Jeunesse et écologie : le renforcement des compétences en tête des préoccupations

Former tout le monde, dès le plus jeune âge, aux enjeux du climat et de la biodiversité et orienter un maximum de jeunes vers les métiers de la transition écologique : telle est la priorité qui est ressortie de la rencontre du CNR Jeunesse qui s’est tenue le 23 janvier 2023 entre la Première ministre, accompagnée de plusieurs ministres, et de jeunes aux profils variés.     

"Notre génération a grandi et muri en même temps que la prise de conscience de l’urgence écologique, notre génération sera encore active en 2050" et "environ six jeunes sur 10 se déclarent inquiets voire très inquiets" au sujet du changent climatique. Selon Angel Prieto, du collectif d’étudiants et de jeunes diplômés Pour un réveil écologique, "pour combattre cette éco anxiété la recette est simple : nous devons donner aux jeunes les clés pour agir".

Dans le cadre du Conseil national de la refondation (CNR) Jeunesse, la première des quatre "rencontres de Matignon", programmées pour alimenter "une feuille de route pour la jeunesse" (voir notre article), a eu lieu le 23 janvier 2023, en présence de la Première ministre, des ministres de la Transition écologique, de la Transition énergétique, de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, de l’Enseignement supérieur et de la recherche et de la secrétaire d’État en charge de la Jeunesse et du service national universel. Une réunion qui fait suite à un "forum des jeunesses" qui a réuni, du 19 au 22 janvier, 200 jeunes sur les "conditions de réussite de la transition énergétique".

Rendre ces métiers "sexy" pour former suffisamment de jeunes

Au cœur des échanges de cette rencontre : la question de la formation. La jeunesse est "relativement mal formée" aux enjeux écologiques, sept jeunes sur dix en France ne sachant par exemple pas définir la neutralité carbone, met en avant Léa Falco du collectif Pour un réveil écologique. Sa demande porte à la fois sur un renforcement du "socle de connaissances" transmis à chacun, notamment au moment du collège, et sur la mise en place d’un parcours de découverte, tout au long du parcours scolaire, des "métiers verts".

Le besoin de compétences et de "gens qui s’engagent dans ces métiers" est "un vrai sujet", confirme Elisabeth Borne. "Juste sur le nucléaire, on a besoin de recruter 10% des ingénieurs formés en France. Si j’additionne la rénovation thermique, la sobriété… les ingénieurs, les techniciens, je les trouve où ?", ajoute Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. Certaines formations sont peu connues et "difficiles d’accès quand on vient d’une filière générale", témoigne un étudiant en BTS "froid conditionnement air", qui précise que "les pompes à chaleur actuellement en plein essor reposent sur le cycle frigorifique".

"Ces boîtes ne sont pas ‘sexy’ maintenant mais ce sont les Gafas de demain", affirme Arthur Auboeuf, cofondateur de l’entreprise à mission "Time for the planet". Ce dernier appelle à miser sur des innovations "structurantes dans la décarbonation" et à réindustrialiser pour "créer de l’emploi qui fait sens" et ainsi offrir des perspectives aux jeunes.  

Formations, rénovation : le gouvernement veut accélérer

"Adapter les formations initiales, les formations continues, nos systèmes éducatifs, c’est engagé, il faut sans doute aller plus vite", réagit la Première ministre, qui dit retenir l’idée d’un "Toefl de l’écologie" qui permettrait de certifier des connaissances et compétences. Le jeune étudiant qui formule cette proposition est en train de créer l’association "Banlieues climat", avec l’un des fondateurs de "Banlieues santé", pour "réintroduire les questions climatiques dans les quartiers populaires". Selon lui, l’alternative n’est pas "fin du mois contre fin du monde" mais "fin du mois contre fin du mois encore plus compliquée" et la formation des plus précaires sur ces sujets est donc indispensable. 

A l’école, 250.000 éco-délégués sont désormais installés et 10.000 établissements – sur un total de 60.000 – sont entrés dans une démarche de certification E3D (école en démarche globale de développement durable). "On a encore des progrès à faire, mais ça fait une différence", notamment sur la thématique du bâti scolaire, souligne Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Dans l’enseignement supérieur, un plan de formation de tous les enseignants-chercheurs est en cours d’élaboration et, parallèlement, les établissements sont tenus de préciser leurs engagements en matière de "plan climat biodiversité", sur les enjeux de formation, de bâti, de restauration, ou encore sur les marchés, précise la ministre Sylvie Retailleau. A l’instar de l’université de Poitiers, qui porte depuis 2016 un vaste plan de développement durable, ayant conduit à la mise en place d’une chaufferie biomasse, d’une démarche de rénovation thermique des bâtiments, d’actions pour la biodiversité et l’alimentation durable, avec à chaque fois des projets pédagogiques impliquant les étudiants. 

En matière de rénovation énergétique, le gouvernement mise sur une accélération grâce au mécanisme du tiers financement, dont le texte est en cours d’examen au Parlement (voir notre article). "Sur 400 millions de mètres carrés de bâtiments publics, 100 millions appartiennent à l’État et 300 millions, dont la moitié de bâti scolaire, aux collectivités", rappelle Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique. Ce dernier promet que le nouveau mécanisme "va tout changer et générer le chantier du siècle", et que les écoles, collèges, lycées et universités seront la "première cible".  

Un "service public de la transition écologique" pour accompagner les "parcours de transition"

Parmi les autres sujets abordés lors de cette rencontre : la nécessité d’améliorer encore l’accès des jeunes à l’information sur les aides auxquelles ils ont droit – Sarah El Haïry renvoyant vers la "Boussole des jeunes" qui est encore en construction (voir notre article), l’importance de "rendre le train plus accessible" et donc plus compétitif par rapport à l’avion, ou encore la manière de concilier lutte contre la précarité alimentaire et promotion d’une alimentation saine, durable et locale.

Sur la proposition d’un chèque alimentaire durable, "honnêtement on a beaucoup de mal avec ce sujet", répond Elisabeth Borne, disant craindre l’usine à gaz inefficace (voir notre article) et renvoyant plutôt aux initiatives de paniers bio et locaux à bas prix telles que mis en place par l’université de Poitiers. 

La Première ministre souligne l’intérêt de "bien accompagner chacun dans son parcours de transition", notamment à travers des applications comme EcoWatt (voir notre article). Elle se dit prête à travailler sur l’une des idées formulées, celle d’un "service public de la transition écologique" permettant notamment de mieux aiguiller les citoyens vers les aides auxquelles ils ont droit. La cheffe du gouvernement veut également "avancer" sur le train et d’éventuels "billets gratuits" en France, alors que le président de la République vient d’annoncer que des billets de train gratuits entre la France et l’Allemagne seraient attribués dans le cadre de la coopération entre les deux pays. Enfin, Elisabeth Borne s’engage à soutenir le plus possible les initiatives citoyennes, notamment pour "passer à l’échelle sur de très bonnes démarches", et à intégrer des représentants de la jeunesse dans les différentes instances nationales dédiées à l’écologie.

 

 

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