Jeunes et logement social : un problème de stock, plus que de flux

Contrairement aux idées reçues, les jeunes n’ont pas moins accès au logement social que les autres classes d’âge, selon une étude de l’Union nationale des Cllaj se fondant sur les demandes et les attributions effectuées entre 2017 et 2019. Les moins de 30 ans sont même plutôt surreprésentés dans les attributions, même si cela ne suffit pas à rééquilibrer une situation globalement défavorable aux jeunes qui ne représentent que 8% des titulaires d’un bail dans le parc social.     

Le non-recours des jeunes au logement social : mythe ou réalité ? Pour répondre à cette question, l’Union nationale des comités locaux pour le logement autonome des jeunes (Uncllaj) s’est penchée sur les données disponibles sur l’offre (répertoire du parc locatif social), la demande (système national d’enregistrement de la demande de logement social) et les bénéficiaires (fichier national sur l’occupation du parc, alimenté par l’enquête annuelle des bailleurs sociaux auprès de leurs locataires). Et, dans une étude qu’elle vient de rendre publique, l’Union nationale des Cllaj apporte un démenti à la représentation dominante. Les jeunes sont certes concernés par le non-recours au logement social, mais plutôt moins que les autres classes d’âge.  

L’étude porte sur les trois années ayant précédé la crise sanitaire, de 2017 à 2019. En termes de stock, les auteurs rappellent que les jeunes sont clairement sous-représentés dans le parc social, puisque les 18-29 ans ne constituent que 8% des titulaires d’un bail (dont 6% pour les 25-29 ans) alors que les 15-29 ans représentent 21% de la population. En termes de flux, cependant, le non-recours est loin d’être spécifique aux jeunes. Ainsi, si 70% des ménages français sont éligibles au logement social, quelque 2,6 millions de demandes ont été formulées en 2018, soit 88% de non-recours "tous ménages confondus". Ce non-recours concerne toutes les classes d’âge, même si les jeunes sont légèrement surreprésentés dans la demande. 

En 2018, un logement social sur trois a été attribué à un ménage de moins de 30 ans 

A la surprise des auteurs de l’étude, les jeunes sont également, et plus nettement, surreprésentés dans l’attribution de logement social. "On s’attendait à un phénomène de non-priorisation des demandes des jeunes par rapport aux demandes des autres ménages qui mécaniquement, on le pensait, avaient plus de chance d’être priorisés dans les attributions", a expliqué Pierre Gattegno, chargé de projet pour l’Uncllaj, lors d’une conférence numérique organisée le 18 janvier 2022. Or, en 2018, 30% des attributions ont bénéficié à des ménages de 18 à 29 ans, soit une attribution sur trois. "C’est inattendu par rapport à des représentations des professionnels qui étaient très différentes", commente Pierre Gattegno. Une baisse a toutefois été observée entre 2017 (33% des attributions au bénéfice des jeunes) et 2019 (29%).

Autre idée reçue battue en brèche par cette étude : les jeunes demandent et obtiennent majoritairement des T2 et T3, et non pas d’abord des studios, ce qui alimente une concurrence forte sur ce type de logements qui sont les plus demandés. Comme pour le reste de la population, le premier motif de demande chez les jeunes est l’absence de logement propre (jeunes sans domicile fixe ou hébergés par des tiers) et le second est le caractère inadapté du logement (coût, taille, localisation…).  

Une attention portée aux jeunes… encore "insuffisante pour rattraper le déficit d'occupation du parc social"

"La plus grande attention portée aux jeunes dans la satisfaction de leur demande est vraisemblablement récente et insuffisante pour rattraper le déficit d'occupation du parc social par les jeunes à moyen terme", peut-on lire dans la synthèse de l’étude. En effet, la crise généralisée du logement affecte plus particulièrement les jeunes, "en tant que public plus fragile", rappelle Tommy Veyrat, délégué général de l’Uncllaj. "Ceux qui ont le plus de difficultés sociales sont dans le parc le plus cher", relève-t-il notamment, alors que près de 60% des 18-30 ans sont logés dans le parc locatif privé, contre 23% pour l’ensemble de la population. 

L’Union nationale des Cllaj formule donc plusieurs propositions pour "renforcer le rôle du parc social dans la construction de l’autonomie des jeunes". Elle appelle en particulier à agir sur le stock, en privilégiant le financement de la construction de logement social sur celui du logement privé. L’Uncllaj insiste par ailleurs sur la nécessité de "faciliter les transitions résidentielles des jeunes en mobilité", par exemple en encourageant les demandeurs d’APL à formuler dans le même temps une demande de logement social. Pour un "logement de droit commun", l’Uncllaj recommande la mise en place à l’échelle du bassin de vie d’un "dispositif territorialisé systématique de diagnostic habitat et d’accompagnement à l’accès au logement".       

 

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