Hébergement d'urgence : la gestion au thermomètre va laisser la place à une programmation pluriannuelle

La ministre du Logement a annoncé le "changement complet de modèle" de la gestion de l'hébergement d'urgence, en réponse à la demande des associations et dans le prolongement de l'évolution entamée pendant la crise sanitaire. Ce ne sera toutefois pas pour tout de suite. Une feuille de route doit être élaborée. Mais les principes sont posés.

Dans un communiqué du 6 septembre, Emmanuelle Wargon annonce qu'elle "s'engage pour un changement complet de modèle avec la programmation pluriannuelle des places d'hébergement d'urgence". Ce communiqué reprend et confirme le courrier adressé le même jour à Pascal Brice, le président de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Celui-ci lui avait en effet écrit le 1er septembre "pour lui proposer d'engager une réflexion collective sur une loi de programmation 'De la rue à l'hébergement ou au logement'".

"Construire une politique structurelle, avec une visibilité sur le long terme"

La rapidité de la réponse à ce courrier montre que l'annonce était préparée de plus longue date. Au demeurant, cette perspective d'un abandon de la "gestion au thermomètre" (ouverture ou fermeture des places d'hébergement d'urgence en fonction des saisons), au profit d'une programmation pluriannuelle des places, ne fait que confirmer et amplifier l'évolution apparue durant la crise sanitaire. Celle-ci a en effet conduit le gouvernement, non seulement à créer 40.000 places supplémentaires, mais aussi à annoncer, en mai dernier,  la pérennisation, jusqu'au printemps 2022, de la capacité d'hébergement d'urgence ainsi portée à 200.000 places (voir notre article du 21 mai 2021).

Dans son communiqué, la ministre du Logement explique que "malgré ce nombre de places d'hébergement historiquement élevé, il reste encore trop de personnes sans solution, à la rue ou hébergées dans des structures qui ne sont pas adaptées, comme les hôtels". Conséquence : "Il est nécessaire de mettre définitivement fin à la gestion dans l'urgence et de construire une politique structurelle, avec une visibilité sur le long terme, en lien avec les associations". Dans son courrier au président de la FAS, la ministre se dit donc "très favorable au principe d'une programmation pluriannuelle de l'hébergement et du Logement d'abord". Elle estime qu'"il s'agit aujourd'hui d'engager une réforme structurelle d'ampleur, dans la dynamique du plan Logement d'abord et de la politique d'hébergement que nous avons menée ensemble en 2021 et 2021. Nous devons construire ensemble une politique publique ambitieuse pour réduire drastiquement le sans-abrisme et proposer des solutions dignes et durables aux personnes"

Une  feuille de route pour la Dihal

Pour mettre en œuvre ces orientations, Emmanuelle Wargon a demandé à la Dihal (délégation interministérielle à l'hébergement et l'accès au logement) de travailler dès à présent avec la FAS et les associations du secteur pour poser les bases de cette programmation. La "feuille de route du service public de la rue au logement" de la Dihal prévoit sept grands axes : mettre en place le service public de la rue au logement, développer les leviers structurels du déploiement du Logement d'abord, mettre la performance sociale au cœur de la lutte contre le sans-abrisme, prévenir les ruptures (mise en œuvre du 3e plan interministériel de lutte contre les expulsions), développer une stratégie globale de prise en compte des gens du voyage, transformer les foyers de travailleurs migrants et, enfin, agir sur tous les leviers mobilisables pour résorber les bidonvilles. Chacun de ces axes prévoit lui-même un certain nombre de mesures.

La démarche engagée se situe clairement dans le moyen terme et, plus prosaïquement, au-delà de la prochaine présidentielle. Emmanuelle Wargon indique en effet que "le rendu des groupes de travail aura lieu au premier trimestre 2022" et il faudra ensuite formaliser et adopter la programmation pluriannuelle. En contrepartie de cet investissement, celle-ci permettra "d'avoir une visibilité sur le nombre de places sur cinq ans et de prévoir, programmer, anticiper et transformer les places en fonction des besoins des territoires et des publics. Elle améliorera l'accompagnement des personnes  en leur proposant des solutions dignes et adaptées".

 

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