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Face aux critiques des députés, Élisabeth Borne défend son bilan

Le débat sur le plan Jeunes du gouvernement, organisé mardi 12 janvier à l'Assemblée nationale, a donné lieu à des échanges nourris entre la ministre du Travail et les députés. Les parlementaires, de gauche comme de droite, ont critiqué l'efficacité des mesures du gouvernement, jugées insuffisantes face à la gravité de la crise.

Le plan Jeunes est-il à la hauteur de la crise ? Sur fond de malaise grandissant dans le monde étudiant et d'une pandémie qui dure, le débat sur le plan gouvernemental en faveur de la jeunesse, inscrit à la demande du groupe LREM, a donné lieu à des échanges très vifs entre le gouvernement et les oppositions. "Nous devrions tous pouvoir reconnaître, sans arrière-pensée politique, qu'il s'agit d'un plan massif", a répondu la ministre du Travail, Élisabeth Borne, aux députés qui, des deux bords, ont critiqué le plan "1jeune, 1solution". 

"Vous mettez de l'argent mais le compte n'y est pas, il n'y a pas que les chiffres. Votre choix a été de multiplier les dispositifs existants. C'est une politique du chiffre (…). En l'état, un jeune peut cumuler et écluser les dispositifs mais sans but, sans objectif ni perspective logique ni réelle prise en charge", a lancé le député Les Républicains des Vosges Stéphane Viry. Estimant que le plan n'apporte "pas de solutions nouvelles", il revendique une mesure "plus simple, plus percutante" : mettre en place "un contrat de travail spécifique pour la jeunesse" avec une prise en charge du salaire des jeunes par l'État pendant six mois et suivi "d'une exonération sociale de deux ans en cas d'embauche en CDI". 

Hausse de 10% des jeunes demandeurs d'emploi

"Je ne crois pas qu'il existe une solution miracle", réplique Élisabeth Borne, qui fait au contraire valoir la "diversité" des solutions du plan Jeunes comme la tenue des objectifs fixés : hausse record de l'apprentissage en 2020 et maintien de la dynamique d'embauches de jeunes en CDD et CDI (1 million depuis août) "à un niveau quasi équivalent à 2019". Depuis la mise en place du plan Jeunes, à l'été 2020, elle revendique une baisse du nombre de jeunes demandeurs d'emploi après le pic du confinement. Il n'empêche que, selon les données mensuelles de la Dares, l'institut statistique du ministère du Travail, le nombre de 16-25 ans inscrits à Pôle emploi s'est accru du 10% entre novembre 2019 et novembre 2020.

Et de décliner les premiers résultats du site "1jeune, 1solution" destiné à faire connaître les différentes opportunités aux jeunes : 550.000 visiteurs uniques, près d'un millier d'employeurs inscrits et, bientôt, la 100.000e offre d'emploi déposée sur le site. La ministre du Travail évoque notamment des "envois ciblés de SMS" aux jeunes, afin de maximiser les recours aux différentes aides, accompagnements ou formations. 

Quelle garantie jeunes universelle ? 

À gauche, les critiques ont davantage visé l'insuffisance des aides monétaires versées aux jeunes, qui tombent dans la pauvreté. "Avec le Luxembourg, la France est l'un des rares pays à exclure les jeunes de moins de 25 ans de tout revenu minimum garanti", a lancé le député socialiste Hervé Saulignac (Ardèche), qui prépare une proposition d'un "minimum jeunesse dès 18 ans". "La mesure phare de votre plan n'est pas une aide aux jeunes mais une aide aux entreprises", lui reproche le député La France insoumise du Nord Adrien Quatennens, avant d'ajouter : "Étendre l'accès du RSA aux jeunes ce n'est pas un esprit de défaite (…) c'est une question de survie."

"L'objectif premier, c'est de leur permettre d'accéder à un emploi et de gagner leur autonomie. C'est à ce projet que nous souhaitons travailler", oppose Élisabeth Borne. En 2021, elle assure qu'un million de jeunes seront potentiellement couverts par des aides financières associées à la Garantie jeunes, au Pacea, à l'accompagnement assuré par Pôle emploi, l'Apec (agence pour l'emploi des cadres), les prépas apprentissage, de même que les Epide (établissement pour l'insertion dans l'emploi) ou les Écoles de la deuxième chance. 

Elle concède que la montée en charge de la Garantie jeunes prévue en 2021 - de 100.000 à 200.000 bénéficiaires - "suppose qu'on réfléchisse aux critères d'accueil dans ces dispositifs". Entre 2019 et 2020, le nombre de bénéficiaires a diminué de 11% (de 103.305 à 91.927 jeunes). Suite à la publication du rapport du conseil d'orientation de la jeunesse qui invite à assouplir critères, montants limite et procédures pour obtenir la garantie jeunes, le ministère du Travail a annoncé engager une réflexion sur la "garantie jeunes universelle" qui associera les acteurs de la jeunesse, les parlementaires et les élus. 

Obligation de formation : le gouvernement lance une campagne de communication et un programme d’accompagnement centré sur les 16-18 ans 

En déplacement à Châteauroux (Indre), Jean-Michel Blanquer et Élisabeth Borne, respectivement ministres de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, mettent l’accent ce 14 janvier 2021 sur l’accompagnement des 16-18 ans. "Environ 60.000 jeunes de 16 à 18 ans qui ne seraient aujourd’hui ni en formation, ni en études, ni en emploi, qu’ils soient diplômés ou non" sont en effet désormais concernés par l’obligation de formation qui est entrée en vigueur en septembre 2020, selon un communiqué de ce jour. Un programme spécifique du plan "1 jeune, 1 solution" leur est ainsi destiné, intitulé "La Promo 16-18" et inauguré ce jour par les deux ministres. "Confié à l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), ce programme permettra à 35.000 jeunes en situation de décrochage scolaire de bénéficier en 2021 d’un accompagnement de 13 semaines pour concrétiser un projet d’insertion professionnelle et sociale", précise le communiqué. Les jeunes concernés seront ensuite orientés vers l’apprentissage, un dispositif d’insertion tel que la Garantie jeunes ou la poursuite d’une scolarité. 

Plus globalement, le gouvernement lance ce jour une campagne de communication pour mieux faire connaître l’obligation de formation. Cette campagne de communication avait été demandée notamment par l’ancien président de l’Union nationale des missions locales en juin dernier (voir notre article). Un numéro vert (0 800 122 500) est mis en place, afin de mettre en relation chaque jeune avec les acteurs de l’orientation et de l’accompagnement (services de l’éducation nationale et missions locales) de sa région. La campagne s’appuiera également sur "un kit de documents et une diffusion sur les réseaux sociaux fréquentés par les jeunes" et une plateforme en ligne gérée par l’Onisep (Office national d'information sur les enseignements et les professions). 

Le communiqué rappelle que la mise en œuvre de l’obligation de formation repose sur une coopération entre les deux ministères, Éducation nationale et Travail, et le lien entre leurs systèmes d’information. Cela se traduit sur le terrain par une collaboration renforcée entre les missions locales et les centres d’information et d’orientation (CIO), pour repérer les jeunes mineurs "Neet" ("Not in education, employment or training"), les "remobiliser" et les accompagner vers l’entrée en formation (plutôt alors via le réseau Foquale, Formation-Qualification-Emploi, de l’Education nationale) ou vers un dispositif d’insertion professionnelle (plutôt, dans ce cas, par les missions locales). A noter que les régions, malgré leur rôle notamment en matière d’orientation et de formation professionnelle, ne sont pas mentionnées par le communiqué.  
Caroline Megglé pour Localtis 

 

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