Haut-Rhin

A Kingersheim, un lotissement adapté aux familles manouches

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A Kingersheim, commune de la communauté d'agglomération de Mulhouse, des familles manouches ont fait le choix de la sédentarisation. Le cahier des charges du lotissement résulte d'une démarche participative. Les partis urbanistique et architectural prennent en compte les spécificités culturelles des résidents. Cela se traduit par une meilleure intégration des familles dans la cité.

Située dans la plaine du Rhin à une poignée de kilomètres de Mulhouse, Kingersheim, commune de 13.440 habitants est traversée par un flux automobile important qui passe non loin d'un grand terrain sur lequel des gens du voyage, en l'occurrence un groupe de manouches, ont commencé à installer leurs caravanes il y a plus de soixante-dix ans. Au fil des générations, ces installations transitoires se sont transformées en habitats quasi permanents mais sans eau courante ni sanitaires. Surtout, les nouvelles générations d'enfants ne s'intégraient pas dans un cycle de scolarité continue.
"Nous avons mis en place des programmes spécifiques d'insertion et des petits équipements de voisinage dans les années 90, mais cela n'était pas suffisant et en 2000, la mairie a pris la question en mains, raconte Marie-Odile Lemasson, adjointe au maire. Nous avons demandé à une association spécialisée, Appona, d'établir un état des besoins."

Mise en place d'un conseil participatif
"Cet état des lieux a montré que sur les quatre-vingt-dix personnes résidant sur le site, douze familles souhaitaient clairement accéder à un habitat en dur. Pour d'autres, la sédentarisation impliquait un ensemble de contraintes qu'elles n'étaient pas prêtes à accepter. Quelques personnes ont préféré s'en aller. La mairie a décidé de se rendre maître du terrain et de l'affecter à un projet de lotissement qui tiendrait compte des spécificités culturelles des habitants.
En 2001, un contrat de ville a été signé entre la commune de Kingersheim et l'Etat pour l'amélioration de la qualité de vie dans les quartiers en difficulté, y compris le site de sédentarisation des manouches de Kingersheim. Par la suite, lorsque la communauté d'agglomération de Mulhouse Sud-Alsace (Camsa) s'est constituée, cette politique s'est poursuivie dans le cadre du contrat région/intercommunalité. "Nous avons alors constitué un conseil participatif composé d'habitants, de techniciens et d'élus et nous avons organisé des voyages d'études sur des territoires dont on pouvait s'inspirer (Haguenau, Mertzwiller, Illkirch'), explique Marie-Odile Lemasson. Puis le conseil participatif a composé le cahier des charges du lotissement."

Un plan d'urbanisme du lotissement adapté aux besoins
"Les familles qui voulaient s'installer ont été mises face au choix d'abandonner les caravanes comme lieux de résidence. Cela n'a pas été sans déchirement car "manouche" se traduit par homme libre. Mais, une fois ce choix fait, il s'est inscrit dans l'organisation des espaces élaborés par les architectes au terme des consultations. Pour commencer, à coté des habitats en dur, le lotissement comprend deux aires d'accueil distinctes pour les caravanes. La première est réservée aux véhicules employés par les résidents lorsqu'ils ont besoin de voyager. C'est donc un parking de stationnement et uniquement cela. Il n'y a ni eau courante, ni électricité sur les emplacements. Par ailleurs, les résidents sont amenés à recevoir leur parentèle et celle-ci se déplace en caravanes. A cet effet, et pour ces résidences temporaires, cinq emplacements d'accueil équipés d'eau et de sanitaires ont été aménagés. Nous avons également créé deux box placés sous la responsabilité des résidents où la ferraille est regroupée et triée. Une partie est ensuite revendue sur les marchés par certains résidents."

Une architecture adaptée et de qualité
"L'effort d'adaptation a également porté sur la conception des maisons. Celles-ci sont organisées autour d'une "pièce de vie" très ouverte sur le jardin car, dès que la saison le permet, la plus grande partie de la vie familiale a lieu dehors. Une autre question se posait à propos des adolescents. La coutume veut que les jeunes, à 14 ans, continuent à vivre dans leurs familles mais s'installent dans une caravane indépendante. Nous avons donc demandé aux architectes d'ouvrir au maximum les chambres sur l'extérieur de façon à permettre cette indépendance. Par ailleurs, l'utilisation de matériaux "nobles" et isolants (des tuiles en terre) pour le revêtement des maisons a apporté une isolation phonique et thermique : on n'entend plus le trafic circulant sur la départementale toute proche et le chauffage peut rester traditionnel (des poêles à bois) tout en devenant efficace."

Un accompagnement social par étape
Au final, trente sept familles ont rejoint le projet qui s'est réalisé à l'endroit même où elles s'étaient installées dans les années 1930, au cœur de la ville, à proximité des écoles, du collège, d'un espace de loisirs et des bâtiments communaux.
L'investissement concernant le bâti proprement dit s'élève à 3,4 millions d'euros. Sur cette somme, le bailleur social, en l'occurrence le groupe Domial, a engagé 2,3 millions. Les différents partenaires ont pris le reste à leur charge (Etat, région, département). Dans la mesure où la plupart des familles sont justifiables de l'APL, le bailleur ne rencontre pas de problèmes pour encaisser les loyers. La seconde part de l'investissement correspond aux VRD, la voierie et l'éclairage public, pour un montant de 1,3 million d'euros. Sur cette somme, le contrat de ville a apporté 73%. Il est donc resté 357.000 euros à la charge de la commune.
L'accompagnement social a constitué un autre pan important du projet. A cet égard, la mairie agit avec l'association Appona sous forme de conventions par objectifs. L'an passé, l'association a aidé les familles pour le montage des dossiers de locataires et l'installation dans les maisons. Cette année, elle travaille à l'accompagnement scolaire et à la lutte contre l'absentéisme. Les enfants du quartier sont désormais scolarisés.

L'implication des familles manouches tout au long du projet, de la phase de conception à l'entrée dans les maisons, leur a permis de s'approprier ce nouveau mode d'habitation et de s'intégrer progressivement dans la vie de la ville. Les résidents ont à cœur que leur lotissement, baptisé "Voie Médiane" soit agréable, en témoignent les nombreuses maisons fleuries.

François Poulle pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis


Contact
Mairie de Kingersheim
Place Libération
BP  80074
68 262 Kingersheim.
tel 03 89 57 04 00
Marie-Odile LEMASSON, 1ère Adjointe au maire de Kingersheim
marie-odile.lemasson@kingersheim.fr

 

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