Politique de la ville - Face à la crise, la banlieue limite les dégâts

En 2010, les 751 zones urbaines sensibles ont résisté tant bien que mal à la crise avec une progression de deux points du taux de chômage, selon le rapport de l'Onzus publié le 2 novembre. Un rapport qui se penche par ailleurs sur la composition de la population : plus d'un habitant de ZUS sur deux est issu de l'immigration.

Pour le ministre de la Ville Maurice Leroy, s'il n'y a pas eu d'émeutes en banlieue depuis 2005, c'est grâce aux milliards d'euros de la politique de la ville. C'est oublier au passage les émeutes de Villiers-le-Bel de 2007, pour ne citer qu'elles. Mais le rapport 2011 de l'Onzus (Observatoire national des zones urbaines sensibles), présenté ce 2 novembre, lui fournit un nouvel argument. La banlieue a résisté tant bien que mal à la crise. Moins qualifiés, moins diplômés, les habitants des quartiers auraient dû être les premières victimes du ralentissement de l'activité économique. Le chômage y est certes toujours beaucoup plus élevé qu'ailleurs, mais il ne s'est pas envolé. Il a progressé de 2,3 points, à 21%. Il atteint 42% chez les jeunes (15-24 ans). Si Maurice Leroy y voit un motif de satisfaction, la situation reste très tendue. Ce sont les résultats les plus élevés depuis 2003, indique l'Onzus.
Pour contenir le chômage, le ministre compte sur les contrats aidés et la prolongation jusqu'en 2014 des ZFU (zones franches urbaines), qui devront recruter un salarié sur deux en ZUS. 383 millions d'euros leur seront consacrés dans le budget 2012. Mais le dispositif devra être rénové. L'Onzus note même qu'il s'essouffle. S'agissant des contrats, le ministre évoque les 45.000 contrats d'autonomie qui seront signés fin 2011 mais ne dit mot des 8.000 nouveaux contrats qui devaient être programmés en 2012. Entre-temps, un amendement au projet de loi de finances pour 2012, adopté le 27 octobre par la commission des finances de l'Assemblée nationale, entend transférer les 9 millions d'euros prévus initialement pour les contrats d'autonomie vers les contrats de professionnalisation. Sur ces contrats aidés, le rapport constate une surreprésentation des ZUS dans l'attribution des contrats uniques d'insertion (CUI) du secteur non-marchand. 52.000 habitants de ZUS ont été recrutés en CUI en 2010, soit près de 11% du total. Le ministre se félicite aussi de la progression du statut de l'auto-entrepreneur avec une installation sur trois en ZFU. Chiffre qui traduit "l'énergie des forces vives des quartiers". Reste à savoir combien d'activités réelles il recouvre.

Immigration

En matière scolaire, le nombre d'élèves a baissé de 12% en cinq ans, taux qui atteint 15,3% chez les seuls collégiens. Ce qui permet aux ZUS de se prévaloir d'un taux d'encadrement plus élevé qu'ailleurs.
Autre thème de premier plan lorsqu'on évoque les banlieues : la sécurité. Dans les 751 ZUS, les atteintes aux biens restent inférieures de 10% au reste de leur circonscription. En revanche, les atteintes aux personnes y sont supérieures de près de 6%.
A côté de cet état des lieux de la banlieue, le rapport de l'Onzus fournit cette année un éclairage sur la composition de la population des ZUS. 52,6% des 4,5 millions de personnes vivant en ZUS sont issues de l'immigration. Un taux qui atteint 64% en région parisienne. Les personnes originaires du Maghreb sont proportionnellement les plus nombreuses (les immigrés représentent 13,2% de la population totale des ZUS et les descendants d'immigrés 14,7% ), suivis de ceux venus d'Afrique subsaharienne. Le taux de chômage est plus faible chez les immigrés (19,2%) que chez les descendants d'immigrés (28,6%). Contrairement à une idée répandue, seulement 3% des habitants des quartiers disent avoir été discriminés à l'embauche en raison de leur lieu de résidence. Alors que les données sur l'origine des habitants des ZUS avaient disparu depuis 2004,  comme le regrettait le Haut Conseil à l'intégration dans son rapport remis au Premier ministre en avril 2011, l'Onzus semble faire amende honorable en reprenant une citation du sociologue Jacques Donzelot : "On peut estimer que la politique de la ville fut le nom donné à une politique d'intégration des immigrés qui n'osait dire son nom."

Et la DSU dans tout ça ?

Le montant total de la dotation de solidarité urbaine et de cohésion sociale (DSU) pour 2011 s'établit à 1,31 milliard d'euros, soit 6,24% de plus qu'en 2010, indique le rapport de l'Onzus. 731 communes de plus de 10.000 habitants (soit les trois quarts de ces communes) en ont bénéficié, pour une dotation moyenne par habitant, hors garantie, de 48 euros. Dans cette catégorie de communes, douze étaient nouvellement éligibles en 2011, tandis que cinq perdaient le bénéfice de cette dotation. 237 communes ont vu leur dotation progresser d'au moins 1,5 % par rapport à celle de 2010 et 249 ont été éligibles à la "DSU cible". Parmi ces dernières, 180 comptaient sur leur territoire une ZUS et/ou une ZFU. S'agissant des communes de 5.000 à 10.000 habitants, on compte 113 communes bénéficiaires, pour une dotation moyenne par habitant de 86 euros (une moyenne qui cache cependant d'importants écarts, de 407 euros à 16 euros…). Sur ces 113 communes, 30 communes étaient éligibles à la DSU cible – dont 17 comprenant des ZUS et/ou des ZFU. L'Onzus rappelle qu'un "coefficient ZUS" et un "coefficient ZFU" sont utilisés dans le calcul de l'indice synthétique servant à la répartition de la DSU et qu'en ce sens, "le mode d'attribution de la DSU intègre bien des éléments définis dans le cadre de la politique de la ville". En notant toutefois que "la notion de 'quartier', qui définit le périmètre d'intervention de la politique de la ville, ne se limite pas aux ZUS et aux ZFU". Et pourtant, si la DSU "représente, parmi les dispositifs péréquateurs existants, la plus importante dotation versée par l'Etat aux communes", la question de sa "pleine articulation" avec la politique de la ville "demeure posée", estime l'Onzus, qui invite donc le législateur à se pencher sur "la relation entre péréquation et politique de la ville".
C.M.


 

 

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