération dans son document. La sécurité civile est "un service public sous tension", a renchéri Eric Faure qui s'inquiète aussi d'une augmentation des dépenses de fonctionnement du simple fait des réformes statutaires (alors que les effectifs stagnent) et d'une baisse de l'investissement de 26% sur la période. Une situation qui crée des disparités de plus en plus importantes entre les Sdis : le coût varie de 51 à 152 euros par habitant. Des disparités qui se traduisent aussi dans les délais d'intervention. En cinq ans, le délai d'intervention a augmenté d'1'18'' pour s'établir à 13'13''. Mais ce délai recouvre d'importantes disparités, comme le montrait la dernière enquête de la direction générale de la sécurité civile. "Nous n'avons pas le droit d'avoir des territoires dépourvus de secours, qui n'auront pas les mêmes chances", s'insurge Eric Faure.
Les sapeurs-pompiers subissent déjà les effets de la "désertification médicale" : "Ils doivent désormais évacuer vers les hôpitaux (toujours plus éloignés) des personnes qui auparavant consultaient un médecin de proximité."

Un moratoire sur les fermetures de casernes

La FNSPF entend avant tout renforcer la force sapeur-pompier et repasser la barre des 200.000 volontaires qui constituent la clé de voûte du modèle français. A ce titre, la fédération réclame les mêmes mesures d'attractivité que pour la Garde nationale créée au lendemain des attentats. "On siphonne dans le même vivier de recrutement", a souligné Dominique Turc, vice-président de la fédération, chargé du volontariat. Ironie de l'histoire, les pompiers avaient été créés après la défaite de 1870 en remplacement de la Garde nationale, a rappelé Eric Faure.
Alors que le nombre de casernes est passé de 9.000 à moins de 7.000 en vingt ans, la fédération demande un "moratoire sur les fermetures de casernes". Elle encourage aussi les plateformes communes de gestion des appels d'urgence autour du numéro unique 112 et se dit prête à donner l'exemple en abandonnant le"18", le numéro historique des pompiers.

Péréquation

Plus largement, la fédération réclame une remise à plat du mode d'organisation et de financement hérité de la départementalisation de 1996 qui atteint aujourd'hui ses limites. D'autant que le "big bang territorial" risque d'accentuer les déséquilibres. "Le modèle unique touche à sa fin", a martelé Eric Faure, avec la création des nouvelles régions, le renforcement des 22 métropoles, l'émergence des intercommunalités parfois à cheval sur plusieurs départements, et des départements qui eux-mêmes "ne seront plus en situation de force dans certains territoires d'ici quelques années". La fédération prend notamment en exemple les évolutions entreprises avec la création de la métropole de Lyon et du Nouveau Rhône et la naissance du premier service départemental-métropolitain d'incendie et de secours (SDMIS). Ou encore la création prochaine en Corse d'une collectivité unique à la tête de deux services d'incendie et de secours. Eric Faure souligne la nécessité d'avoir "un Etat stratège toujours présent et la proximité essentielle pour la perception des territoires". Mais ces réorganisations nécessitent dans le même temps de "compenser la disparité financières entre territoires". La fédération propose que le milliard d'euros que l'Etat verse aux départements via la taxe spéciale sur les conventions d'assurance (TSCA) soit directement attribué aux services d'incendie et de secours. Il pourrait constituer la base d'un système de péréquation destiné à gommer les disparités locales.
 

 

Agressions de pompiers : briser "l'omerta"
Le président de la FNSPF, Eric Faure, a appelé, mercredi 22 février, à briser "l'omerta" sur les agressions dont sont victimes les sapeurs-pompiers. Vendredi encore, des pompiers ont été victimes d'un guet-apens à Savigny-sur-Orge (Essonne) et ont été la cible de caillassages et de tirs au mortier. Phénomène qui tend à se développer : "Ces agressions sont réelles, elles sont quotidiennes. Dans certains départements, elles ont tendance à essaimer sur le territoire, pas pour les mêmes raisons", a expliqué Eric Faure. "Les sapeurs-pompiers sont victimes d'agressions, pas d'incivilités", a-t-il insisté, indiquant que les camions de pompiers étaient désormais blindés pour faire face aux projectiles.
Grégory Allione, vice-président de la fédération, chargé de la gestion des crises, a voulu adresser une "vraie demande" aux candidats à l'élection présidentielle : que les pompiers puissent déposer plainte sous leur matricule et non sous leur identité propre, comme le font les policiers et les gendarmes. Car ces plaintes peuvent avoir des "répercussions familiales", a-t-il dit. Et faire l'objet de représailles.
M.T.

 

 

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