Michel Tendil

Export : Edouard Philippe remet les régions en selle

Cohésion des territoires

Développement économique

Tourisme, culture, loisirs

La Normandie et Provence-Alpes-Côté d'Azur sont désignées comme régions pilotes du guichet unique d'accompagnement des entreprises à l'export. Ce dispositif baptisé "Team France Export" constitue l'un des pivots de la stratégie gouvernementale pour le commerce extérieur dévoilée par le Premier ministre, le 23 février.

Le nouveau guichet unique d'accompagnement à l'export sera bien placé "sous l'autorité stratégique des régions". Le Premier ministre Edouard Philippe l'a confirmé, vendredi 23 février, lors d'un discours prononcé sur le campus de l'Edhec, à Roubaix. Cette réforme s'inspire directement des recommandations du nouveau directeur général de Business France Christophe Lecourtier. L'objectif : "rendre le dispositif plus simple, plus lisible et plus efficace, et ce en totale coopération avec les régions qui depuis la loi Notre sont responsables de la stratégie d'internationalisation des entreprises", a insisté le Premier ministre. Les quelques couacs de l'automne sur la place des régions dans le dispositif sont à présent derrière. "Trop d'acteurs agissent parfois de manière dispersée et souvent concurrente (…) D'ici quelques mois des guichets uniques verront le jour dans chaque région française", a souligné le chef du gouvernement.
Ces guichets associeront les collaborateurs des chambres de commerce et d'industrie (CCI) et ceux de Business France et apporteront aux entreprises des "conseils de proximité". Deux projets pilotes de cette "Team France" à l'export sont déjà en cours d'expérimentation en Normandie et en Provence-Alpes-Côté d'Azur, depuis quelques jours.
Le Premier ministre souhaite dans le même temps renforcer la place des régions dans la gouvernance de Business France. "Je fais confiance à Jean-Yves Le Drian et Jean-Baptiste Lemoyne (respectivement ministre et secrétaire d'Etat de l'Europe et des Affaires étrangères, ndlr) pour approfondir le dialogue qu'ils ont noué avec les régions", a-t-il déclaré. Le commerce extérieur est en effet officiellement entre les mains du Quai d'Orsay, même si la compétence reste partagée avec Bercy qui a conduit sa propre réflexion sur le sujet dans le cadre du Pacte (plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui débouchera sur un projet de loi au mois d'avril.
"Comme l'a indiqué le Premier ministre, la région est effectivement le bon échelon pour agir. L'échelon qui nous permet aujourd'hui de faire face à la concurrence européenne et internationale et d'organiser une stratégie économique offensive autour d'une cohérence d'ensemble car l'attractivité ne se divise pas", s'est félicité le président de la région Paca Renaud Muselier, qui lancera prochainement la "Team Export Sud" en partenariat avec Business France et la CCI régionale. "Dès cette année, une première promotion d'une trentaine d'entreprises sera accompagnée", précise la région, dans un communiqué du 23 février.

Un déficit commercial de 63 milliards d'euros

Cette idée de guichet unique n'est pas vraiment nouvelle et les régions auront tout à prouver après l'essai peu probant des Prie (plans régionaux d'internationalisation des entreprises) lancés par Nicole Bricq en 2012. Etat et régions s'étaient alors engagés, en vain, à accompagner 10.000 entreprises de plus en trois ans. Or aujourd'hui, la France comptabilise environ 125.000 entreprises exportatrices dont 20.000 à peine sont des exportatrices régulières. Le gouvernement voudrait faire passer ce nombre à 200.000, de manière à réduire un peu l'écart avec l'Allemagne qui caracole en tête avec des excédents records (244 milliards d'euros l'an dernier) et 300.000 entreprises exportatrices.
"Cela fait quatorze ans que chaque année on constate un déficit de la balance commerciale. Et pas petit, le déficit : on parle de 63 milliards d'euros, soit le plus haut niveau jamais enregistré depuis 2012", s'est désolé le Premier ministre pour qui la mise en place d'un interlocuteur unique doit aussi prévaloir à l'étranger . Dans huit pays-test où "le marché de soutien aux exportateurs français est mûr" (Singapour, Japon, Philippines, Hong-Kong, Russie, Norvège, Belgique, et Espagne), "Business France concédera son activité à des structures privées capables de fournir des services de même qualité". Ce qui permettra à Business France de se concentrer sur des marchés "plus complexes", notamment en Afrique. Le Premier ministre a aussi défendu "l'esprit du pack ou de la cordée" (traduction du "chasser en meute") : les comités de filières présenteront "dans quelques mois" leurs stratégies à l'international.

L'anglais, un "levier culturel"

A côté de l'accompagnement, la "seconde jambe" du plan gouvernemental pour le commerce extérieur passe par les financements et les garanties. Là encore, le gouvernement veut "simplifier" et "amplifier" l'existant. Toutes les entreprises exportatrices bénéficieront des garanties de Bpifrance. Par ailleurs, l'assurance prospection sera transformée en avance remboursable, sur la base d'une expérimentation conduite à Lille (à la signature de leur contrat d'assurance, les entreprises recevront une avance de 50% de leur budget prévisionnel).
Mais le Premier ministre est convaincu que la reconquête à l'international passera aussi par le regain de compétitivité des entreprises (à travers les réformes en cours) et par la formation. Il a appelé à actionner "le levier culturel" de la "maîtrise de l'anglais", "première langue de la mondialisation". Ainsi, "l'Etat financera à chaque étudiant, avant d'entrer en premier cycle universitaire au mieux et au plus tard avant la fin de ce premier cycle, une certification internationale en anglais (de type TOEFL, Cambridge, IELTS...)", selon le dossier de presse de Matignon. Le Premier ministre veut aussi étendre ces certifications à l'ensemble des étudiants du supérieur. Les ministres Jean-Michel Blanquer (Education) et Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) lui remettront "d'ici l'été" un rapport sur la généralisation de cette certification sous trois ans. En tout cas, en baptisant son dispositif d'accompagnement la "Team France Export", le gouvernement a déjà pris le pli…
 

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