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"Explosion de charges" pour les régions en cette rentrée scolaire 2019 

Publié le
par
Virginie Fauvel / Localtis
dans

Jeunesse, éducation et formation

Nouvelle compétence information-orientation, réforme du lycée, financement des programmes, manuels scolaires, transition écologique... Régions de France a fait sa rentrée scolaire ce mercredi 4 septembre, évoquant "une explosion de charges" liée aux réformes. 

Pour les régions, la rentrée 2019 s’est faite sous le signe de la réforme du lycée et la mise en place du nouveau baccalauréat. "Cette réforme s’accompagne d’un renouvellement des programmes et donc de la nécessité de renouveler l’ensemble des manuels scolaires de seconde et de première", a rappelé Régions de France lors de sa conférence de presse du mercredi 4 septembre. La gestion de cette situation est un "trou noir en termes de responsabilité publique", regrette François Bonneau, le président délégué de l'association, qui rappelle que depuis une vingtaine d’années, "les régions s’engagent volontairement pour préserver le pouvoir d’achat des familles". Des aides régionales aux allures "protéiformes, entre le choix du tout numérique, le choix du manuel papier classique, ou le mélange des deux". Cette rentrée 2019 entraîne une "explosion" des charges pour un montant global compris entre 260 et 320 millions d’euros, a fait valoir François Bonneau. Une augmentation des dépenses que les régions espèrent voir sortir du dispositif dit des contrats de Cahors en vertu duquel les grandes collectivités et intercommunalités sont soumises à "un objectif d’évolution des dépenses réelles de fonctionnement" et doivent limiter l’augmentation de ces dépenses, "en valeur et à périmètre constant", à 1,2% par an. Le gouvernement pourrait donner suite à cette demande dans les jours qui viennent. 
 

Globalement, les régions estiment avoir respecté les choix pédagogiques exprimés par les établissements et les enseignants sur les commandes des nouveaux manuels. "Si le choix du papier, plus rassurant pour les enseignants, prédomine encore, une impulsion nette a été donnée par les régions en faveur d’un usage plus répandu de ressources numériques". Une impulsion qui s’est traduite par la mise en place d’espaces numériques de travail, tablettes, ordinateurs portables… "Au final, 2019-2020 sera une année de transition puisque les besoins de renouvellement se poursuivront à la rentrée de 2020 avec la mise en œuvre de la réforme en terminale", ont estimé les représentants de Régions de France.

80% des lycées connectés au très haut débit

Les régions assurent maintenir leur investissement pour le numérique éducatif. "Les lycées sont de loin le niveau d’enseignement le mieux pourvu en matière de numérique éducatif, sans aides particulières de l’État", se félicitent-elles, citant :

• l'achat de 480.000 ordinateurs portables et tablettes (selon un décompte partiel), le développement du "Bring Your own Device-BYOD" (Apportez votre équipement personnel) ;

• l'accès de plus de 80% des lycées publics au très haut débit, d'après une étude de l’Observatoire des politiques régionales ;

• la relance et la modernisation des espaces numériques de travail (ENT), parfois partagés avec les départements (par exemple en Occitanie et Grand Est) et même les communes ou intercommunalités (Bourgogne-Franche-Comté).

Kamel Chibli, président de la commission éducation de Régions de France et vice-président de la région Occitanie, fait toutefois remarquer que "sur le numérique éducatif, il faut que les enseignants et les équipes éducatives soient accompagnés dans leurs démarches par les rectorats et par l’État".

Des moyens limités pour la nouvelle compétence orientation 

Cette rentrée est aussi marquée par la mise en œuvre de la nouvelle compétence des régions en matière d’information sur les métiers et les formations (lire notre article du 28 juin 2019 ). "Un formidable défi qui doit leur permettre de faire le lien avec leurs compétences en matière de formation, d’emploi et de développement économique", détaille Régions de France dans son communiqué. 

"Pour cette nouvelle compétence orientation, les régions ont des moyens limités, mais l’ambition de fédérer l’existant." Lors de la conférence de presse, François Bonneau est resté évasif, évoquant la "connexion de deux mondes : celui de l’économie et du social et celui de l’éducation". D'après une enquête réalisée par le Credoc en décembre 2018 et mentionnée par Régions de France, un jeune sur deux déclare ne pas avoir été bien accompagné par son établissement au sujet de l’orientation et 18% des 18-25 ans considèrent qu’ils n’ont pas eu le choix de leur orientation, particulièrement lorsqu'ils sont issus de l’enseignement professionnel. L'enjeu est donc majeur mais les moyens insuffisants. 

Circuits courts dans l’alimentation

Les actions prévues par les régions en matière d'orientation seront adaptées aux caractéristiques, cultures et besoins locaux. Elles ont été précédées de vastes consultations organisées en région pour connaître les attentes des usagers et acteurs.
"Cette nouvelle compétence orientation doit permettre d’éclairer le monde des métiers et des parcours de formations de demain pour les jeunes et leurs familles", déclare François Bonneau. Pour cela, malgré le retrait de leur compétence historique sur la carte des formations en apprentissage opéré par la loi de 2018 "sur la liberté de choisir son avenir professionnel", les régions continuent de défendre une véritable complémentarité entre les lycées professionnels et les CFA. "Il ne faut pas les opposer", estime François Bonneau, préconisant "d’avancer sur deux jambes pendant cette crise de la disponibilité des compétences" et plaidant pour la définition d'une "carte cible" des formations par apprentissage, en lien avec l’ensemble des parties prenantes. "Il y a une crise de la compétence disponible dans beaucoup de secteurs", a-t-il été insisté, exemple à l'appui : "serveurs, cuisiniers et, dans le secteur de la santé, agents hospitaliers, aides-soignants, etc.". "Il faut survaloriser la formation professionnelle", a souhaité François Bonneau, évoquant "une voie promotionnelle".

La transition écologique a également été abordée sous l’angle des circuits courts de la restauration scolaire. Suite à la loi Egalim d'octobre 2018, d'ici 2022, 50% de produits bio, locaux ou sous signes de qualité, dont 20% de bio, devront être intégrés dans la restauration collective. Le président délégué de Régions de France considère que "c’est donner à notre agriculture une possibilité de survie en dehors de la production massive destinée au marché à l’international". Et Kamel Chibli d'ajouter "qu’il faut encore améliorer l’accompagnement sur les marchés publics en répertoriant les différents producteurs, travailler avec les départements et identifier les légumeries". 

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