Propos recueillis par Emilie Zapalski

Missions locales - Jean-Patrick Gille craint de la "précipitation" dans le Plan d'investissement dans les compétences

Emploi

La semaine nationale des missions locales démarre ce jeudi 15 mars 2018. L'occasion pour le réseau de mieux faire connaître l'action qu'il mène auprès des jeunes, mais aussi auprès des entreprises. Un enjeu important à l'heure où le Plan d'investissement dans les compétences (PIC) entre dans sa phase de mise en œuvre, avec les premières conventions d'amorçage signées entre l'Etat et les régions, qui seront suivies dans un deuxième temps par les pactes régionaux d'investissement dans les compétences. Jean-Patrick Gille, député d'Indre-et-Loire et président de l'Union nationale des missions locales (UNML), insiste sur la nécessité d'innover dès cette première phase, et de prendre en compte les missions locales dans l'élaboration de l'offre de formation.

Localtis : Quels sont les enjeux de la semaine nationale des missions locales organisée du 15 au 23 mars 2018 ?
Jean-Patrick Gille : Il s'agit de la troisième saison de la semaine nationale des missions locales. C'est l'occasion de mieux faire connaître, aux parents et aux partenaires, l'action des missions locales à travers des opérations de proximité. Nous organisons cette année un festival des films réalisés par des jeunes du 14 au 16 mars à Cannes. Les films sélectionnés seront diffusés sur la nouvelle web TV Vox Milo. Nous avons aussi lancé une opération auprès des jeunes, à travers des questionnaires, pour connaître leur perception des missions locales, avec un traitement des réponses en direct.

L'heure est au déploiement du Plan d'investissement dans les compétences (PIC). Quelle est la place des missions locales dans ce plan et comment cela se passe-t-il ?
Pour le plan précédent, le plan 500.000 formations, nous avions été un peu mis à l'écart et nous ne souhaitions pas que cela se reproduise, d'autant plus qu'un million de jeunes sont ciblés et que nous avons donc toute notre place. Là nous sommes associés et nous participons au comité de pilotage. Mais nous restons vigilants car le plan est organisé en deux phases, d'abord des conventions d'amorçage signées entre l'Etat et les régions, puis les pactes régionaux d'investissement dans les compétences. Et nous craignons que pour la première phase, cela se déroule un peu comme pour le plan 500.000, sans réelle créativité ou innovation. Or, il faut impulser le changement dès le début. Nous souhaitons être associés à la prescription, ce qui est quasiment acquis, mais aussi avoir un mot à dire sur l'élaboration de l'offre de formation. Nous sommes souvent vus comme des opérateurs, comme un Pôle emploi pour les jeunes, alors que tout notre travail sur le terrain - avec 9.000 conseillers qui sont au contact des jeunes mais aussi des entreprises - n'est pas toujours pris en compte.

Il semble par ailleurs que la situation financière des missions locales soit tendue par endroit...
Notre budget s'élève à 206,5 millions d'euros (budget de l'Etat pour 2018, ndlr), hors garantie jeunes. En théorie, cela signifie que nos crédits sont maintenus par rapport à l'année précédente, et ont même un peu augmentés. Pourtant, sur le terrain, nous avons d'autres retours. Nous ne retrouvons pas tout à fait nos crédits, nous observons même des baisses de 4 à 10%... Tout ceci crée un risque de tension au sein des missions locales. Car d'un côté, notre réseau tire le diable par la queue - il lui manque quelque millions d'euros pour bien fonctionner - et, de l'autre côté, des financements massifs arrivent en région à travers le PIC, qui représente quelque 650 millions d'euros pour chaque région. Les régions sont quant à elles paniquées à l'idée de savoir comment elles vont gérer ces sommes et certaines sont tentées par l'idée d'en déléguer une bonne partie à Pôle emploi. Il y a une sorte de précipitation qui nous inquiète un peu alors que les moyens financiers permettraient de faire des choses extraordinaires. Sur le plan financier, nous avons également un autre problème : l'allocation que peut percevoir un jeune dans le cadre du PACEA (le parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie) est en forte régression.

Où en est  l'évaluation de la performance des missions locales, que ce soit au niveau des indicateurs décidés avec le gouvernement ou des pratiques de certaines régions, comme les Hauts-de-France, qui ont choisi de conditionner le financement des missions locales à leur performance ?
Nous avons construit un vrai dialogue avec l'Etat, il faut le construire avec Régions de France. Nous allons les rencontrer pour en discuter. Avec la décentralisation, chaque région invente ses propres dispositifs. Nous souhaitons que les régions, qui financent 20% du réseau, puissent affiner leur commande auprès de nous. Nous ne sommes pas des forcenés de la performance mais nous suivons de près ce qui se passe, notamment dans les Hauts-de-France.
Côté statistiques, nous nous sommes rendu compte d'un problème de comptabilisation des premiers accueils, qui semblaient baisser alors que le nombre de jeunes suivis se maintenait. Nous pensions qu'il y avait une baisse du nombre de jeunes accueillis pour la première fois mais il s'agissait en fait juste d'un changement dans le mode comptable : auparavant, un jeune qui se rendait à une mission locale, qui partait et qui revenait était comptabilisé plusieurs fois. Aujourd'hui, il ne l'est plus qu'une fois.

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