La France de l'éducation : une démographie impactante, des collectivités plus présentes

La dernière livraison des Repères et références statistiques du ministère de l'Éducation nationale met en exergue les évolutions du système éducatif en France. Sont confirmées la diminution du nombre d'élèves en primaire et celle du nombre d'écoles. Les collectivités sont toujours plus présentes dans le financement.

C'est un marronnier du monde de l'éducation : la direction de l'Évaluation, de la Prospective et de la Performance (Depp) du ministère de l'Éducation nationale vient de publier l'édition 2021 de son étude Repères et références statistiques, laquelle recense depuis 1984 et "en un seul volume, toute l’information statistique disponible sur le fonctionnement et les résultats du système éducatif français".

Taux de scolarisation : Paris loin devant

Ce volumineux document (422 pages) a deux mérites : réaliser la synthèse de toutes les principales données sur les enseignements primaire, secondaire et supérieur parues depuis un an, mais encore placer celles-ci dans une perspective longue. C'est ainsi que la baisse des effectifs d'élèves constatée dans le primaire n'est pas une nouveauté. La diminution des naissances depuis 2010 a entraîné à la rentrée de 2020 une baisse des effectifs dans le premier degré pour la quatrième année consécutive (-1,3%), tandis que ceux du second degré stagnaient (+0,2%). Sur le temps long, ce sont 12% de ses effectifs que l'enseignement primaire a perdu durant la période 1980-2020. Une nette hausse était en revanche enregistrée l'an passé dans le supérieur (+2,1%), sous l'effet des fortes inscriptions en écoles de commerce (+10,2%) et d’ingénieurs (+3,6%).

Le taux de scolarisation par académie nous en apprend également sur les dynamiques territoriales. Si le chiffre moyen s'établit en métropole entre 19,1 élèves, étudiants et apprentis pour 100 habitants dans l'académie de Limoges, et 25,7 dans celle de Lyon, deux académies se démarquent : la Corse, avec seulement 15,8 personnes scolarisées pour 100 habitants, et Paris, qui enregistre un taux de scolarisation de 31,4%. L'explication tient probablement ici à deux réalités : la démographie d'une part, l'importance de l'offre éducative d'autre part, particulièrement dans l'enseignement supérieur.

Le phénomène hors contrat

Autre baisse qui ne surprendra pas les observateurs attentifs : celle du nombre d'écoles du premier degré qui franchit un cap historique et symbolique. La France compte désormais moins de 50.000 écoles primaires. Une baisse qui se matérialise par des fusions, regroupements, absorptions ou fermetures d’écoles. Toutefois, le nombre de classes est en légère augmentation sur un an, tant dans le public (+0,8%) que dans le privé sous contrat (+0,5%). Un phénomène est à souligner : la dynamique constante des écoles hors contrat, avec là encore le franchissement d'un cap symbolique l'an passé, celui des mille établissements. Depuis 2012, on est ainsi passé de 351 à 1.016 écoles primaires hors contrat, soit une hausse de 290% en huit ans. Il sera à cet égard intéressant de constater dans les années à venir les effets de la loi confortant le respect des principes de la République du 26 juillet dernier. Selon Anne Coffinier, présidente de l'association Créer son école, qui accompagne le développement des écoles hors contrat, le durcissement des conditions de recours à l'instruction en famille "va énormément nourrir les créations d'écoles".

Les établissements du second degré étaient 11.371 à la rentrée 2020, nombre qui demeure quasiment inchangé depuis dix ans. Ici, en revanche, le nombre de classes a diminué. Dans le public, le nombre de collèges demeure quasiment stable, celui des lycées généraux et technologiques continue une lente ascension entamée il y a plusieurs décennies, tandis que les lycées professionnels continuent une dégringolade (-300 établissements en vingt ans) que ne compense pas la hausse des établissements polyvalents (général, technologique et professionnel). Dans le privé sous contrat, la baisse du nombre d'établissements secondaires observée depuis vingt-cinq ans se poursuit, à l'exception des collèges (en stagnation) et des lycées polyvalents (en hausse). Le phénomène hors contrat se retrouve au collège : près de 300 établissements relèvent désormais de cette catégorie, soit une hausse de 100% en cinq ans.

Des lycées vieillissants

À propos des établissements toujours, l'étude de la Depp dévoile des données sur les ensembles immobiliers du second degré public, un parc géré par les conseils départementaux et régionaux. Les 7.700 établissements recensés en 2020 occupaient une surface cadastrale de 164 millions de m², dont 44 millions de m² bâtis. Chaque élève au collège bénéficie de 15 m² de surface de plancher en moyenne, contre 32 m² pour un lycéen professionnel. Autre fait marquant : 38% des bâtiments ont été construits avant 1970, dont les deux tiers des cités scolaires et la moitié des lycées. Les bâtiments des collèges sont plus récents : 20% ont été construits ou reconstruits depuis 2000. On notera encore que les capacités d’accueil sont occupées à 81% en moyenne et que 98% des ensembles immobiliers du second degré sont dotés d’au moins une salle informatique.

Parmi les grands sujets permettant d'éclairer les évolutions à l'œuvre dans notre système éducatif, il en est un dernier qui mérite l'attention : celui de la dépense intérieure d’éducation (DIE). Évaluée à 160,5 milliards d’euros en 2019, elle a doublé depuis 1980 en valeur absolue, mais sa part dans le PIB (produit intérieur brut) a baissé, de 7,7% au milieu des années 1990  à 6,6% en 2019.

Le financement de l'État diminue

La DIE varie par niveau d'enseignement. Ces dernières années, la part consacrée au premier degré s'est accrue pour atteindre 29,7% en 2019. Il en ressort que le coût annuel d'un élève du primaire a doublé depuis 1980 pour s'établir à 7.000 euros, tandis qu'un élève du secondaire coûte désormais 9.950 euros par an (+65% depuis 1980).

À l’inverse, la part du second degré baisse régulièrement depuis deux décennies pour atteindre 38% en 2019. Quant à la part consacrée à l’enseignement supérieur, elle grandit de façon quasi continue depuis quarante ans, passant de 15,1% en 1980 à 20,3% en 2019. Toutefois, cette évolution est très loin de correspondre au doublement des effectifs d'étudiants sur la même période.

Quant aux financeurs de la dépense intérieure d'éducation, il s'agit d'abord de l'État à hauteur de 54,9% (contre près de 70% il y a 40 ans), des collectivités territoriales, pour 23,1% (14% en 1980) et un total de 34,6 milliards d'euros, des ménages  (11,3%) et des entreprises (9,0%) à travers la taxe d’apprentissage. Il est à noter que c'est dans le financement des écoles maternelles et élémentaires publiques que l'intervention des collectivités territoriales est la plus importante : 38,6% du total (soit 15,9 milliards d'euros), contre 20,6% pour les collèges et lycées (10 milliards). Au titre des "activités annexes" et des "achats de biens et services liés", les collectivités investissent encore dans la restauration et l'hébergement (4,2 milliards), les transports scolaires (2,1 milliards) et les fournitures et livres (181 millions).