Eure-Madrie-Seine ausculte la santé de son territoire

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Santé, médico-social, vieillissement

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Confrontée au risque de désertification médicale, la communauté de communes Eure-Madrie-Seine dans l'Eure a pris les devants. Elle a réalisé un diagnostic complet des besoins en santé et de l'environnement médical du territoire en vue de la création d'un "Espace ressources en santé". Une initiative originale qui a également mis les habitants à contribution.

D'un côté, des professionnels de santé de moins en moins nombreux et proches de la retraite, de l'autre une population plutôt jeune, mais dont le vieillissement sera à l'origine d'un besoin grandissant en matière de santé, le tout sur un territoire étendu où l'offre réduite de transports limite les déplacements... Telle est la problématique de la communauté de communes Eure-Madrie-Seine au milieu des années 2000. "Dès 2006, des médecins et des infirmiers nous ont sollicités pour réfléchir ensemble à la création d'un pôle santé sur le territoire, regroupant à la fois des médecins et des professionnels paramédicaux", raconte Jean-Luc Recher, président de la communauté. En juin 2007, la collectivité confie à l'Institut Renaudot, spécialisé en santé communautaire, la réalisation d'une étude préparatoire. Coût de l'opération : 18.000 euros, intégralement pris en charge par la communauté.
Pilotée par un groupe de travail associant des élus d'Eure-Madrie-Seine, des professionnels de santé du territoire et plusieurs partenaires (conseil général, conseil régional, Ddass, caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure et Union régionale des caisses d'assurance maladie de Haute-Normandie), l'étude repose sur un diagnostic approfondi de l'offre de soins et sur une analyse des indicateurs démographiques et de santé de la population. Dans chacun de ces domaines, la communauté de communes est confrontée à une situation peu favorable. "L'Eure est classé 92e sur 95 en termes d'offre médicale et nous comptons actuellement une quinzaine de médecins généralistes sur le territoire, soit une densité médicale deux fois plus faible que la moyenne du département. Par ailleurs, la moyenne d'âge de ces médecins atteint près de soixante ans et la question de leur remplacement se pose", souligne Jean-Luc Recher.

 

Des difficultés pour accéder aux soins

Pour les 27.000 habitants des vingt-trois communes de la communauté et notamment pour les 10.000 personnes vivant en zone rurale, cette situation est à l'origine d'une réelle difficulté d'accès aux soins. Le manque de professionnels entraîne une suractivité des praticiens, causant elle-même un allongement des délais d'attente pour un rendez-vous, notamment chez les spécialistes. C'est le cas des ophtalmologues, des dermatologues et même des dentistes, certains d'entre eux n'acceptant plus d'accueillir de nouveaux patients.
Interrogés dans le cadre de l'étude, les professionnels de santé pointent également d'autres points faibles : une population vieillissante confrontée à des pathologies plus lourdes à prendre en charge, une souffrance psychique davantage présente et l'absence d'un médecin de PMI qui oblige les généralistes à assurer plus souvent le suivi de femmes enceintes et à augmenter leur activité de pédiatrie. Les professionnels de santé ont également relevé des spécificités du territoire ayant un impact direct sur la santé de la population. Ainsi, de nombreux habitants exercent une activité en horaires décalés et travaillent à la chaîne ou postés, d'où la présence de pathologies spécifiques sur le plan musculaire et nerveux. Par ailleurs, une partie importante des emplois est concentrée dans le "couloir de pollution de la Seine". Cette situation provoque des maladies des voies respiratoires comme l'asthme, les allergies et, plus généralement, les affections ORL.

 

Associer les habitants

Au-delà de l'analyse des indicateurs de santé et des données socio-démographiques, l'étude intègre un volet relatif aux besoins et aux attentes des habitants. Pour cela, le service communication de la communauté de communes a diffusé un questionnaire visant trois objectifs : identifier les pratiques d'accès aux soins et de prévention des habitants, repérer leurs trajectoires en matière de santé (connaissance et utilisation de l'offre de soins et des ressources en santé) et, enfin, évaluer les besoins à court terme des habitants. Plus de 700 questionnaires ont été retournés, preuve d'une réelle implication de la population. L'analyse a porté en priorité sur les réponses des personnes domiciliées dans les communes périphériques, afin de cerner plus précisément les difficultés d'accès aux soins.
Les résultats d'ensemble de l'étude ont été publiés au mois de mars 2008. Pour Jean-Luc Recher, cet état des lieux va permettre de déterminer la forme précise d'un futur pôle de santé (lieu unique complété par une annexe éventuelle), "A ce stade, le périmètre d'activités de ce pôle, son financement et le calendrier de mise en œuvre ne sont pas encore arrêtés, mais l'investissement est évalué entre quatre et cinq millions d'euros pour le bâti. Sur ce point, nous disposons des terrains et nous bénéficierions de subventions importantes", indique Jean-Luc Recher.

 

Pascal Clouet / PCA, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

Communauté de communes Eure-Madrie-Seine

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Directeur général des services

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Président, conseiller général de l'Eure et maire d'Aubevoye
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