Moselle

Forbach (57) : bilan du quartier d'habitat pour gens du voyage en voie de sédentarisation

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Considérés comme une solution pour intégrer les gens du voyage enracinés dans une commune, les quartiers d'habitats adaptés se développent. A Forbach, 55 pavillons, sous la houlette du Ccas et de la Sonacotra, ont été construits et sont aujourd'hui habités. Méthode : des réponses sur mesure.
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Le quartier d'habitat adapté pour gens du voyage en cours de sédentarisation de Holweig à Forbach (Moselle) est le fruit d'un partenariat entre le Ccas de la commune et la Sonacotra. L'expérience capitalisée depuis la livraison du premier pavillon en 2001 est aujourd'hui utilisée pour la réalisation de quartiers similaires à Nice, Marseille ou encore Strasbourg. "Les quartiers d'habitat adapté concernent des familles considérées comme en voie de sédentarisation et ne doivent pas être confondus avec les aires d'accueil que nous gérons par ailleurs pour des populations nomades ou semi-nomades", explique Brunot Guillomot, chef de la division "gens du voyage" à la Sonacotra. "Nous devons travailler au cas par cas. A Forbach, nous avons conçu des emplacements pour les caravanes adossés à chaque logement, car même locataires de pavillons les familles qui vivent sur le site n'abandonnent pas l'idée de voyager", précise-t-il. Désiré Vermeerch, président de l'Association sociale nationale internationale tzigane (Asnit), confirme cette idée. "Les mots de sédentarisés ou de nomades ne veulent rien dire pour nous Tziganes. Les quartiers d'habitat adapté peuvent correspondre à notre mode de vie, car, comme les marins, nous avons besoin d'un port d'attache."

Pas d'interlocuteur représentatif

Néanmoins, concevoir un quartier d'habitat adapté est une aventure de longue haleine. "Si ceux qui veulent nous faire habiter quelque part ne nous écoutent pas, ils font des erreurs qui conduisent à des situations invivables pour tout le monde", déplore le responsable de l'Asnit. Considérée aujourd'hui comme une réussite, l'opération de Forbach n'en a pas moins connu bien des déboires. Les auvents prévus pour abriter les caravanes ne remplissent que rarement cette fonction, soit parce que les formats des véhicules ne sont pas standards, soit parce que des familles n'en possèdent plus. Des projets d'aménagement paysagers n'ont pas été menés à bien car de nombreux habitants privilégient une conception plus utilitaire que décorative de l'espace. "Pendant plus de dix ans, nous avons multiplié les efforts de concertation avec les futurs locataires, mais il très difficile de trouver des interlocuteurs représentatifs de l'ensemble des familles. Au-delà des conflits de personnes au sein du groupe, la ville et ses partenaires se retrouvent en face de plusieurs associations pour la plupart animées par des sédentaires aux conceptions différentes de la culture des gens du voyage, et qui se livrent à des luttes d'influence", constate Jean-Jacques Adam, directeur du Ccas de Forbach. A travers tout le territoire, de nombreuses collectivités confirment le constat d'un dialogue rendu difficile par la diversité des ethnies et des religions.

Une stabilité exemplaire

Même l'Asnit, seule organisation Tzigane d'ampleur nationale fédérant des membres de toutes les cultures ne peut prétendre représenter l'ensemble des ces populations. De plus, la précarité économique de la plupart des familles constitue un facteur aggravant des tensions. Elle brouille les phases de concertation lors de l'élaboration d'un projet. "A Forbach, nous avons dû tenir compte dès le début de l'évolution des familles sur le long terme. Ainsi, nous avons aménagé des espaces pour que les jeunes qui se mettent en ménage puissent installer une caravane près du pavillon loué par les parents en attendant qu'un logement soit disponible pour le nouveau couple et ses éventuels enfants", raconte Bruno Guillomot. De son côté, le Ccas de Forbach constate que, non seulement la composition des familles évolue rapidement, mais aussi que les activités économiques et les situations sociales sont très changeantes. "Les familles, qui au début des concertations militaient pour un mode de vie nomade, ne voyagent plus que pendant les vacances. D'autres au contraire ont repris des activités itinérantes dans la région tout en restant enracinées à Forbach", raconte Jean-Jacques Adam. Néanmoins, avec seulement quatre sorties sur les trente-trois logements loués dès 2001, les résidents du Holweig se révèlent, aux yeux de la Sonacotra, d'une stabilité exemplaire.
Ils se sont même opposés à un projet de création? d'une aire d'accueil à proximité du quartier et ne tolèrent que la visite de personnes ayant des liens familiaux directs avec les locataires. "Ces familles se sont fixées sur le site depuis 60 ans et sont devenues de fait des citoyens de Forbach. Nous ne craignons nullement que le quartier d?habitat n'attire de nouveaux groupes des gens du voyage. Pour la commune il s'agissait de réaliser enfin une incontournable opération de résorption de l'habitat insalubre", explique le directeur du Ccas en se félicitant d?avoir trouvé un bailleur social acceptant de relever le défi d'un chantier sur un site occupé et de se plier aux exigences de la municipalité en terme de qualité des logements.

(*) L'Asnit revendique 200.000 membres, soit environ 50% de la population concernée.

Olivier Berthelin / Innovapresse Reims pour Localtis

"La mixité culturelle n'est pas à l'ordre du jour"

Gilles de Warren est le directeur de l'agence de Moselle de la Sonacatra.

Quels enseignements vous apporte l'expérience de Forbach ?

Du point de vue du bailleur social, Forbach constitue une expérience positive. Bien qu'ayant mauvaise réputation, ce quartier ne nous pose aucun problème spécifique. Nous entretenons donc des relations tout à fait normales avec ces locataires qui règlent les loyers et ne nous interpellent que sur des problèmes ordinaires d'entretien des locaux.

Jusqu'où va votre partenariat avec le Ccas ?

Le Ccas suit les familles et examine les demandes de logements en tenant compte des critères de notre commission, nous évitant ainsi d'avoir à arbitrer l'attribution des logements. La première année, il a détaché un éducateur pour aider les familles à s'adapter à des maisons en dur. Aujourd'hui, cette médiation n'est plus utile.

Ce quartier d'habitat adapté peut-il servir de modèle ?

Nos collègues de Strasbourg s'en inspirent pour concevoir leur projet, mais ils doivent l'adapter à leur situation particulière. Sur le fond, nous nous interrogeons cependant sur la nature de ce quartier où la mixité culturelle n'est pas à l'ordre du jour. Bien qu'il soit complètement ouvert sur l'extérieur, la population identifie clairement ce site comme ne pouvant être que celui des gens du voyage et nous ne recevons aucune demande de personnes non Tziganes.

 Aller plus loin sur le web :
 
Site de la Sonacotra
http://www.sonacotra.fr/index.htm
 

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