Insertion par le sport : les collectivités interviennent de façon encore désordonnée

L'insertion professionnelle par le sport est une piste de plus en plus privilégiée par les collectivités territoriales. Mais leurs interventions par "à-coups", qui s'appuient souvent sur le secteur associatif, nuisent à la pérennisation des dispositifs.

En matière d'insertion par le sport, l'intervention des collectivités locales se fait par "à-coups souvent pertinents mais peu ancrés avec les stratégies emploi-insertion des territoires". Ce constat ressort du Panorama national de l’insertion professionnelle par le sport, publié fin juin sous le pilotage de l’Afdas (opérateur de formations, entre autres, dans les secteurs de la culture, du tourisme et du sport) et de l’Observatoire des métiers du sport, en association avec, notamment, le haut commissariat aux Compétences, la délégation générale à l'Emploi et à la Formation professionnelle (DGEFP) et le ministère des Sports.

Le périmètre de l’insertion professionnelle par le sport, que les auteurs qualifient de "véritable nébuleuse", touche aujourd'hui environ 20. 000 bénéficiaires par an. Parmi eux, 40% résident dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), 55% bénéficient d'une prescription par le service public de l’emploi local ou les acteurs socioéducatifs et 60% accèdent au marché du travail. Ce qui fait dire aux auteurs du rapport que "le sport permet d’activer un certain nombre d’espaces privilégiés de rencontres, notamment avec les acteurs économiques et en particulier les entreprises", ou qu'il constitue "un terrain d’atterrissage privilégié, avec de nombreux débouchés, à travers l’emploi sportif et à travers la mise à disposition, la mutualisation ou le portage salarial sur un secteur élargi (sport, loisir, animation, tourisme), incluant des transférabilités [sic] vers d’autres secteurs et horizons professionnels".

Le sport au cœur des politiques locales

L’insertion par le sport arrive donc "à point nommé à la croisée de situations qui appellent son intervention", explique le rapport. Car si on constate "un enkystement du chômage, notamment dans les QPV" ainsi qu'une "difficulté sérieuse et réelle à toucher tous les publics, de plus en plus difficilement mobilisables", les acteurs traditionnels, eux, "cherchent à se renouveler" et interpellent de plus en plus le sport sur son rôle social. Parmi ces acteurs, les collectivités territoriales envisagent le champ sportif comme "un secteur au cœur des problématiques politiques (santé, social, économique…) et s’avérant particulièrement porteur au croisement de la demande sociale et du dynamisme économique".

"Pour autant, précise le rapport, les collectivités territoriales interviennent peu ou pas en régie sur l’insertion par le sport." Au mieux, ajoute-t-il, "elles s’appuient sur des associations délégataires spécialisées, pour mettre en œuvre leurs programmes". De fait, le financement public, distillé par "à-coups" à travers des appels à projet plutôt que par le biais de politiques publiques de droit commun, "ne favorise pas l’ancrage dans le temps ni la structuration/professionnalisation des interventions".

Éparpillement et complexité

Il en résulte qu'aujourd’hui, "rares sont les collectivités qui ont une stratégie assumée et formalisée sur l’insertion professionnelle par le sport, inclues dans leurs plans d’insertion". Selon le rapport, les interventions sont "plus ou moins structurées et structurantes, sortes d’à-coups souvent pertinents mais peu ancrés avec les stratégies emploi-insertion des territoires, assez peu pensés en logique décroisée entre directions des sports et directions insertion du côté des EPCI". En outre, elles interviennent indirectement, le plus souvent au travers de leurs conventions avec des acteurs traditionnels comme les missions locales ou la prévention spécialisée. Résultat : l'insertion par le sport dans la politique de la ville constitue "une thématique souhaitée, encouragée, mais qui se développe lentement."

Les collectivités ne sont toutefois pas les seuls acteurs publics à recourir à ces dispositifs. Ainsi, le rapport cite le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) qui, s'il n’inclut pas de financement spécifique lié à l’inclusion par le sport, finance de nombreux projets qui ont fait de la pratique sportive un élément central du parcours des participants. Près d’un projet sur cinq relevant du PIC s'appuie sur le sport comme levier.

Globalement, le rapport juge qu'"au final, le manque d’identification institutionnelle, l’éparpillement et la complexité des dispositifs, l’absence de gouvernance interministérielle et la fragilité des financements ne permettent pas encore le plein développement du potentiel du secteur".

Parmi les propositions émises par les rapporteurs, on relève la volonté de renforcer la pérennisation des actions nationales pilotes et remarquables des grands acteurs nationaux et de soutenir financièrement leur essaimage aux différentes échelles territoriales. Mais encore le désir d’appuyer le déploiement de nouvelles actions/expérimentations, notamment vers de nouveaux types de public encore peu couverts par ces initiatives, comme les habitants des zones de revitalisation rurales (ZRR). Et enfin la nécessité d'étudier l’opportunité et la faisabilité d’un label ou d’un mode de certification de la qualité des actions d’insertion par le sport qui permettraient aux acteurs (État, collectivités, etc.) d’identifier les intervenants les plus pertinents.

 

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