Lutte contre l'exclusion - La gestion de l'hébergement "au thermomètre" de plus en plus contestée

La gestion de l'hébergement d'urgence se cale, depuis longtemps, sur le calendrier. Des moyens supplémentaires sont mis en oeuvre à l'approche de l'hiver et le dispositif est allégé avec le retour des beaux jours. La mise en place des plans "Grand froid", il y a quelques années, n'a fait que renforcer cette approche "climatologique". Or celle-ci - qui crée un traitement assez nettement différencié selon les saisons - est aujourd'hui de plus en plus contestée, comme le montrent deux initiatives récentes.
Médecins du Monde vient ainsi de publier, le 27 mars, les résultats de son enquête sur le bilan de l'hiver 2011-2012 en matière d'hébergement d'urgence. Ses conclusions rejoignent très largement celles de la Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale), dans la quatrième livraison de son "Baromètre du 115" publiée à la mi-mars (voir notre article ci-contre du 16 mars 2012). Sur les 213 personnes suivies par Médecins du Monde durant la phase d'enquête (janvier-février 2012), 58% n'ont finalement pas été hébergées : 23% en raison d'un manque de places au moment de la demande, 17% à la suite d'un refus du 115 tenant à un autre motif que le manque de places (dépassement du quota de nuits, problème de comportement ou d'alcoolisme, présence d'un chien...) et 18% en raison d'un refus de la personne de se rendre dans le lieu d'hébergement proposé (promiscuité, crainte de violences ou de vols, lieux inadaptés pour les familles...). En termes de profils, l'étude de Médecins du Monde révèle que figurent parmi les personnes non hébergées 74% de familles, 58% d'enfants (17 familles avec 38 enfants) et 43% de personnes malades.
Mais, selon l'association, cette enquête montre aussi que "la gestion 'au thermomètre' de l'hébergement d'urgence est inadéquate, puisque c'est précisément à la fin du plan Grand froid que le besoin d'accueil adapté est encore plus grand". Médecins du Monde demande donc "la création de structures ouvertes toute l'année, en nombre suffisant et conçues en fonction des besoins des personnes qui y ont recours, notamment pour celles souffrant de maladies chroniques, d'addictions ou de pathologies mentales".

Mille places fermées sur Paris d'ici au mois de juin

Face à ce constat, un rassemblement organisé par le "Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement des personnes sans abri et mal logées" a réuni quelques centaines de personnes le 29 mars place du Palais Royal à Paris, autour de la construction éphémère d'une maison symbolisant "le droit de chacun à un logement digne", tel que l'a expliqué à l'AFP Christophe Robert, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. "On constate qu'on n'a pas réussi à enrayer la crise du logement et à sortir d'une gestion saisonnière pour l'hébergement des sans-abri", a-t-il déclaré au nom des 33 associations du collectif. Ces associations demandent donc que les 19.000 places supplémentaires liées au dispositif hivernal soient pérennisées en plus des 118.000 places ouvertes toute l'année "parce que c'est la seule manière de permettre un meilleur accompagnement", a précisé Matthieu Angotti, directeur général de la Fnars.
Dans le département du Nord par exemple, où 705 places d'hébergement d'urgence devaient fermer le 31 mars, la Fnars a déposé jeudi une cinquantaine de dossiers à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) de Lille pour une demande d'hébergement. "Une réponse doit leur être apportée dans les six semaines. Si les dossiers sont reconnus prioritaires et urgents, le préfet doit proposer une place dans les six semaines. Entre la fin mai et la fin mars, les gens sont à la rue", a ainsi déploré Patricia Cabot Gatin, directrice régionale de la Fnars Nord-Pas-de-Calais. "On ne peut pas gérer l'exclusion comme ça à la température, au thermomètre", a-t-elle poursuivi.
Même son de cloche du côté de la ville de Paris. Dans un communiqué du 29 mars, Bertrand Delanoë demande la suspension de la fermeture de certains centres d'hébergement en Ile-de-France. Il proteste en particulier contre l'annonce, par l'Etat, de la fermeture progressive de 1.000 places d'hébergement sur Paris, d'ici au 30 juin. Le maire de la capitale estime en effet que cette décision intervient "alors que le 115 n'est pas en capacité de répondre à toutes les demandes d'hébergement" et que "la fermeture annoncée des centres d'hébergement sans orientation préalable des personnes se traduira par la remise à la rue de plusieurs centaines de personnes sans abri avec des conséquences sociales, sanitaires et humanitaires inacceptables". Remettant, lui aussi, en cause la temporalité du dispositif d'hébergement d'urgence, Bertrand Delanoë "demande à l'Etat de maintenir en fonctionnement les centres d'hébergement ouverts cet hiver lorsque les locaux le permettent ou de compenser les fermetures par des ouvertures nouvelles sur l'ensemble de l'Ile-de-France".
Le préfet de la région Ile-de-France avait de son côté diffusé son propre bilan chiffré et le "calendrier progressif de sortie du dispositif" spécifique à la période hivernale qui s'étend du 1er novembre au 31 mars. Il évoque 28.000 places à l'année et 4.800 places supplémentaires pour l'hiver, soit 50% de plus que l'hiver dernier. Selon lui, cet hiver, avec un taux d’occupation moyen de 94%, "il n’y a pas eu de saturation du dispositif". La préfecture de région réaffirme aussi que l'objectif est bien, à l'issue de la campagne hivernale, d'"éviter au maximum de remettre les gens à la rue" et que toutes les places ne ferment pas le 1er avril. Mais évoque effectivement un étalement des fermetures jusqu'à fin juin.

 

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